Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, les trésoriers des industriels français exportant, ou disposant d'activités dans ces pays, ne quittent plus leur cellule de crise. Mise au ban de banques russes, restrictions sur les exportations et les importations, sanctions individuelles… L’accumulation des mesures de rétorsion des Etats-Unis et de l'Europe, ainsi que les ripostes russes, nécessitent un suivi de chaque instant. D'autant que la situation, particulièrement mouvante, accroît les risques financiers.
Pour les entreprises, le premier enjeu est d'abord de s’assurer de la conformité (la fameuse compliance) de leurs activités par rapport aux sanctions. Il s’agit de passer au crible ses partenaires commerciaux pour identifier les clients et les fournisseurs avec lesquels les transactions ne sont plus possibles, parce que leur compte en banque est sous sanction, par exemple. Bon nombre d’entreprises font appel à des cabinets face à la complexité de la tâche. Les banques œuvrent aussi sur le sujet. D'où un ralentissement des flux ressenti par les trésoriers. Des membres de l’Association française des trésoriers d’entreprise ont aussi souligné la frilosité de certaines banques tricolores pour convertir du rouble en euro.
Vives inquiétudes sur l'assurance-crédit à l'export
Pour Michel Josset, président de la commission dommages aux biens de l’Amrae (Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise) et responsable des assurances chez Faurecia, ce passage en revue doit être une réaction immédiate et concerne également les assurances. Des préoccupations ont rapidement émergé sur l’assurance-crédit à l’export, pour les livraisons à court terme, qui couvre le risque d’insolvabilité des partenaires commerciaux. Etant donné le niveau de risque en Russie et en Ukraine, et les difficultés de livraison, les demandes de nouvelles garanties se sont largement asséchées. L’assureur-crédit Euler Hermes a décidé de ne plus en accorder sur ces deux marchés.

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L'inquiétude porte plutôt sur les contrats déjà souscrits. La déconnexion de sept banques russes du système de messagerie financière Swift à partir du 12 mars alimente le risque d’impayés, poussant des entreprises à se faire payer en avance. Pour envisager une indemnisation en cas de défaut d’un client dans la situation actuelle, un exportateur français doit être couvert sur le risque politique. « La plupart des entreprises qui exportent en direct vers ces zones le sont », indique François Delteil, courtier spécialiste de l’assurance-crédit chez AU Group. Mais il est difficile d'être affirmatif pour toutes les PME. En tout cas, la clause habituelle de ces contrats qui empêche d’activer la garantie en cas de guerre entre deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’est pour l’instant pas utilisable.
Des polices spécifiques pour couvrir ses installations
Quid des transactions engagées par le passé avec des sociétés russes aujourd'hui touchées par les sanctions ? « Les assureurs crédit ne répondent pas de manière ferme. En cas de sinistre, ils examinent chaque demande d'indemnisation au cas par cas et analysent les aspects contractuels, ainsi que le type de sanction et sa répercussion sur leurs obligations », souligne Gilles Maman, chez le courtier Marsh France. « Si la sanction n’interdit pas l’indemnisation, celle-ci sera possible même si un client russe a son activité ou sa banque sous sanction », affirme de son côté un des principaux acteurs de l’assurance-crédit.
Autre point scruté par les gestionnaires des risques : l’assurance permettant de couvrir les actifs (usine, machines…) détenus à l’étranger, face à des menaces de destruction en Ukraine ou de nationalisations en Russie. Dès le 8 mars, des membres du parti de Vladimir Poutine ont fait des déclarations poussant à nationaliser les productions des entreprises occidentales qui les ont suspendues en Russie. Le 10 mars, le président Vladimir Poutine s'est dit favorable à la nomination d'administrateurs « externes » à la tête des entreprises étrangères « pour les transférer à ceux qui veulent les faire fonctionner ».
L'indemnisation serait loin d'être automatique. « Pour ce type de sinistres, les polices de dommages aux biens n’ont pas vocation à s’appliquer. En revanche, des polices dédiées aux risques et aux violences politiques sont nécessaires », explique Michel Josset. « Beaucoup de grands groupes ont pris cette précaution en Russie et en Ukraine », commente François Delteil. Cela est moins sûr dans les petites entreprises, où le sujet pourrait donner quelques sueurs froides.



