C’est l’un des meilleurs laboratoires de recherche dans le domaine pharmaceutique au monde. Et fondé, ce qui n’est pas commun, par une association de malades et de parents de malades. Le 1er octobre 1990, grâce au soutien financier apporté par les dons du Téléthon, l’AFM-Téléthon monte le Généthon. Cette structure établie à Evry (Essonne) dans les locaux de l’association dénombre aujourd’hui 220 collaborateurs dont 180 chercheurs de pointe. En trente ans d’existence et de travaux, le Généthon a accompli des avancées majeures dans un des domaines les plus révolutionnaires de la médecine : la thérapie génique.
La "thérapie génique est un concept simple mais complexe à mettre en œuvre", explique Frédéric Revah, directeur général du Généthon. De manière assez schématique, la thérapie génique consiste à injecter à un malade du matériel génétique, apporté dans l’organisme en utilisant un vecteur viral, donc un virus, pour aller corriger la déficience génétique responsable d’une maladie. Ce traitement, qui s’effectue en une unique injection, s’appuie sur la réplication cellulaire pour que le correctif apporté par le matériel génétique se perpétue dans l'organisme et permette le rétablissement des déficiences génétiques et l’amélioration voire la guérison des malades.
Explosion de la thérapie génique
La thérapie génique suscitait beaucoup de réserves il y a trente ans. Une grande partie de la communauté scientifique ne l’imaginait pas concevable. Et pourtant, aujourd’hui, ce domaine de pointe connaît une véritable "explosion", décrit Frédéric Revah. Lequel liste "dix médicaments mis sur le marché en cinq ans, et une trentaine de médicaments actuellement en phase III", soit l’ultime phase de développement clinique avant une potentielle mise sur le marché. Aujourd’hui, sept produits issus des travaux du Généthon vont entrer en phase clinique, sept autres sont déjà en développement clinique, et un premier médicament, le Zolgensma, a été mis l’an dernier sur le marché.
Gigantesques coûts de développement
Ce traitement est aujourd’hui l’un des plus chers au monde, à près de 2 millions d’euros la dose et permet de soigner des bébés souffrant d’amyotrophie spinale (SMA), une maladie génétique rare, neuromusculaire et terrible. Moins de 50% des petits patients survivent au-delà de deux ans. Initialement, le traitement a été développé par une équipe de Martine Barkats au Généthon entre 2004 et 2011, jusqu’à la validation sur modèle animal. Face aux gigantesques coûts de développement, une licence a été accordée par le Généthon à Avexis, une société américaine de biotechnologies, qui a réussi à valider le traitement chez l’homme, avant d’être acquise par le laboratoire suisse Novartis, détenteur aujourd’hui du Zolgensma.
La majorité des produits auxquels le Généthon a contribué a été développé ou co-développé par des partenaires. "C’est un passage obligé pour aller jusqu’au marché. Seuls, nous n’avons pas les moyens", regrette Frédéric Revah, sachant que de tels médicaments nécessitent des investissements de plusieurs centaines de millions d’euros et des années de travail pour aboutir. Or les dons du Téléthon ne peuvent pas être entièrement dévolus à un seul programme de développement, et ne suffiraient sans doute pas.
Cartographie du génome humain
Les avancées majeures du Généthon dans la thérapie génique découlent de ses premiers exploits. Le laboratoire a, dès 1990, concentré ses efforts sur la cartographie du génome humain. Et est devenu le premier laboratoire mondial, avant même les chercheurs américains, à établir les premières cartes du génome humain, dès 1992. Quatre ans plus tard, en 1996, le Généthon établissait la carte génétique complète, composée de 5 264 marqueurs.
D’autres dates d’envergure jalonnent le parcours à succès du Généthon, comme la production du premier lot de vecteur de thérapie génique pour la recherche, dès 1997, ou le lancement en 2006 du premier essai clinique, donc chez l’homme, de thérapie génique utilisant des vecteurs viraux AAV (virus adéno-associés), les plus utilisés actuellement, dans une maladie neuromusculaire.
Une banque d'ADN unique
A Evry, au sein du laboratoire, le Généthon abrite une incroyable banque d’ADN, la plus importante d'Europe. Dans une vingtaine de cuves emplies d’azote liquide sont stockées, dans des ampoules, 408 196 échantillons, issus de 90 000 individus, de 45 000 familles, qui ont permis d’identifier et de mener des recherches sur 472 maladies, essentiellement des maladies rares et quelques cancers. "C’est le résultat d’une collecte de trente ans", se félicite Frédéric Revah. Un trésor qui dispose d’une sauvegarde à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.
Amélioration des bioprocédés
Les locaux du Généthon abritent aussi 6 000 m2 de laboratoires de biologie, de biologie moléculaire et de virologie. On y trouve aussi un laboratoire de développement des bioprocédés. Environ 35 collaborateurs travaillent sur l’amélioration des procédés de cultures cellulaires, de production de vecteurs viraux, de transfection ou encore de purification. L’enjeu est de pouvoir passer de l’échelle du laboratoire à échelle industrielle, ce qui est particulièrement complexe. L’une des missions de ce laboratoire est "d’augmenter la productivité de nos procédés d’un facteur 100", explique Patrick Santambien, responsable du développement technologique au Généthon, pour réduire les coûts très élevés de production de traitements de thérapie génique, et donc les coûts des médicaments, avec l’objectif de pouvoir traiter plus de malades.
Yposkesi, relais industriel
Ce laboratoire de développement des bioprocédés du Généthon permet aussi de produire des vecteurs viraux qui peuvent ensuite être transférés à Yposkesi, la structure de bioproduction de l’AFM-Téléthon, elle aussi implantée à Evry depuis 2016. Peuvent y être fabriqués à la fois des lots cliniques et commerciaux pour des produits de thérapie génique. Ce qui offre ainsi un relais industriel solide pour l’ensemble des recherches qui se poursuivent au Généthon, lequel nourrit toujours, même après 30 ans, autant d’espoirs pour trouver des solutions thérapeutiques à des maladies rares et graves.



