Dans les paramètres du cadre de son refinancement publiés ce mardi 9 avril, Atos annonce l’obtention d’un financement intérimaire de 450 millions d’euros. De quoi financer son activité jusqu’à la conclusion d’un accord de restructuration de sa dette prévue au début du mois de juillet 2024. Sur ce montant, 50 millions d’euros sont prêtés par l’Etat par l’intermédiaire du FDES (Fonds pour le Développement Economique et Social). Ils sont destinés à la filiale Bull qui abrite les activités sensibles et souveraines du groupe comme celles de cybersécurité et calcul intensif.
C’est la première fois que l’Etat s’engage concrètement dans la stabilisation financière d’Atos, qui croule sous une dette brute de 4,9 milliards d’euros. Bercy justifie son engagement par le statut client de l'Etat et présente son soutien financier comme «une première étape dans la protection des activités stratégiques du groupe».
Rôle clé dans la dissuation nucléaire de la France
Atos fournit à l’Armée des solutions de cybersécurité. Il construit également les supercalculateurs de la branche militaire du CEA nécessaires à la simulation numérique des bombes atomiques en remplacement des essais physiques interdits depuis 1994. Ces supercalculateurs, dont Atos est le seul constructeur européen, jouent un rôle clé dans la dissuasion nucléaire de la France. Atos gère aussi, via son entité Worldgrid, l'informatique et la sécurité des centrales nucléaires.
L’Etat ne souhaite pas que ces activités stratégiques tombent sous le contrôle d’intérêts étrangers. C’est pourquoi il obtient, en contrepartie de son soutien financier, un accord de principe pour une participation dans la gouvernance de la filiale Bull et un droit préférentiel d’acquisition de ces activités sensibles au cas où les intérêts nationaux seraient menacés. Cette solution ultime serait enclenchée au cas où un actionnaire tiers franchirait le seuil de 10% ou d’un multiple de 10% du capital d’Atos et qu’aucun accord «raisonnable» n’ait été alors trouvé pour protéger les activités sensibles.
L'Etat attentif aux offres de prise de contrôle
Au-delà de la protection des activités souveraines, jusqu’où l’Etat est-il prêt à s’impliquer dans le sauvetage d’Atos ? Le groupe réclame 600 millions d’euros d’argent frais pour financer son activité en 2024-2025 et 600 millions de nouvelles lignes de prêts. L’argent frais pourrait provenir d’une augmentation de capital, dont une partie serait réservée à un nouvel investisseur comme David Layani, le patron de Onepoint, ou Daniel Kretinsky, le patron du fonds d’investissement EPFI. Cette opération se traduirait par une dilution importante des actionnaires existants. Les prétendants ont jusqu’au 26 avril pour déposer leurs offres. L’UDAAC (union des actionnaires constructifs d'Atos) recommande à l’Etat de profiter de l’occasion pour prendre, via Bpifrance, 10 à 15% du capital.
L’Etat sera très attentif aux offres de prise de contrôle qui seront soumises à la mandatrice judiciaire Hélène Bourbouloux dans le cadre de la procédure de conciliation en cours. David Layani est en train de monter un consortium pour son offre. Ce consortium comprend le fonds de retournement Butler Industries. Sa perception par Bercy dépendra de la nationalité et du poids des autres membres impliqués. Quant à Daniel Kretinsky, il est handicapé par sa nationalité tchèque. Il ne peut candidater qu'à la reprise d'Atos hors des activités sensibles BDS (Big Data et Sécurité) et Worldgrid. En s’impliquant financièrement dans le dossier, l'Etat se donne les moens de protéger les activités souveraines et envoie un signal clair aux prétendants potentiels.



