Ce sont les entreprises anglo-saxonnes qui ont réagi les premières. Dès le 28 février, quatre jours après l'entrée des militaires russes en Ukraine, et après les premières sanctions européennes et américaines, l’énergéticien BP a annoncé qu’il allait céder sa participation de 20% dans la société russe pétrolière Rosneft. Au-delà des entreprises entrant directement dans le champ des sanctions, la crise a fait naître un mouvement de désengagement volontaire de nombreuses entreprises occidentales du marché russe.
Nike, Microsoft, Apple, ont suspendu leurs exportations vers la Russie dès le 4 mars.
D'autres grands groupes emblématiques comme McDonald's et Starbucks ont décidé fermer leurs points de vente mercredi 8 mars. Certaines grandes entreprises du luxe français comme Kering, LVMH, Hermès et Chanel, les avaient devancés en baissant le rideau de leurs magasins dès la semaine précédente. Les communiqués des entreprises soulignent tous « la tragédie en cours en Ukraine » et affirment apporter le soutien nécessaire à leurs salariés russes, en maintenant leurs salaires.
Pour Ludovic Subran, chef économiste d’Allianz, « certaines entreprises se posent sur le terrain des valeurs et pèsent leur risque réputationnel sur leurs autres marchés. C’est un phénomène nouveau. Mais l’isolement financier de la Russie, les coûts de transactions des activités qui augmentent avec les difficultés de transports, l’incertitude sur le rapatriement du cash, les éventuels obstacles à la recapitalisation de leurs filiales, la chute du rouble... incitent les acteurs économiques à un certain pragmatisme, car ils risquent de ne plus être rentables. Les entreprises décident maintenant de couper pour ne pas subir des pertes futures. »

- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 1.1684-0.23
13 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
- 7.9827-0.18
13 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Attentisme et nuances
Pour l’instant, les grandes enseignes de distribution du groupe Mulliez (Leroy Merlin, Auchan et Decathlon), qui emploient de nombreux salariés russes, subissent une pression, mais n’ont pas décidé de fermer leurs magasins. La situation des industriels qui réalisent des exportations, opèrent des points de vente et font tourner des sites de production, est plus nuancée. L’Oréal a fermé ses points de vente en propre et ses corners en grand magasin de la division luxe (Lancôme, Kiehl's et Armani), ainsi que les sites de e-commerce de toutes ses marques de luxe.
En revanche, L’Oréal continue de faire tourner son usine de Kalouga, au centre de la Russie. Le site fabrique des produits d’hygiène grand public (savons, shampoings, produits bébé, colorations…). Pour ce qui concerne les produits de maquillage et les parfums distribués chez les détaillants, la situation est moins claire et « évolue au jour le jour », selon un porte-parole du groupe. Il fait état d'un don de 5 millions d’euros à la Croix-Rouge, à l’UNHCR et à l’Unicef, et la distribution de 250 000 produits d’hygiène aux frontières de l’Ukraine. Toutes divisions confondues, la Russie pèse 2% du chiffre d’affaires de L'Oréal.
Solvay a de son côté annoncé la suspension de ses opérations en Russie et de tout nouvel investissement sur place. L’entreprise a suspendu les activités de ses 26 commerciaux dédiés aux exportations directes, qui représentent 1% du chiffre d’affaires du groupe. En revanche, sa coentreprise RusVinyl de PVC avec le russe Sibur, implantée à Kstovo, dans la banlieue de Novgorod, continue de tourner. Solvay a annoncé interrompre les paiements de dividendes provenant de RusVinyl, dont le groupe détient 50% des parts, et qui est dirigé depuis décembre dernier par un Français, Marc Lahalle. Ce dernier a fait toute sa carrière dans le groupe Solvay.
Arrêt des livraisons
Dassault Systèmes a aussi suspendu mercredi 9 mars toutes ses nouvelles activités en Russie et Biélorussie. Dans un communiqué, le groupe dit « [continuer] à apporter un support minimal à [ses] clients existants non soumis aux sanctions et à respecter toutes les restrictions de contrôle des exportations et les lois sur les sanctions applicables à [ses] activités, ainsi que les règles d'éthique et les normes internationales. » Une partie des activités de Dassault Systèmes rentre sans doute dans le champ des sanctions, pour ce qui concerne les technologies liées à l’aéronautique.
Alstom a indiqué aussi le 9 mars cesser toutes ses livraisons à la Russie, après avoir déjà exclu précédemment tout nouvel investissement. Le français, qui détient en Russie une participation de 20% dans TMH, un fournisseur russe de locomotive et matériel ferroviaire, indique qu’il n’existe pas de lien opérationnel et commercial avec cette entreprise, mais que la valeur comptable de cette participation sera réévaluée à la clôture du prochain exercice financier 2021-2022. Contrairement à Solvay, Alstom n’a pas indiqué suspendre les éventuels dividendes de cette entreprise.
Lactalis considère que sa mission est partout où le groupe laitier dispose d'implantations. Elle consiste à « nourrir la population et de proposer un débouché à la production de lait ». « Compte tenu de sa nature essentielle, nous continuerons à honorer cet engagement vis-à-vis des habitants et des éleveurs », ajoute Lactalis. Ses produits continuent d’être commercialisés et ses sites de produire en Russie. Danone aussi maintient ses activités de production, mais suspend tout projet d'investissement. « Nous avons pris la décision d'arrêter tous les investissements, qu'ils soient industriels ou marketing et publicitaires. Toutefois, nous n'arrêtons pas notre production sur place, car notre objectif n'est pas d'impacter la population russe » justifie le directeur général de Danone, Antoine de Saint-Affrique, tout en ajoutant que « la Russie est une région très importante » pour Danone, qui y réalise 5% de ses revenus.« Nous y avons essentiellement des activités locales de production de lait, yaourts ou lait pour bébés », rappelle le dirigeant.
Pour Ludovic Subran, « il est difficile de juger avec une seule boussole le maintien des activités. Chaque raison d’être des entreprises est différente. Certaines décisions hâtives peuvent mettre des salariés sur le carreau. Les entreprises françaises peuvent être perçues comme plus timides que les anglo-saxonnes, elles sont peut-être aussi plus réfléchies ». L’économiste souligne aussi que « la RSE, c’est dire ce que l'on fait, et faire ce que l'on dit ». La vente de certains actifs risque d’être compliquée. Vladimir Poutine a signé le 5 mars un décret pour autoriser les entreprises et les particuliers russes à rembourser les créanciers « des pays hostiles » en roubles sur un compte bancaire russe. La liste des sanctions européennes et américaines s'étendait elle encore le 9 mars, touchant désormais le secteur du pétrole, le maritime et les cryptomonnaies.



