Pourquoi TotalEnergies ne se désengage pas (encore) de Russie comme BP, Shell et Equinor

Contrairement à BP, Shell et Equinor, TotalEnergies ne s'est pas encore désengagé de ses actifs en Russie, après l’invasion de l’Ukraine et les sanctions décidées par l’Europe. Une position qui sera peut-être difficile à tenir longtemps.

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Yamal LNG détail
Avec le russe Novatek, TotalEnergies démarré en 2017 le site Yamal LNG, d’une capacité de 18,8 millions de tonnes par an.

Le britannique BP est le premier des grands groupes pétroliers européens à avoir réagi après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dès le dimanche 27 février, l'entreprise a fait état de son intention de se désengager du pétrolier russe Rosneft, et vouloir céder les 19,75% de capital détenus. Le lendemain, Equinor lui a emboîté le pas, en cessant ses investissements en Russie et se désengageant de ses coentreprises dans ce pays. Equinor est lui aussi lié à Rosneft depuis 2012, et dispose de 1,2 milliard de dollars d'actifs dans le pays. Troisième à réagir : Shell a annoncé lundi 28 février son retrait de ses coentreprises en Russie avec le géant gazier Gazprom. Les jours suivants, leitalien Eni et l'américain ExxonMobil ont eux aussi ensuite annoncé se désengager de projets en Russie.

Le français TotalEnergies, très engagé en Russie, et notamment dans l’exploitation du gaz en Arctique, n’a pas encore suivi le mouvement. Dans un communiqué du 1er mars, le groupe indique toutefois «approuver l’étendue et la force des sanctions mises en place par l’Europe et les mettra en œuvre quelles que soient les conséquences (en cours d’évaluation) sur la gestion de ses actifs en Russie». Le groupe annonce également qu’il «n’apportera plus de capital à de nouveaux projets en Russie».

Plus tôt ce 1er mars, Bruno Le Maire, invité de France Info, avait indiqué qu'il allait discuter avec le patron de TotalEnergies à ce sujet. «Je crois qu'il y a désormais un problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe», avait-il jugé.

30% du GNL de TotalEnergies produit en Russie

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La major française détient 19,4% de l’entreprise russe Novatek, avec laquelle elle a démarré en 2017 le site Yamal LNG, d’une capacité de 18,8 millions de tonnes par an, et dont elle détient 30%. Une entreprise « privée », précise TotalEnergies, quand Rosneft et Gazprom sont des entreprises contrôlées par l’État russe. Son dirigeant, Leonid Mikhelson, n’est pas sur la première liste des personnalités russes proches du pouvoir, dont les avoirs ont été gelés par l’Union européenne.

En 2020, la Russie a représenté 30% de la production annuelle de gaz naturel de TotalEnergies. Le groupe a aussi des actifs dans les huiles de pétrole. Le reste est produit aux États-Unis, via Cameron LNG, au Qatar et en Australie. TotalEnergies a aussi une participation de 18% dans l’usine de liquéfaction de Snøhvit en Norvège, de 15% dans un site au Nigéria et de 5% dans des installations aux Émirats arabes unis et en Égypte. Son site au Yémen est en revanche à l’arrêt.

Important projet en construction

TotalEnergies détient également 10% du projet Arctic LNG 2 aux côtés de Novatek (60%), des chinois China National Offshore Oil Corporation (CNOOC, 10%) et China National Petroleum Corporation (CNPC, 10%) et du consortium japonais Mitsui-Jogmec (10%). En construction, notamment avec l’ingénieriste français Technip Energies, il est constitué de trois trains de liquéfaction gravitaires, qui seront posés au fonds de la mer (GBS), chacun doté d’une capacité nominale de 6,6 millions de tonnes par an (Mt/a).

L’ensemble des modules pour le premier train flottant a été livré à Mourmansk. Ils sont en cours d’intégration sur la GBS. Et si tout va bien, le remorquage de cette première GBS est prévu pour l’été 2022, avec une mise en production en 2023, selon Technip Energies. Un projet de 9,5 milliards d’euros, dont Novatek a réussi à boucler le financement fin novembre, grâce à des banques russes et chinoises. Il est destiné à servir les marchés asiatiques, précise TotalEnergies. Mais la crise ukrainienne pourrait forcer le français à arrêter les travaux.

Dans le GNL, Total dispose aussi d'un important projet en Papouasie Nouvelle-Guinée. En revanche, ses projets au Mozambique sont à l’arrêt. Un accord conclu en mai 2018 avec le russe PAO Novatek permettra à la major française d’acquérir de nouvelles participations entre 10% et 15% de tous ses nouveaux projets sur les péninsules de Yamal et Gydan. Des investissements potentiels dont TotalEnergies vient d’annoncer le gel. TotalEnergies détient aussi des participations dans des terminaux de regazéification GNL en France, à Montoir de Bretagne (Loire-Atlantique) et Fos-Tonkin (Bouches-du-Rhône), au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, en Inde, au Bénin et en Côte-d’Ivoire. Deuxième acteur mondial dans le GNL, TotalEnergies aura donc un rôle majeur à jouer dans la nouvelle donne pour l'approvisionnement en gaz en Europe, et dans le monde. La partie s’annonce néanmoins très compliquée malgré un bénéfice record en 2021.

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