Avec son drone à ailes diamant, la start-up réunionnaise Fly-R veut fournir l'armée française en 2027

Encore peu connue, la start-up réunionnaise Fly-R vient de se faire remarquer au Salon du Bourget grâce à son drone à l'aile en forme de diamant. Après plusieurs contrats à l'export, elle candidate pour fournir l'armée française en 2027. 

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Le R2-600 pourra emporter 600 kilos de charge utiles et décoller sur 500 mètres.

Jusqu’alors peu médiatisée, la start-up réunionnaise Fly-R vient de bénéficier d'un grand coup de projecteur au Salon du Bourget. Mardi 17 juin, la Direction générale de l’Armement (DGA) a choisi de la subventionner aux côtés de quatre autres espoirs du secteur, comme Daher ou Turgis Gaillard pour mettre au point un drone Male (Moyenne altitude, longue endurance) opérationnel en 2027.

Basée à Saint-Paul (dans le nord-ouest de l’île), l’entreprise d’une vingtaine de salariés a été fondée en 2013 par François Varigas et Rémi Albert, tous deux ingénieurs aéronautiques spécialistes des appareils sans pilote. «On a créé un certain nombre de systèmes de drones et c’est comme cela que l’on est tombé sur la formule de l’aile rhomboïde», indique le second, également directeur général adjoint de l’entreprise.

Brevetée au début du XXe siècle, mais jamais pleinement maitrisée jusque alors, la forme rhomboïde (ou diamant) se compose d’ailes sur deux niveaux qui forment un losange. «Ce design nous a montré des qualités de vol assez exceptionnelles avec une grande agilité couplée à de la stabilité en atmosphère turbulente», précise Rémi Albert. Installée sur un aérodrome dédié aux vols ULM, l’entreprise dispose aussi d’un environnement privilégié à la Réunion. En plus de la proximité avec les marchés asiatiques et africains, l’entreprise bénéficie du peu de trafic aérien pour faciliter ses vols d’essais et de multiples conditions climatiques durant ses tests.

Des clients secrets et plusieurs brevets

De son propre aveu, ce sont les progrès des outils de simulation informatiques durant la dernière décennie qui ont aidé Fly-R. La start-up a ainsi pu mettre au point ses propres algorithmes pour comprendre les phénomènes aérodynamiques qui affectent son aile diamant. La deuxième rupture dont a bénéficié la start-up vient de l’évolution des matériaux composites, notamment pour des parties critiques comme la jonction des deux ailes. «Le carbone est cher, il a des propriétés électriques et électromagnétiques qui ne sont pas forcément désirables, précise le dirigeant. Nous l’utilisons juste là où il y a besoin. Pour le reste, nous privilégions la fibre de verre.» Fly-R a pu faire valider les données issues du vol d’un premier prototype auprès de l’Onera, avec laquelle un accord de coopération a ensuite été signé.

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En compétition pour être choisi par la DGA, le R2-600 pourra embarquer des missiles mais aussi des drones suicide.

Depuis, l’entreprise a signé plusieurs contrats à l’export avec des clients dont les noms restent secrets. Elle compte plusieurs brevets, dont un pour déplier l’aile diamant en vol et un autre pour permettre un décollage vertical du drone (VTOL). Sa gamme se compose actuellement de six modèles de tailles différentes, la plupart sont destinés à la surveillance, mais l’on compte aussi un drone cible pour l’entrainement des militaires et une munition rodeuse. Commercialisée par MBDA, elle est capable de pointes à 270 km/h avec un angle d’attaque à 90 degrés, soit un piqué pur et simple.

Une propulsion hybride et un armement varié

Mais le projet principal de Fly-R reste son drone Male R2-600 pour lequel elle travaille depuis plus d’un an avec la DGA et qu’elle espère vendre à l’armée française. «A haute vitesse, il est agile et rapide comme un avion à voilure delta, assure Rémi Albert, qui a travaillé sur le programme Mirage 2000 chez Dassault aviation. À basse vitesse, c’est comme si l’aile rhomboïde se dépliait pour avoir une plus grande envergure, sa vitesse de décrochage est faible.» Pour la start-up, cette vitesse de pointe de 500 km/h couplée à un décrochage faible permet à son drone de se rendre rapidement sur une zone puis de l’observer longtemps (25 heures d’autonomie). L’entreprise met aussi en avant la propulsion hybride de l’engin. À côté du moteur thermique principal qui alimente les deux moteurs électriques, un générateur auxillaire utilise l’air capté vers le moteur pour générer de l’électricité en vol.

L’entreprise reste discrète sur l’armement embarqué. Elle indique que plusieurs points d’emport sont prévus sous chaque aile avec un réservoir de carburant additionnel en dessous du fuselage. Le R2-600 pourra embarquer des missiles, des lance-roquettes, des bombes ou plusieurs munitions téléopérées (aussi appelées drones suicide).

Les drones Reaper de General Atomics, actuellement en service dans l’Armée de l’Air et de l’Espace, sont estimés aux alentours de 25 millions d’euros pièce avec leur équipement. Fly-R indique que le prix de son R2-600 sera compris «entre le tiers et la moitié» de celui de l’appareil américain. Pour y parvenir, la start-up va réutiliser une majorité de technologies validées sur ses autres modèles de drones. Elle compte aussi sur son partenariat avec le groupe Duqueine, basé dans l’Ain, pour la future fabrication en série. D’autres partenariats ont été conclus avec des entreprises françaises pour le câblage, les équipements de leurrage et le contre-brouillage. Si le calendrier est respecté, le premier vol du démonstrateur est prévu d'ici à fin 2026. 

Détenue par des investisseurs individuels, Fly-R indique être rentable depuis peu. L’entreprise a étoffé son équipe avec l’arrivée de Laurent Collet-Billon, ex-délégué général de l’armement (2008-2017) comme directeur général et de Philippe Delmas, ex-vice-président d’Airbus. Si la majorité de sa R&D doit rester à la Réunion, Fly-R projette l'ouverture prochaine d'un second site dans la région bordelaise.

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