Après le gel de l’autorisation du gazoduc Nord Stream 2 le 22 février, le conflit en Ukraine continue de faire des remous dans la politique énergétique de l’Allemagne. Pour réduire sa dépendance au gaz russe, qui représente 55% de ses importations, le chancelier Olaf Scholz a annoncé la construction de deux premiers terminaux d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL). Contrairement à ses voisins européens, le pays avait jusqu’ici ajourné cet investissement, préférant s’approvisionner via les ports de Rotterdam (Pays-Bas) et de Zeebrugge (Belgique).
Désormais, deux villes côtières de la mer du Nord accueilleront les importations de GNL, en provenance notamment des Etats-Unis et du Qatar : Brunsbüttel avec une capacité de 8 milliards de m3 par an et Wilhelmshaven, avec 10 milliards de m3. Pour ce dernier, l’entreprise Uniper a réactivé ses plans de construction qu’elle avait mis en suspens il y a deux ans, faute de soutien politique. Les coûts des deux projets sont estimés à 900 millions d'euros et un soutien financier de l'Etat serait envisagé. Enfin, la ville de Stade, bastion de l'industrie chimique, s’est dite sur les rangs, avec une capacité annuelle de 12 milliards de m3.
« Le risque de blackout est réel »
Mais les autorisations de construire ne devraient pas intervenir avant l’automne 2023 et leur mise en service en 2026. C’est pourquoi, face à cette échéance lointaine, la Fédération allemande des petites et moyennes entreprises (BVMW) demande la mise en place d’un moratoire sur l'énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine. « En clair, cela signifie que l'abandon du charbon d’ici à 2030 doit être suspendu et que les centrales nucléaires restantes doivent rester connectées au réseau après de la fin de l'année », juge son directeur général, Markus Jerger.

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L’arrêt au 31 décembre 2022 des trois derniers réacteurs, Isar 2, Emsland et Neckarwestheim 2, interviendra en plein hiver et au moment où les réserves de gaz pourraient être au plus bas, d’où la crainte d’une hausse massive des coûts. « Une économie hautement industrialisée comme l'Allemagne a besoin d'un approvisionnement énergétique fiable avec un maximum d'indépendance. Dans le cas contraire, le risque de black-out est réel », met en garde Markus Jerger. Pourtant, les trois producteurs d'énergie allemands E.On, RWE et EnBW soutiennent que la prolongation des centrales nucléaires est techniquement compliquée. « Le législateur a décidé que l'énergie nucléaire n'avait pas d'avenir en Allemagne. La poursuite de l'exploitation de notre centrale nucléaire Isar 2 au-delà de la date limite légale de 2022 n'est donc pas à l'ordre du jour », a déclaré un porte-parole d'E.On.
Mardi 8 mars, Berlin a officiellement pris position contre la prolongation des derniers réacteurs nucléaires dans le pays. Les ministères de l'Economie et de l'Environnement expliquent dans un communiqué qu'« une prolongation ne pourrait apporter qu'une contribution très limitée à la résolution du problème, et aurait des coûts économiques, constitutionnels et sécuritaires très élevés ».
Pas de prolongement du nucléaire... pour l'instant
De manière assez opportuniste, la faiblesse actuelle des réserves en gaz relance aussi le débat autour de la fin du charbon, prévue idéalement pour 2030. Michael Kretschmer, ministre-président de Saxe, grande région minière, a estimé que cette décision devait être rediscutée à la lumière de ce nouveau contexte de souveraineté énergétique. Le porte-parole des Libéraux chargé de la politique énergétique, Michael Kruse, a de son côté plaidé pour la poursuite des centrales à charbon les plus modernes, même au-delà de 2030.
Si le ministre fédéral de l’Economie et du Climat, Robert Habeck, a promis que toutes les options seraient examinées sans tabou, il a indiqué qu’un prolongement du nucléaire n’était pas prévu pour l’heure. « Les préparatifs des arrêts des réacteurs sont si avancés que la prolongation de leur activité poserait des problèmes majeurs en matière de sécurité et éventuellement de livraisons de combustible qui ne sont plus assurées », a-t-il justifié. Pour l’hiver prochain, le gouvernement préfère donc se concentrer sur la création d’une réserve stratégique nationale de gaz et de charbon, dont la moitié des importations provient aussi de Russie. Olaf Scholz a de fait annoncé l'acquisition à court terme de deux milliards de mètres cubes de gaz avec des options à long terme garanties par l'Etat, via lesquelles les fournisseurs sont payés pour garder les réserves de gaz plutôt que de les vendre.



