Analyse

Un porte-avions à propulsion nucléaire, une bonne nouvelle pour toute la filière

Emmanuel Macron a annoncé mardi 8 décembre le choix d’une propulsion nucléaire pour le futur porte-avions français qui doit remplacer le Charles de Gaulle en 2038. Le choix du lieu de l’annonce est une bonne nouvelle pour la filière.

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Porte-avions Charles de Gaulle
Le lieu où Emmanuel Macron a annoncé le 8 décembre le choix de la propulsion nucléaire pour le futur porte-avions français a plus d'importance qu'on peut le penser...

Ce n’est pas celle que la filière française du nucléaire civil attend désespérément (la construction de six nouveaux EPR) et devra encore attendre au moins jusqu’en 2023, une fois l’EPR de Flamanville (Manche) mis en service. L’annonce le 8 décembre par Emmanuel Macron du choix de la propulsion nucléaire pour le futur porte-avions français est quand même une preuve d’amour non négligeable de l’exécutif. Et elle devrait avoir des répercussions au-delà de la filière nucléaire militaire menée par Naval Group et TechnicAtome.

TechnicAtome, champion caché

Cette ex-division d’Areva, qui conçoit notamment les propulsions nucléaires des sous-marins, est aujourd’hui détenue à 50,32 % par l’État, à 20,32 % par Naval Group, qui construit les bâtiments miliaires, à 20,32 % par le CEA et à 9,03 % par EDF, via sa filiale EDF Développement Environnement. Elle emploie 1 700 personnes, réalise entre 400 et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires et affiche un carnet de commandes annuel moyen de 1 milliard d’euros. L’entreprise a aussi des activités pour la recherche (réacteur Jules Horowitz) et le nucléaire civil. Elle a développé le système de commande de l’EPR Hinkley Point C au Royaume-Uni et collabore avec EDF et le CEA au projet de petit réacteur modulaire SMR, Nuward.

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C’est donc logiquement TechnicAtome qui va développer le moteur du futur porte-avions français qui doit entrer en service en 2038 pour remplacer le Charles de Gaulle, et naviguer jusqu'en 2080. Il n’en sera pas le seul bénéficiaire de la filière. Si l’annonce a été réalisée par le président de la République, Emmanuel Macron, sur le site de Framatome au Creusot (Saône-et-Loire), c’est parce que cette filiale d’EDF à 75,5 %, acquise à la demande de l’État après l’éclatement d’Areva, forge aussi les cuves et viroles des chaufferies et propulsions nucléaires navales.

Preuve de confiance à Framatome

Ce choix du lieu est une belle preuve de confiance de l’exécutif, et des militaires, à une entreprise qui se remet à peine d’une lourde affaire de malfaçon sur des pièces de réacteurs nucléaires civils, avec falsification de dossiers qualité : les fameux dossiers barrés. Cette annonce pourrait aussi avoir un impact international.

Une vitrine pour le futur SMR

Avec une puissance de 220 MW, le réacteur du futur porte-avions, baptisé K-22, sera aussi une vitrine du savoir-faire français en matière de réacteur de petite et moyenne puissance compacte et autonome. Un réacteur, qui peut être embarqué sur un navire, peut trouver sa place à terre ou à quai, comme l’a démontré Rosatom avec sa centrale flottante Akademik Lomonosov, conçue sur la base des réacteurs nucléaires qui propulsent les brises-glace russes. Elle fournit depuis un an de l’électricité au port de Pevek, dans le district autonome de Tchoukotka en Extrême-Orient russe. C’est le premier SMR, petit réacteur nucléaire modulaire, en activité au monde. La France, qui veut démontrer qu’elle sait faire autre chose que des EPR de 1 600 MW avec le projet Nuward, pourrait donc bénéficier de cette vitrine militaire.

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