Cofigeo tire la langue. L’industriel spécialiste des plats préparés, distribués sous les marques William Saurin, Garbit, Raynal et Roquelaure ou encore Zapetti, avait annoncé mardi 6 décembre «arrêter provisoirement la production de ses sites à partir du 2 janvier 2023». L'entreprise, qui emploie 1 200 personnes en France, justifiait alors sa décision par la fin de ses couvertures énergie et la multiplication par dix de ses factures d'énergie. Elle a signé un accord d'activité partielle avec les syndicats. Conséquence: depuis le 2 janvier, quatre sites de ses huit sites sont à l'arrêt et 800 salariés placés au chômage technique. Le président du groupe, Mathieu Thomazeau, revient sur cette annonce pour L'Usine Nouvelle.
L'Usine Nouvelle. - Vous annoncez que l’énergie va passer dans vos factures annuelles de 4, à 40 millions d’euros à la fin du mois. Quel est l’impact sur votre chiffre d’affaires?
Mathieu Thomazeau. - Historiquement, l’énergie représentait autour de 1,2% de notre chiffre d’affaires. Notre couverture sur le gaz, soit les trois-quarts de notre consommation d’énergie, prend fin au 1er janvier. Nous sommes couverts pour 2023 à un prix proche de dix fois le prix actuel. Pour l’électricité, qui nous permet d’alimenter nos groupes froids et des automates, nous nous fournissions autour de 40 euros du MWh avant la crise. Notre contrat d’électricité a fini cet été, et nous n’avons pas trouvé de fenêtre depuis pour signer une nouvelle couverture. Concrètement, pour janvier, sur les marchés à terme, nous risquons d’acheter notre électricité autour de 600 euros du MWh.
Quelles sont les autres hausses de coûts que vous devez affronter?

- 1041.6+3.68
Février 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 455+7.18
Février 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 626.5+1.18
Février 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
C’est la troisième vague d’inflation que nous subissons. Il y a déjà eu le blé et les légumineuses, du fait notamment de la sécheresse au Canada fin 2021. L’inflation était depuis portée par le prix des viandes, avec les problématiques liées à la baisse du cheptel en France. Cette troisième vague d’inflation importante est venue avec la guerre en Ukraine qui a fait flamber le prix de l’énergie.
N’avez-vous pas pu faire remonter ces coûts lors des cycles de négociations commerciales qui ont jalonné l’année?
Sur la MPA [matière première agricole, ndlr] nous en avons répercuté une partie, autour de 70%. Pour la MPI [matière première industrielle, ndlr], c'est-à-dire les autres intrants, comme l'emballage et l'énergie, c’est une autre histoire. C’est la raison de notre situation actuelle. Il y a des enjeux multiples. Par exemple, l’inflation actuelle joue aussi sur le coût du financement de nos stocks : notre industrie d’épicerie en a besoin pour produire et leur coût a mécaniquement augmenté avec l’inflation.
Notre plan sobriété nous a permis de baisser d’un peu plus de 10% notre consommation d’énergie. Mais ce n’est pas suffisant face à l’inflation.
Cette annonce d’arrêt de production au 1er janvier n’est-elle pas aussi un moyen de faire pression sur la grande distribution alors que les négociations commerciales ont officiellement débuté le 1er décembre?
La pression, c’est nous qui l’avons. Comment allons-nous financer notre production au cours des prochains mois? Il faut préserver nos liquidités. Nous ne pouvons pas vendre à perte. C’est pour cela que nous avons signé un accord pour une activité partielle de longue durée (APLD) avec les syndicats, qui permet de réduire à 40% le temps de travail pendant une période de six mois, qu’il est possible de renouveler. Quatre de nos huit sites seront à l’arrêt, soit 80% de la production. Il s’agit des sites de Camaret-sur-Aigues, Capdenac, Lagny-sur-Marne et Pouilly-sur-Serre. Les autres sites sont de plus petits sites, très spécialisés.
Etes-vous prêts à aller voir les distributeurs avec vos factures pour obtenir les hausses?
La transparence est essentielle, nous fournissons les éléments à nos clients. Mais les factures de nos fournisseurs doivent rester confidentielles. Nous ne sommes pas habilités à transmettre les factures de nos fournisseurs, mais nous pouvons les faire vérifier par un tiers de confiance. Ce que nous faisons à chaque demande. Après, ces factures en l’occurrence, ce sont les prix sur les marchés de l’énergie, c’est donc facile à vérifier.
En cas d’arrêt de production prolongé, à quelles pénuries faut-il s’attendre dans les rayons de supermarchés?
C’est très variable, nous avons entre 20 et 40 références sur les étals selon les enseignes et les circuits de distribution. Ce sont des chaînes longues avec des stocks un peu partout. Il est difficile de dire précisément quand ces ruptures se produiront.
Quelle porte de sortie voyez-vous à cette crise?
Nous avons déjà mis en place un plan sobriété qui nous a permis de baisser d’un peu plus de 10% notre consommation d’énergie. Mais cette économie n’est pas du tout suffisante pour faire face à l’inflation subie. L’enjeu est de conserver une offre de qualité, d’avoir toujours pour objectif de nourrir une famille pour 3 euros, tout en répercutant nos tarifs. Nous pourrons compenser par l’innovation, mais il nous faut obtenir auprès des distributeurs une revalorisation à deux chiffres, très variable selon les produits et les marques.



