Enquête

Ces entreprises françaises pionnières des achats responsables

En France, 75 organismes sont reconnus pour leurs efforts envers leurs fournisseurs. Le label qui encadre la démarche est encore confidentiel.

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Marck & Balsan, labellisé RFAR en 2021, a amélioré son processus de paiement de ses fournisseurs.

Le chemin vers des achats plus responsables est encore long. Mais la France est plutôt en avance sur ce pan de la RSE, avec un rôle moteur dans l’élaboration de la norme internationale sur les achats responsables (ISO 20400) et la création d’un label français. Le label Relations fournisseurs et achats responsables (RFAR) distingue depuis 2017 les entreprises et organismes publics qui œuvrent à l’amélioration de leur relation avec les fournisseurs et ont suivi jusqu’au bout le Parcours national des achats responsables chapeauté par la Médiation des entreprises et le Conseil national des achats.

Un effort qui paie dans cette période compliquée pour les chaînes d’approvisionnement. «Aujourd’hui, les fournisseurs ont le choix du client. Malgré le contexte, nous réussissons à avoir des relations sereines avec les nôtres parce que nous avons travaillé avec ce label», estime Marie-Josée Creuset, la directrice des achats du spécialiste des consommables pour l’impression par transfert thermique Armor. Début décembre, 75 organisations pouvaient pourtant se targuer d’avoir décroché ce sésame. Un club sélectif qui grossit petit à petit – ses membres étaient 45 fin 2020 – et peut compter sur un vivier de 2 300 organismes déjà signataires d’une charte, préalable au label.

«Cette démarche permet d’améliorer les processus des entreprises», observe Stéphane Peron, le délégué général de la Fédération nationale des fabricants de fournitures administratives, civiles et militaires (Facim), qui promeut le label depuis plusieurs années en son sein. «Cela nous a permis de repérer des anomalies dans notre validation des factures pour les transporteurs. Un petit bug empêchait de faire passer l’information de la logistique à la comptabilité, ce qui a été changé», illustre Laurent Marck, le directeur général de l’ETI Marck & Balsan, qui produit des uniformes et des équipements de protection. Fournisseur de confectionneurs comme Marck & Balsan, Dominique Gruso, le gérant l’entreprise de fabrication de boutons Artmetal Framex, constate «moins de retards de paiement de la part des clients labellisés RFAR».

Remis pour une durée renouvelable de trois ans, le label s’accompagne d’audits annuels réalisés par des organismes tiers et aux frais des entreprises. «Cela conduit à cadrer l’organisation des achats avec un plan de progrès», apprécie Laurent Belloni, le directeur des achats de Schmidt Groupe. Le fabricant de meubles a par ailleurs mis en place un outil, le Net promoter score, qui permet à ses fournisseurs de dire s’ils recommanderaient ou non le groupe en tant que client. «Je rencontre également chaque année les trois Esat [établissements où exercent des personnes en situation de handicap, ndlr] avec qui nous travaillons pour voir comment leur donner un peu plus d’activité», explique Laurent Belloni.

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Un atout dans les marchés publics

Des efforts qui ont un intérêt commercial, notamment pour les entreprises en quête de marchés publics. «Le label n’apporte pas de points en plus, mais rassure le client», affirme Laurent Marck, qui fournit plusieurs ministères eux aussi labellisés. L’intérêt serait même décuplé côté privé : «Les grands comptes sont regardants sur la RSE», souligne-t-il. De son côté, Schmidt Groupe prévoit dans sa méthode de vente un argumentaire RSE qui peut amener les vendeurs de ses meubles à expliquer ce qu’est le label RFAR. Pour Laurent Belloni, un important travail de communication devrait avoir lieu : «Même au sein de la profession, des acheteurs ne savent pas ce que c’est ! C’est très “Bercy”, malgré un bon fond.»

Directeur général de l’association Entreprises responsables + (ER+), qui accompagne les PME vers la labellisation, François Girard doit parfois lever une anxiété exprimée par certaines sociétés. «Il peut y avoir une méconnaissance et notre but est justement de rendre la RSE accessible», précise-t-il. Le label souffre par ailleurs de son manque de reconnaissance à l’international et d’une mise en œuvre assez lourde pour les plus petites entreprises. Chez Balas Textile, au moins trois personnes sur les quinze que compte la société ont travaillé sur la labellisation. Depuis, le suivi quotidien du dispositif occupe un quart du temps d’un salarié.

Sans compter que cette distinction n’empêche pas de se retrouver dans une situation difficile, comme l’a montré le dossier entre Orange, qui affiche le label RFAR, et son sous-traitant de pose de fibre optique Scopelec. Ce dernier s’est retrouvé en péril ces derniers mois après avoir perdu 40 % de son chiffre d’affaires à l’occasion d’un appel d’offres de l’opérateur en 2021 qui ne l’a pas reconduit. «Un incident peut évidemment arriver. Le comité du label a écrit au président d’Orange, qui nous a expliqué comment l’entreprise allait faire pour que ce problème ne se reproduise pas», commente le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet.

Le label est en revanche mobilisateur au sein des équipes achats. «Nous avons affiché ce diplôme dans toutes les salles de réunion de la direction des achats. Cela permet d’en rappeler régulièrement les principes et de revenir vers quelque chose de plus rationnel lorsque des tensions surviennent», raconte Sylvain Masiero, chargé de la RSE à la direction des achats de Thales. «Cela apporte un réel intérêt au boulot, appuie Laurent Belloni, de Schmidt Groupe. Les jeunes acheteurs ne veulent plus fonctionner comme avant, la relation avec les fournisseurs et les achats responsables vont leur parler de plus en plus.»

Le label RFAR en trois chiffres

2012 Lancement de la première version du label Relations fournisseurs et achats responsables, modifiée en 2017

122 milliards d’euros Montant des achats des labellisés au 15 septembre

5 000 à 8 000 euros Coût de la labellisation pour une PME

(Source : Médiation des entreprises)

 

Des critères d’achat toujours plus exigeants

Contrairement à son ancêtre Relations fournisseurs responsables (RFR), le label Relations fournisseurs et achats responsables (RFAR) concerne non seulement les rapports avec les fournisseurs, mais aussi les achats responsables au sens large. Il couvre les trois piliers de la RSE, avec un accent mis sur la gouvernance. Le pilier économique renvoie principalement aux délais de paiement et à la présence attendue d’un médiateur interne, par exemple. Le volet social inclut le recours à des travailleurs en situation de handicap. Moins mature, le volet environnemental demande de prendre en compte le coût complet des achats pour limiter leur impact écologique. Un groupe de travail est à l’œuvre pour renforcer cet aspect et d’autres critères seront ajoutés au premier trimestre 2023. Le label permet enfin de démontrer une adhésion aux principes de la norme de référence ISO 20400, elle-même non certifiable. #

 

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