Chez les adhérents de l’UIMM, la guerre en Ukraine dans toutes les têtes

C’était la première grande rencontre physique des membres de l’UIMM après deux ans de crise sanitaire. L’audition de candidats à la présidentielle, le 9 mars, était l’occasion de se retrouver à la Mutualité à Paris et d’échanger sur la nouvelle crise : la guerre en Europe.

 

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Rencontre UIMM candidat mutualité 9 mars Pécresse
Valérie Pécresse faisait partie des candidats accueillis par l'UIMM le 9 mars 2022.

Quatre candidats à la présidentielle se livraient ce 9 mars à un exercice désormais bien rôdé, le grand oral devant des dirigeants d’entreprises. Anne Hidalgo, Eric Zemmour, Marine Le Pen et Valérie Pécresse  exposaient leur projet aux cadres et dirigeants de la métallurgie à l’initiative de l’UIMM à la Mutualité de Paris. Pas grand-chose de nouveau sur leur programme, mais certains ont rebondi sur la nouvelle situation géopolitique, qui était en revanche bien présente dans l'esprit des centaines d’industriels présents.

Eric Trappier, président de l’UIMM a donné le ton dès ses propos introductifs : « Après le Covid, une nouvelle crise est apparue. Elle est d’abord humanitaire. […]. Mais il va y avoir des conséquences très importantes. La problématique énergétique, qui était déjà un sujet avant, va prendre des proportions énormes. Dans les sanctions, des filières sont touchées comme l’aéronautique, mais la question touche aussi les approvisionnements. L’inflation va monter. Nous faisons la cartographie de toutes ces problématiques en cellule de crise à l’Elysée et à Matignon.»

Crise de l'offre 

Dans la salle, des responsables d’entreprises qui ne sont pas implantés en Russie subissent déjà le contrecoup de la guerre. Le sous-traitant automobile Gris group, implanté en Lorraine et en Allemagne voit ses volumes baisser à cause des arrêts de ligne de son client allemand Volkswagen, qui affronte lui-même des ruptures de livraisons de pièces venus d’Ukraine. Gris group a également des soucis avec un de ces fournisseurs qui s’approvisionne en acier au carbone en Russie. Alexandre Saubot, président de France Industrie et de l’ETI Haulotte, qui dispose d’une petite filiale de commercialisation en Russie, témoigne que tout s’est arrêté pour sur place :  « Quasiment plus aucun camion n’arrive là-bas. Ce n’est pas tellement un problème de demande pour moi, car c’était un petit chiffre d’affaire et comme je suis en mode pénurie de machines, ce que je ne vends pas là-bas, je le vendrai ailleurs. Je suis plus inquiet par la hausse du prix de l’énergie, les métaux critiques, les matières premières agricoles. C’est une crise de l’offre, pas de la demande, qui arrive.»

Même chez ceux qui n’ont pas d’activité de production comme Alcatel entreprise, on s’inquiète d’effets indirects. Un cadre de cette entreprise s’interroge : « le coût des data centers va augmenter avec celui de l’électricité. Et nous risquons d’avoir des salariés qui ne veulent pas revenir au bureau car ils ne veulent plus payer le transport si le coût du carburant flambe. Le confinement leur a démontré qu’ils pouvaient télétravailler ».   

Souveraineté française ou européenne

Côté candidats, le sujet a été plus ou moins évoqué. Eric Zemmour n’a pas spécialement rebondi sur l’actualité même s’il a justifié sa volonté de sortir du commandement intégré de l’OTAN face à l’interpellation d’un dirigeant qui trouvait cette idée pas forcement pertinente par ces temps troublés. Anne Hidalgo qui a insisté sur l’urgence de la transition écologique, avec des investissements publics, a estimé que « la crise ukrainienne imposait d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin sur la question de l’énergie et sur la sortie de la dépendance aux énergies fossiles ». Elle a rappelé qu’elle était favorable à un embargo sur le gaz russe. Et alerté sur les problématiques de la sécurité du nucléaire remis sur le devant de la scène par l’attaque des centrales ukrainiennes. 

La question de la souveraineté a été au cœur des discours de Marine Le Pen et Valérie Pécresse mais quand la première voit dans l’Europe un handicap, la seconde compte dessus. « La guerre en Ukraine révèle l’impasse stratégique dans laquelle les politiques françaises et européennes nous ont mis, en particulier la dépendance envers les ressources énergétique, agricoles et d’autres matières premières de la Russie», a déclaré Marine Le Pen. De son côté, Valérie Pécresse  a estimé que « la question de la souveraineté s’appréhende d’abord au niveau français et bien évidemment au niveau européen parce que l’Europe c’est l’échelle d’un continent et c’est l’échelle grâce à laquelle on peut se battre à armes égales vis-à-vis des Etats-Unis, de la Chine, des empires et aujourd’hui l’empire russe ». En revanche toutes les deux s’accordent pour revoir le fonctionnement du marché de l’énergie européen qui impose un prix supérieur au coût réel de la production électrique française. Une position ultra consensuelle chez les candidats à l’élection présidentielle.

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