Les répercussions de la guerre en Ukraine se font déjà à sentir pour les entreprises et les ménages. Un exemple parmi d'autres : le fabricant d’engrais Yara va réduire la voilure dans ses sites européens, face à la flambée des prix du gaz. Ses usines du Havre en France et de Ferrara en Italie ne tournent qu’à 45 % de leurs capacités. La production d’urée et d’ammoniac nécessite du méthane.
Avec un prix du baril proche de 130 dollars et de 214 euros le mégawattheure pour le gaz européen, l’envol des prix de l’énergie va peser sur la croissance européenne.
Les économistes ont commencé à faire tourner leurs modèles. Dans un scénario où le prix du pétrole se maintiendrait à 120 dollars et ceux du gaz à 180 dollars jusqu’en juin avant de refluer, les économistes du Crédit Suisse tablent sur un ralentissement de la croissance européenne à 2,8 % pour l’année 2022, contre une estimation de 3,8 % avant la crise ukrainienne (la Commission européenne tablait encore sur 4% de croissance en février).« Nous n’avons regardé pour l’instant qu’un scénario de choc sur les prix, mais pas de rationnement », pointe Emmanuel Jessua, chef économiste de Rexecode qui évalue entre 0,7 et 1 point de PIB pour 2012 le coût de la crise en Ukraine pour l’économie française, via la hausse des prix, mais aussi la baisse des exportations et des revenus des entreprises implantées en Russie.
Impact de 0,6 à 2,2 points de PIB

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La banque Goldman Sachs évalue de son côté à 0,6 point de PIB le coût pour la zone euro en 2022 de la flambée des prix de l’énergie, si les livraisons de gaz depuis la Russie se maintiennent à leur niveau actuel. Depuis septembre, la Russie a réduit ses exportations de gaz à l’Europe, entrainant un premier pic des prix du gaz naturel au début de l’automne sur fond de craintes de pénuries cet hiver. Ses livraisons par pipeline n’ont en revanche pas baissé depuis le déclenchement de la guerre, autour de 254 millions de m3/jour, remarque le cabinet d’analyse Rystad, spécialisé sur les marchés énergétiques.
L’histoire serait bien sûr différente si la Russie venait à couper le robinet du gaz, obligeant l’Europe à se passer complètement de gaz russe. Le coût serait alors décuplé. Selon Goldman Sachs, il faudrait alors s’attendre à une chute de 2,2 points du PIB européen sur l’année. La Commission européenne travaille elle-même à une réduction de sa dépendance aux importations de gaz russe, en visant une baisse de deux tiers de celles-ci d’ici la fin de l’année, selon son plan d’action détaillé le 8 mars.
Un coût plus limité en France
Les effets varient selon les pays européens. La France serait en proportion plus épargnée que l'Allemagne et l'Italie. Et pour cause. Seuls 15 % de ses approvisionnements énergétique dépendent du gaz russe. Dans l'Hexagone, la flambée des prix de l’énergie coûterait entre 0,1 point de PIB, et 0,5 point dans le scénario du pire. En Allemagne, où environ un quart du mix énergétique dépend du gaz russe, la crise actuelle pourrait amputer de 0,9 point la croissance 2022, selon Goldman Sachs, et même de 3,4 points dans le scénario d’un arrêt total des livraisons russes.
La catastrophe de Fukushima peut aussi fournir un point de comparaison. Entre 2010 et 2012, le Japon est sorti brutalement du nucléaire. En extrapolant à partir de son exemple, une baisse de 10 % de l’approvisionnement énergétique aboutirait à une réduction de 0,5 point de PIB et 2,5 point d’inflation supplémentaire.
Pour Euler Hermès, la facture énergétique annuelle des ménages français devrait augmenter de 400 euros en moyenne, pour atteindre 2800 euros en 2022 si la hausse de la facture énergétique se limite à 30 % sur l’année. « Si on compare ces chiffres aux estimations d’avant-crise, cela représenterait une perte additionnelle de 1 point de revenu disponible pour les ménages français », estime Ana Boata, la directrice de la recherche de l’assureur crédit.
Un plan de résilience présenté mi-mars
C’est pour tenter d’atténuer ces effets que le gouvernement prépare son plan de résilience économique et social, qui doit être présenté la semaine du 14 mars après le sommet européen informel de Versailles des 10 et 11 mars. Mais l’exécutif fait tout pour éviter un nouveau « quoi qu’il en coûte », similaire aux mesures massives adoptées au printemps 2020. Il privilégie des mesures ciblées pour les secteurs et les ménages les plus affectés.
Une partie devrait venir en soutien des entreprises, dont les exportations ont été pénalisées directement par les sanctions. Bercy attend par ailleurs l’évolution du cadre des aides d’Etat que la Commission européenne finalise pour calibrer ses mesures de soutien aux entreprises les plus électro-intensives. Enfin, un dernier lot de mesures devrait soutenir les ménages, pénalisés par l’envol du prix des carburants. Autre difficulté : la situation reste très mouvante, ce qui rend plus complexe l'évaluation de l'impact économique. Le plan de résilience devra s’adapter en fonction des sanctions et d'éventuelles contre-sanctions russes. Cependant, « nous ne devons pas refaire en 2022 les erreurs du choc pétrolier de 1973 », résume Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, qui estime qu’un soutien budgétaire trop important ne « ferait qu’alimenter l’augmentation des prix et l’inflation ».
Le risque de stagflation pris au sérieux
Avec en ligne le risque de « stagflation », une hausse de l’inflation couplée à un ralentissement de la croissance. Avant même la guerre en Ukraine, l’inflation était déjà un sujet de préoccupation pour les économistes et la Banque centrale européenne, avec une hausse des prix à la consommation de 5 % en zone euro en février. La hausse actuelle des prix énergétique, si elle dure, pourrait porter l’inflation à un pic de 6,5 % au printemps 2022, avant une légère décrue jusqu’à 5,4 % en décembre, selon Goldman Sachs. De quoi potentiellement peser sur le pouvoir d’achat des ménages et faire replonger la consommation qui s’était montrée résiliente pendant la crise du Covid. «Le choc n’est pas de la même ampleur que la crise pétrolière de 1973. Mais on pourrait déboucher sur un rythme d’inflation durablement plus élevé», remarque Emmanuel Jessua. C’est le scénario noir qu’il faudra éviter.



