Yposkesi, fleuron français de la bioproduction imaginé par l’AFM-Téléthon, passe sous pavillon sud-coréen

Fondé en 2016 par l’AFM-Téléthon et Bpifrance, Yposkesi, un des plus grands sous-traitants pour la bioproduction en France et spécialiste des thérapies géniques, est désormais détenu à 70% par le groupe sud-coréen SK. Le changement d’actionnariat ne modifie pas les plans de développement, en particulier sur le plan industriel, avec la construction en cours d'une seconde unité à Corbeil-Essonnes.

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Site de Yposkesi à Evry (Essonne)
Yposkesi, spécialiste des thérapies géniques qui construit une seconde unité de production en Essonne, est désormais détenu à 70% par le Sud-Coréen SK.

Dans le paysage de la fabrication des médicaments biotechnologiques, Yposkesi est l’un des fleurons en France et l’un des rares industriels de ce type implantés sur le territoire. Fondé en 2016 par l’AFM-Téléthon et le fonds Sociétés de projets industriels (SPI) de Bpifrance, ce sous-traitant biopharmaceutique est un acteur majeur de la production de vecteurs viraux pour la thérapie génique. Implanté à Corbeil-Essonnes (Essonne), recensant 180 salariés pour un chiffre d’affaires de 18,2 millions d’euros en 2020, Yposkesi est désormais détenu à 70% par le groupe sud-coréen SK. La holding H-MRB, regroupant l’AFM-Téléthon, le Généthon et le Centre d’études des cellules souches (CECS) a limité sa participation au capital à 25%, contre 54% auparavant, quand la part de Bpifrance est passée de 46% à 5%.

Rester compétitif

Alain Lamproye, le président exécutif d’Yposkesi explique que cette opération "s’inscrit dans le cadre de la dynamique très rapide observée dans le domaine de la thérapie génique. C’est un marché qui explose en Europe et au niveau mondial, avec beaucoup d’investissements de la part de sociétés type CDMO (sous-traitant de développement et de production pharmaceutique, ndlr) mais aussi de la big pharma". En conséquence, "depuis 12-18 mois il y a une vraie course à la taille sur ce secteur des CDMO, avec de nombreux acteurs qui se regroupent pour former des entités de plus en plus grandes", observe Magali Joëssel. Directrice du fonds SPI de Bpifrance, elle ajoute qu’Yposkesi, "qui était un acteur précurseur et unique en France, était en train de devenir un petit acteur", une position complexe "pour rester compétitif".

Afin de garder l’entreprise compétitive, les actionnaires recherchaient ainsi un partenaire industriel pour épauler le développement. Après des déclinaisons d’offres jugées prédatrices et des recherches infructueuses, en particulier du côté de la filière française des CDMO, Yposkesi s’est finalement tourné vers SK. "Il y a un fort avantage à s’adosser à un industriel qui dispose d’une infrastructure et d’un réseau mondial pour accélérer le développement d’Yposkesi", souligne Alain Lamproye. Magali Joëssel décrit de son côté SK comme un "partenaire industriel de croissance", avec un projet qui garantit que les "capacités de production resteront et seront développées en France".

Alain Lamproye assure d'ailleurs que ce changement d’actionnariat "ne change pas la stratégie ni la mission d’origine qui est d’innover et de produire dans ce domaine de la thérapie génique". Yposkesi promet de maintenir une relation très étroite avec le Généthon, le laboratoire de R&D de l’AFM-Téléthon, en continuant de collaborer au développement de médicaments innovants contre des maladies rares, ainsi que de produire des lots pour les essais cliniques. Et entend aussi offrir des services complets aux sociétés de biotechnologies, françaises et internationales, pour le développement de bioprocédés, du développement analytique ou encore de la production clinique et commerciale pour des médicaments de thérapie génique.

Une seconde unité en construction

L’opération ne modifie pas non plus l’investissement d'Yposkesi d’environ 50 millions d’euros en cours à Evry (Essonne). Le début des travaux pour construire sur place une seconde unité de production est imminent. Ce projet va décupler les capacités de production de l’entreprise, laquelle sera plus à même d’assurer des productions de lots commerciaux, à grande échelle, pour ces médicaments de nouvelle génération. 80 emplois seront créés dans ce cadre. La mise en service est aujourd’hui envisagée pour le deuxième trimestre 2023, après des décalages entraînés en partie par la crise sanitaire.

Entrée de SK dans les thérapies géniques

Pour le conglomérat sud-coréen SK, cette prise de contrôle marque son premier pas dans les thérapies géniques. Présent dans le pétrole, les télécoms, le commerce et l’énergie, le groupe s’est positionné en 1996 dans la sous-traitance pharmaceutique, essentiellement dans les petites molécules, avec une première unité industrielle en Corée du Sud. En 2017, SK a développé cette branche à l’international avec l’acquisition d’une usine de BMS en Irlande, puis, en 2018, avec l’acquisition de l’américain Ampac Fine Chemicals. Ce qui a conduit à la constitution de la société SK Pharmteco, aujourd’hui actionnaire majoritaire d’Yposkesi.

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