Très en retard dans la course contre le Covid-19, le géant pharmaceutique français Sanofi souhaite se replacer dans la course au développement de la nouvelle génération de vaccins, en finançant un centre spécialisé dans la création de vaccins ARN messager (ARNm). Cette technologie, popularisée avec le vaccin contre le Covid-19 de Pfizer et BioNTech et celui de Moderna, représentera un investissement annuel de 400 millions d’euros pour l’entreprise, et ce dès 2021. Le centre reposera sur deux sites du groupe, à Cambridge (Massachussetts, États-Unis) et Marcy-L’Étoile, près de Lyon (Rhône).
« Une nouvelle modalité thérapeutique est née pendant la pandémie, qui est désormais bien comprise et qui a prouvé sa capacité de fonctionnement », expose Frank Nestle, le directeur monde de la recherche de Sanofi. Si l'on sait depuis les années 90 qu'il est possible de modifier le comportement d’une cellule grâce à une injection d’ADN messager, ce n’est qu’avec la crise sanitaire du Covid-19 que ce procédé a pu être mis à profit.
Une technologie aux multiples horizons
Mais les perspectives du vaccin à ARNm ne s’arrêtent pas au Sars-Cov-2. De nombreux virus pour lesquels aucun vaccin n’existe actuellement sur le marché sont de nouveau à l’étude sous le prisme de cette technologie. Il suffit en effet de trouver le bon antigène, c’est-à-dire la substance dans le virus qui peut engendrer des anticorps, et d’avoir un transporteur pour faire entrer l’ARNm dans la cellule. Sanofi annonce qu’au moins six candidats cliniques sont attendus d’ici à 2025 pour son nouveau centre.
Les vaccins à ARNm pourraient de plus représenter une piste intéressante dans la lutte contre certains cancers. Dans un pourcentage conséquent de cancers, une protéine tumorale est émise par le patient, qui pourrait jouer le rôle de l’antigène dans un vaccin à ARNm. Des propositions pour lutter contre les maladies auto-immunes sont également à l’étude.
Un marché qui s'annonce compétitif
Bien que Sanofi compte rester dans la gamme des maladies infectieuses, la compétition s’annonce rude, en particulier face à BioNTech et Moderna. « Ils seront certainement les leaders dans ce domaine, estimait Bruno Pitard, directeur de recherche en cancérologie et immunologie au CNRS de Nantes, dans un entretien à L'Usine Nouvelle. Ils ont changé de dimension avec la crise. Ils ont un coup d’avance et ne vont pas se priver de décliner la technologie. »
Pour y arriver, Sanofi déclare intensifier sa collaboration entamée en 2018 avec Translate Bio, une biotech américaine spécialisée dans l'ARN messager. Le vaccin contre le Covid qu’ils développent en partenariat est au début de ses essais sur l’humain.



