Ce que l’on sait du SMR Nuward et des autres projets de petits réacteurs nucléaires français

On croyait que Nuward, le projet de petit réacteur nucléaire modulaire à eau pressurisée était le seul en France, mais ce n'est pas le cas. Et c’est le Président de la République, Emmanuel Macron, qui le dit.

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SMR Technicatome
Le SMR français Nuward serait le plus compact du marché, selon EDF et le CEA.

C’était l’autre bonne nouvelle du plan de relance français pour la filière nucléaire. Non seulement, le nucléaire est officiellement considéré en France comme un atout pour le climat, et à ce titre, les 470 millions d’euros destinés à soutenir la filière entrent dans les 30 milliards d’euros consacrés à la transition écologique, au même titre que les 2,4 milliards pour l‘hydrogène vert. Mais sur ces aides, 50 millions d’euros vont financer la nouvelle phase de développement du projet de petit réacteur nucléaire modulaire français, ou SMR, baptisé Nuward.

"Rattraper le retard et considérer les partenariats"

"Le plan de relance investit sur deux ans sur un avant-projet sommaire et engage la France dans la compétition mondiale sur les SMR", a précisé Emmanuel Macron, le 8 décembre au Creusot (Saône-et-Loire) lors d’un très attendu discours de politique énergétique, mais sans concession pour les acteurs de la filière y compris en matière de SMR.

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"Il nous faut rapidement rattraper le retard, considérer aussi toutes les options de partenariats envisageables et nous positionner sur ce segment", a aussi déclaré le président de la République, apparemment très au fait du sujet.

50 millions d'euros du plan de relance

Les partenaires du projet ne veulent pour l’instant retenir que le soutien financier de l’État. "50 millions d’euros sur un APS (avant-projet sommaire) de 120 millions d’euros, c’est important", observe Jean-Michel Ruggieri, responsable du programme SMR au CEA, un des partenaires du projet avec EDF, TechnicAtome et Naval Group. Une aide importante, car la phase d’avance du projet sommaire est "consommatrice de ressources humaines et techniques", expliquait Loïc Rocard, PDG de TechnicAtome, en septembre 2019 à l’occasion de l’annonce du nom du projet ("nu" pour nucléaire et "ward" pour "Forward") et d’un partenariat avec l’américain Westinghouse, sur la certification et une technologie de sécurité passive.

2 x 170 MW , une seule salle de commande

C’est déjà l’État qui avait financé, à hauteur de 20 millions d’euros, la phase de pré-APS, qui s’est déroulée de 2017 à 2019, suite à une étude de faisabilité, qui avait été menée entre 2012 et 2014. Quelque huit ans plus tard, on connaît plus précisément les choix de design pour le projet SMR français, qui découlent d’un premier choix, celui du marché visé.

Avec Nuward, les Français visent l’export et le marché du remplacement des centrales électriques thermiques à combustibles fossiles. D’où le choix d’une puissance relativement importante pour un SMR (qui peut aller de 5 à 500 MW) de 340 MW, avec deux ilots de 170 MW chacun. Et comme ce projet vise essentiellement ce marché, il n’est pas prévu d’option avec un seul îlot, ni d’option de moindre puissance.

"Le plus compact du marché"

Pour se différencier de projets concurrents et des premières réalisations de SMR de ce type en Chine, en Russie et en Corée du Sud, les acteurs Nuward n’auront "qu’une seule salle de commande pour les deux réacteurs, pour des raisons de sécurité notamment", explique l’expert du CEA. Mais la principale force du SMR français serait une innovation technologique permettant une forte intégration du réacteur dans la cuve. Avec 4 mètres de diamètre extérieur 13,5 m de hauteur, "ce sera le SMR le plus compact du marché", assure Fabrice Templier, responsable du projet Nuward chez EDF, lors d’un webconférence publique le 1er décembre 2020.

Des îlots semi-enterrés

Selon lui, Nuward intégrera une enceinte de confinement métallique immergée, associée à des systèmes de refroidissement passifs garantissant une autonomie de plusieurs jours en situation accidentelle. Le bâtiment qui abrite l’îlot nucléaire sera semi-enterré, lui assurant une protection contre les agressions externes. Intégrée dès la conception, la standardisation des équipements et la modularisation des principales fonctions ou systèmes permettra de "bénéficier d’effets de série et d’optimiser les coûts et la construction sur site", assure l’expert d’EDF.

Commercialisation en 2035

On n’en est pas là. Et la France, contrairement à ce que laisse entendre le président de la République, ne serait pas en retard. "Ce marché va s’ouvrir plus tard que ce que disent les États-Unis ou la roadmap canadienne", affirme Jean-Michel Ruggieri, qui annonce une commercialisation de Nuward au mieux pour 2035. Selon Fabrice Tempier, d’EDF, des pays seraient pourtant déjà intéressés, comme "le Canada, la République Tchèque, l’Afrique du Sud, Jordanie ou l’Indonésie".

Un projet au CEA pour l'hydrogène ...

Mais pour alimenter des sites industriels isolés ou produire localement de l’hydrogène vert, le SMR Nuward ne sera pas adapté. D’autres projets de SMR seraient lancés en France, a même prévenu Emmanuel Macron au Creusot. "EDF avec toute la filière les porte avec beaucoup de courage, d’engagement. Nous savons toutes les difficultés que nous avons connues sur l’EPR", avant de rappeler "la nécessité de poursuivre les études, et de nous engager d’ores et déjà sur ce segment qui est plein de promesses".

pour le chauffage...

De fait, le CEA aurait déjà dans ses cartons un projet de SMR dédié à l’hydrogène, lancé il y a un an. "Un SMR de 150 MW produirait 100 tonnes par jours d’hydrogène", explique déjà Jean-Michel Ruggieri. Le projet du CEA associe un électrolyseur à haute température et un SMR produisant électricité et chaleur en cogénération, pour alimenter une usine d’hydrogène au plus près des besoins, que ce soit pour le transport ou l’industrie. L’alimentation de réseaux de chaleur urbains est aussi regardée.

...ou la propulsion navale militaire

Le système de propulsion nucléaire qui équipera le futur porte-avions français, d’une puissance de 220 MW, et que vont développer TechnicAtome et Naval Group, pourrait aussi être assimilé à un SMR. Partie tard, la France a néanmoins quelques atouts pour se positionner sur ce segment nucléaire "plein de promesses", veut croire Emmanuel Macron.

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