Après les déboires du Covid, comment Emmanuel Macron veut relancer l'innovation dans la santé en France

La France veut renforcer sa souveraineté sanitaire pour les médicaments existants et de demain... A l'occasion du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS), Emmanuel Macron a présenté le 29 juin la nouvelle stratégie nationale à l'horizon 2030. Celle-ci vise à tirer les leçons de la crise du Covid-19 et du décrochage de notre pays dans l'innovation en santé.

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Emmanuel Macron chez Seqens le 28 août 2020
En visite chez Seqens en août 2020, Emmanuel Macron avait promis de faciliter la relocalisation des principes actifs des médicaments stratégiques.

Crainte de pénurie de médicaments stratégiques, tensions sur les approvisionnements à cause de la délocalisation des principes actifs, retard des laboratoires français – le groupe pharmaceutique Sanofi, l’institut Pasteur… – dans la course aux vaccins contre le Covid-19, essais cliniques des traitements de demain à la peine… La crise sanitaire liée au coronavirus a mis en exergue les manquements de la France dans sa capacité à innover et à sécuriser des filières essentielles ou stratégiques de la santé. Pourtant, la qualité de ses chercheurs, établissements de formation, start-up et tissus industriels est unanimement reconnue. Triste constat.

Le gouvernement a donc tenté, en réunissant de nombreuses parties prenantes, trois ministères (Santé, Recherche et innovation et Industrie) et en faisant plancher un comité d’experts depuis février, d’établir une nouvelle stratégie pour l’horizon 2030. Au grand soulagement des industriels. « Je suis absolument convaincu que l’industrie de la santé est un secteur de sortie de crise, et aujourd’hui je me réjouis de cette reconnaissance », se félicitait Frédéric Collet, le président du Leem, le syndicat des Entreprises du médicament, dans un entretien à L’Usine Nouvelle en avril. Cette stratégie a enfin été dévoilée, mardi 29 juin, par le Président de la République Emmanuel Macron, à l’occasion du Comité stratégique des industries de santé.

7 milliards d’euros d’investissement

Premier principe, réinvestir massivement dans la santé. 7 milliards d’euros seront débloqués pour des investissements au cours des cinq prochaines années. Avec l’idée de les flécher en particulier sur trois secteurs jugés prioritaires. 800 millions d’euros de crédits publics seront dédiés aux biothérapies et nouvelles technologies de production pour savoir fabriquer les traitements d’avenir, en particulier contre les maladies graves et les pathologies rares. Le gouvernement espère ainsi susciter un effet de levier privé de 2 milliards d’euros, alors que Sanofi a annoncé le même jour investir 400 millions d’euros par an dans un centre spécialisé dans les vaccins à ARN messager, répartis entre ses sites de Cambridge (Massachussetts, États-Unis) et Marcy-L’Étoile, près de Lyon (Rhône).

Où en est-on de la relocalisation des principes actifs promise par Emmanuel Macron il y a un an ? 1,5 milliard d’euros sont débloqués « pour soutenir l’effort européen des industriels de la santé via des appels à projets », rappelle-t-on à l’Elysée, qui confirme le projet de relocalisation du paracétamol entamé par Sequens, Sanofi et Upsa. La santé numérique fera également partie des priorités d’investissement, avec l’objectif de renforcer la numérisation et l’accès aux nouvelles technologies dans l’ensemble du système hospitalier. Tout comme la détection et la lutte contre les maladies émergentes et infectieuses, alors que le Covid-19 a mis en exergue l’émergence de risques nouveaux et délétères.

Empêcher la fuite à l'étranger

Que ce soit le patron – un Centralien – de la biotech américaine Moderna, la prix Nobel de chimie 2019 Emmanuelle Charpentier ou encore la biotech Valneva pour produire son vaccin anti-Covid, trop de Français brillants s’en vont à l’étranger. Le gouvernement promet de nouveaux moyens pour les faire revenir et mieux soutenir les industriels qui souhaitent investir dans l’Hexagone. Avec, notamment, un soutien massif aux start-up et aux PME, via 1 milliard d’euros de prêts et de subventions et 1 milliard d’investissements déblocables par Bpifrance, si possible aux côtés de grands investisseurs privés (encore majoritairement étrangers aujourd’hui), ou encore « une logique d’achats hospitaliers renforcée », assure-t-on à l’Elysée.

Mais aussi de mieux soutenir les clusters, y compris de grande taille comme celui en train de se constituer en Ile-De-France autour de l’Institut Gustave Roussy (spécialiste de l’oncologie), avec l’université Paris Créteil, le pôle de Saclay et Sanofi, « un projet autour de plusieurs centaines de millions d’euros », affirme l’Elysée. Reste que le gouvernement n’est pas parvenu au début du printemps à empêcher un changement majeur d’actionnariat chez le spécialiste français des thérapies génique Yposkesi, le stratégique bras armé industriel du Généthon. Son capital est désormais contrôlé par le conglomérat sud-Coréen SK, Bpifrance n’en détenant plus que 5%. On considère à l’Elysée qu’il s’agissait du meilleur candidat à sa reprise. Et, à l’heure du sommet Choose France, d’un signe d’attractivité de la France : Yposkesi vient d’ailleurs d’annoncer la construction d’une seconde usine de bioproduction de thérapies géniques sur son site de Corbeil-Essonnes. « Il faudra que les acteurs français prennent leur part », reconnaît-on néanmoins.

Une agence de l'innovation en santé

Comme à chaque CSIS, le gouvernement promet un « choc de simplification » pour réduire les temps de négociation des prix des médicaments et de procédure pour réaliser des essais cliniques en France, toujours bien plus élevés que chez nos voisins européens. Et de faciliter l’accès dans les hôpitaux aux médicaments innovants jugés aujourd’hui trop chers. Pour conduire cette nouvelle stratégie, Emmanuel Macron a annoncé, sur le modèle de ce qui a été fait pour la défense, une agence de l’innovation dédiée à la santé. Gare à la nouvelle couche de bureaucratie, alors qu’un guichet unique a maintes et maintes fois été promis aux industriels de la santé et confié à des acteurs différents (Inserm, Agence nationale de la recherche…), d’où une vision fragmentée de la stratégie en santé.

Enfin, promesse d’un précédent CSIS qui se concrétise enfin : une réforme de l’accès dérogatoire aux médicaments entrera en vigueur début juillet par décret. Elle permettra de simplifier le système qui, en France, depuis plus de vingt ans, permet à un patient en situation d’impasse thérapeutique de bénéficier - dans quelques cas (maladie grave, rare ou invalidante, absence de traitement approprié, traitement ne pouvant être différé, et si l’efficacité et la sécurité du médicament sont fortement présumées) - d’un médicament non autorisé dans l’indication concernée. Désormais, deux régimes d’autorisation - accès compassionnel ou accès précoce - remplaceront les six existants. L'objectif étant d’offrir plus de visibilité aux laboratoires pharmaceutiques, plus de simplicité aux quelques dizaines de milliers de patients concernés… et de faciliter l’accès à l’innovation à ceux qui en ont le plus besoin.

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