Après la pandémie et la crise des semi-conducteurs, l’industrie automobile affronte une nouvelle tempête : la guerre entre la Russie et l’Ukraine. L’onde de choc dépasse déjà les frontières de ces deux pays. Depuis fin février, les arrêts de production se multiplient en Allemagne mais aussi chez certains industriels français comme Michelin. Dans un secteur qui n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2019, le conflit international génère de nouvelles incertitudes.
La Russie et l’Ukraine assemblent relativement peu de voitures. En 2021, la Russie exportait à peine 143 000 véhicules tandis que l’Ukraine n’en livrait aucun. En revanche, les deux pays jouent un rôle clef dans la chaîne d’approvisionnement et la guerre a très vite grippé le modèle juste-à-temps des constructeurs européens.
L’Ukraine, un fournisseur important de câblages
Les entreprises allemandes semblent les plus touchées. BMW, Mini, Mercedes-Benz, Opel, Porsche, Volkswagen… Ces différentes marques voient leurs activités perturbées à cause du conflit tandis que les constructeurs français semblent plus épargnés. Et pour cause, les groupes allemands se fournissent beaucoup dans des pays à bas coût d’Europe de l’Est, tandis que les entreprises françaises dépendent plutôt de l’Afrique du Nord comme l'explique le maître de conférences Bernard Jullien.

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L’Ukraine n’a beau compter qu’une trentaine d’usines intervenant dans l’automobile, le pays fournit des composants précieux aux groupes allemands. Notamment des systèmes de câblage électronique à travers des entreprises comme Aptiv et Leoni.
« Il y a de forts besoins en main d'œuvre sur les câblages. Leur fabrication est très manuelle et très personnalisée, rappelle Alexandre Marian, directeur associé en charge de l’automobile au bureau parisien d’AlixPartners. Quand on parle d’automobile, une pièce suffit à arrêter toute la chaîne. C’est d’autant plus vrai avec les systèmes de câblage. Ils sont tellement structurants pour un véhicule qu’on ne peut même pas fabriquer des véhicules incomplets et les finir par la suite. »
Les matières premières continuent de flamber
« Le problème d’approvisionnement ne vient pas que de l’Ukraine. La crise va aussi se traduire rapidement par des tensions sur les matières qui viennent de Russie », prévient Alexandre Marian. La Russie pèse par exemple 6% dans l’approvisionnement mondial de l’aluminium, 40% pour le palladium, 10% pour le nickel et 4% pour le cuivre. Autant de métaux incontournables dans l’industrie automobile. Le palladium se retrouve dans les pots catalytiques tandis que le nickel sert à la fabrication des batteries.
Au-delà des questions d’approvisionnement, l’inflation alarme les industriels. Et ce problème n’épargne pas les entreprises françaises. Mardi 8 mars, la Bourse de Londres (Royaume-Uni) suspendait la cotation du nickel qui venait d’atteindre un cours historique de 100 000 dollars (91 886 euros) la tonne. Ironie du sort : certains constructeurs comme Renault veulent augmenter le taux de nickel dans leurs batteries pour diminuer le niveau de cobalt, critiqué pour son coût et ses conditions d’extraction.
Ces phénomènes d’inflation inquiètent d’autant plus qu’ils touchent une filière automobile déjà à bout de souffle. En France, de nombreux sous-traitants témoignent de leurs difficultés à faire passer l’augmentation du coût des matières premières à leurs clients.
Des conséquences à plus long terme
2022 devait être une année de redressement pour le marché automobile européen. Si elle devait durer, la guerre en Ukraine pourrait saper la reprise. Une perspective qui a fait chuter le cours de Renault, fortement exposé en Russie. Selon Fitch Ratings, la Russie représentait 12% de la marge opérationnelle du groupe en 2021. « En l'absence de mesures d'urgence, Fitch prévoit que la perte potentielle de ces opérations pourrait rendre la génération de free cash-flow de Renault négative pour les 24 prochains mois », a commenté l’agence de notation le 8 mars.
Les experts s’interrogent aussi sur les conséquences à plus long terme. L’inflation et les sanctions économiques pourraient grever le pouvoir d’achat des ménages alors que l’achat d’une voiture neuve représente déjà un luxe.
Une crise au bénéfice des véhicules hybrides ?
Pour certains cabinets, la crise pourrait également ralentir la croissance des véhicules électriques. « Il est très difficile d’anticiper quels seront les impacts sur la transition vers le véhicule électrique, analyse toutefois Alexandre Marian. Le véhicule thermique va être fortement touché à cause des hausses de prix de l’essence. C’est équivalent au choc pétrolier des années 1970. Dans le véhicule électrique, il y a beaucoup plus de matières premières, notamment dans la batterie. La crise a un impact négatif sur les deux technologies. »
La crise pourrait-elle bénéficier aux véhicules hybrides, qui ont déjà connu un succès retentissant en 2021 ? « Le véhicule hybride comporte moins de surcoûts liés aux matières premières et il est beaucoup plus efficient en consommation de carburant », conclut Alexandre Marian.



