Le rebond est spectaculaire par rapport à l’année précédente. En 2023, la réduction des coûts sera le premier objectif poursuivi par 66% des acheteurs sondés dans une étude sur les tendances et priorités des départements achats, dévoilée mardi 10 janvier. Elle a été réalisée par le cabinet AgileBuyer et le Conseil national des achats, une association regroupant de nombreux professionnels du domaine, et a rassemblé près de 900 réponses.
Lors de la précédente étude, seuls 55% des acheteurs partageaient cet avis, un plus bas depuis au moins 2019. Le retour en grâce de l’objectif de réduction des coûts et donc de contribution au résultat net relèverait toutefois d’une logique différente de celle qui prévalait par le passé. «Auparavant, les acheteurs réduisaient les coûts de façon agressive. Aujourd’hui, l’approche est complètement différente et défensive. On est en train de limiter la casse , estime Olivier Wajnsztok, directeur associé chez AgileBuyer.
L'excès de zèle de fournisseurs sur l'inflation
Avec une inflation à nouveau élevée, une nouvelle question a été posée aux acheteurs sur la tendance de fournisseurs à augmenter leur prix au-delà du niveau de répercussion de leurs propres coûts. Bilan : huit directions des achats sur dix affirment que certains fournisseurs recourent à cette «inflation opportuniste». C’est même la majorité de leurs fournisseurs pour 15% d’entre elles. Beaucoup «réclament d’importantes hausses de prix sans même savoir les expliquer de façon rationnelle», regrette dans l’étude Alexandre Billard, le directeur des achats de l’ETI spécialiste du laser Lumibird.
Près de 90% des directions achats disent être forcées de renégocier leurs contrats à cause de l’inflation et une sur deux fait face à des fournisseurs qui cassent des contrats à leur désavantage. Ce deuxième phénomène est particulièrement prégnant dans les secteurs de l’aéro-défense (58%) et de l’industrie lourde (57%). «Le plus compliqué cette année a été de maintenir les conditions contractuelles. Nous avons refusé les hausses sur lesquelles nous étions couverts par contrat, raconte Franck Le Guillou, le directeur des achats chez Colas, une filiale du groupe Bouygues active dans la construction des infrastructures de transport, cité dans l’étude. Ce que nous contractualisons avec nos clients, nos fournisseurs doivent l’assumer également. Le rapport de force a été tout autre sur les catégories non couvertes…»
L'arme de la négociation
La hausse du prix de l’énergie a également contribué à accroître l’attention des acheteurs pour réduire les coûts. Au point où plus d’un tiers d’entre eux craignent une disparition de leurs fournisseurs stratégiques, comme conséquence de la crise énergétique. Ils sont même jusqu’à 55% à redouter cette perspective dans l’automobile et 51% dans l’industrie lourde. «C’est devenu une question de survie d’avoir des fonctions achats de bon niveau. Le groupe agroalimentaire Cofigeo, connu pour sa marque William Saurin, a dû quasiment fermer boutique pour une histoire de couverture de ses prix énergétiques», illustre Olivier Wajnsztok.
La volonté de réduire les coûts est la plus forte dans la catégorie regroupant les entreprises de mécanique, métallurgie, des équipements et des meubles et textiles (affirmée à 81%). Celles-ci subissent l’augmentation du coût des matières premières et du bois. Pour ces entreprises, comme pour celles des autres secteurs, la négociation sera incontournable cette année. Plus de la moitié des directions achats pensent y recourir. Environ un tiers passera aussi ses besoins en revue et ajustera son cahier des charges ou changera de fournisseur.
Le "friendshoring" dans l'air du temps
Les velléités de relocalisation ne semblent pas pâtir de cet accent placé sur la réduction des coûts. 49% des professionnels envisagent de relocaliser leurs achats en réponse aux crises, en légère hausse par rapport à l’an passé (+2 points). Ils n’étaient que 30% à considérer cette option en 2021. «Il y a un renforcement de cette tendance sur le long terme, commente Olivier Wajnsztok. Sans être forcément majoritaire, une nouvelle tendance a émergé : le "friendshoring". C’est le fait de relocaliser dans des pays amis, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour améliorer la fiabilité des livraisons.» Selon lui, l’Inde bénéficie largement de cette nouvelle donne actuellement, face à l’instabilité constatée en Chine et à la menace d’invasion de Taïwan. L’Europe reste le premier choix dans les zones de relocalisation, devant la France.
Mais passer des intentions à la réalisation reste une gageure. Moins de 40% des directions achats indique ne pas avoir de contraintes pour acheter des produits fabriqués en France, contre 46% l’année dernière.



