Les péripéties autour de la restructuration financière d’Atos sont dignes d’un scénario de série Netflix, convient un suiveur des tractations qui se déroulent depuis de longs mois. Alors que le groupe pensait retrouver des perspectives après le choix de son conseil d’administration le 11 juin dernier de poursuivre le chantier de sa reprise avec le consortium Onepoint, il s’est finalement retrouvé, mercredi 26 juin à devoir trouver un nouveau ballon d’oxygène pour se sortir de l’ornière. Dans un communiqué, le consortium Onepoint a annoncé mettre fin aux négociations avec l’entreprise du numérique en pleine phase de vérifications pré-acquisition.
Du côté d’Atos, on estime que Onepoint, le fonds Butler Industries et le spécialiste de la transformation numérique Econocom ont renoncé face à une opération complexe et de trop grande envergure. Dans le camp d’en face, on évoque l'identification d'un besoin de financement nouveau et jusqu’ici imprévu. Celui-ci pourrait s’élever à plus de 500 millions d’euros, selon Le Figaro. La période, courte, d’audit d’acquisition n’aurait pas non plus facilité l’opération.
Atos réfute l'argument d'un nouveau besoin de financement
Dans un communiqué, Atos a confirmé vouloir aboutir à un accord de principe sur sa restructuration financière d'ici la fin du mois de juin, avant de parvenir à un accord définitif dans la semaine du 8 juillet. L’idée étant toujours de déboucher fin juillet sur une procédure de sauvegarde accélérée pour mettre en œuvre l’accord. Le groupe indique en revanche que son activité «est en ligne avec le plan d’affaires» présenté fin avril, s’inscrivant ainsi en faux par rapport à l’argument d’un besoin de financement nouveau. Pour retrouver un endettement plus soutenable, Atos avait alors indiqué rechercher 1,7 milliard d’euros de liquidités et viser une réduction de sa dette brute de 3,2 milliards d’euros, quand ses remboursements s’élèvent à 4,8 milliards d’euros dans les six prochaines années.
Quoi qu’il en soit, un come-back du fondateur de Onepoint David Layani dans ce dossier ne semble plus d’actualité. «C’est assez peu envisageable», estime-t-on du côté d’Atos. Pour le groupe, la solution se trouve désormais plutôt chez ses créanciers obligataires qui détiennent environ la moitié de sa dette. «C’est la piste qui tient la corde», ajoute la même source.

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Les créanciers obligataires se tiennent prêts
Dans son communiqué du 26 juin, Atos indique avoir reçu «de la part du comité représentatif de ses créanciers obligataires une proposition globale de restructuration financière révisée pour satisfaire la demande de liquidité à court et moyen terme du groupe» qui tient compte du renoncement du consortium Onepoint. «Les discussions se poursuivent avec le comité représentatif des créanciers et certaines banques sur la base de cette proposition en vue de parvenir à un accord dans les meilleurs délais», est-il encore précisé.
Selon Le Monde, ces créanciers sont prêts à apporter près de 1,6 milliard d’euros dont 75 millions d’euros en fonds propres quand le consortium Onepoint en apportait 175 millions supplémentaires. Les négociations autour du niveau d’injection de cash devrait donc être cruciale. Avec cette solution, les actionnaires actuels d’Atos seront toujours fortement dilués, avec une détention finale de moins de 0,1% du capital.
Daniel Kretinsky en embuscade
Dans le cadre de ces négociations, les créanciers voudront-ils négocier avec Daniel Kretinsky ? Présenté comme le grand perdant de la décision du conseil d’administration d’Atos en juin, l’homme d’affaires tchèque a, dans un courrier daté du 25 juin, réaffirmé son intérêt pour investir dans le groupe du numérique. «Nous comprenons que le consortium Onepoint est confronté à des difficultés dans l’accomplissement du plan de restructuration proposé pour Atos», écrit ainsi EP Equity Investment, la société d’investissement de Daniel Kretinsky, avant de se dire prête à déposer une offre révisée sous certaines conditions. EP Equity Investment souhaite mieux comprendre les perspectives commerciales actuelles d’Atos, établir des contacts avec ses clients majeurs pour être en mesure de les rassurer et avoir une vue plus exhaustive sur les projets de cessions comme celui de sa filiale Worldgrid promise à Alten.
La société d’investissement se dit également consciente que son action ne pourra être couronnée de succès que si elle convainc une majorité de créanciers obligataires et bancaires. «Pour ce faire, nous sommes prêts à envisager une participation des créanciers avec un financement en cash représentant jusqu’à 49% du capital d’Atos», écrit-elle. Le solde reviendrait alors à Daniel Kretinsky. Cette proportion est donc probablement inacceptable pour les créanciers, alors que le consortium Onepoint devait seulement obtenir 21% du capital environ.
L'Etat continue de s'activer sur le dossier
En attendant de trouver une solution, Atos devait signer mercredi 26 juin une convention avec l’Etat visant à protéger «les intérêts de souveraineté» du pays. « Les actifs souverains ont bien été sécurisés par une golden share[action de préférence, ndlr]», a fait savoir Bercy auprès de l'AFP. En juin, l’Etat français a en outre proposé à Atos d’acquérir trois activités considérées comme souveraines de son entité BDS (Big data & cybersécurité) pour un montant de 700 millions d'euros.



