Ce qu'il manque pour renforcer la souveraineté numérique française et européenne

Préférence européenne, bonus souveraineté, espace européen des données... L'Innovation Makers Alliance (IMA) a publié le 22 mai un manifeste pour doper la souveraineté technologique française et européenne et stopper la dépendance aux outils numériques et technologiques extra-européens. 

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Drapeau français
L'Innovation Makers Alliance (IMA) préconise 30 mesures en vue de renforcer la souveraineté numérique française et européenne.

Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions, l’Innovation Makers Alliance (IMA) plaide pour des actions visant à renforcer la souveraineté technologique française et européenne. En toile de fond, la volonté de freiner la dépendance aux outils numériques et technologies extra-européens. Au-delà du contexte géopolitique, le directeur de la stratégie de l’IMA Christophe Grosbost pense que «les avancées technologiques dans l’intelligence artificielle (IA) et l’émergence à terme de solutions d’IA décisionnelles avec des capacités d’action», et donc de nuisance, peuvent favoriser la prise de conscience d’un besoin d’autonomie technologique.

Le consortium IMA, qui représente 150 grands groupes, ETI et administration françaises, publie donc le 22 mai ce «manifeste stratégique pour renforcer la souveraineté numérique de la France et de l’Europe». La création de celui-ci s’appuie sur des travaux menés auprès de plus de 300 entreprises. Il «a pour objectif de fournir un cadre de réflexion et d’action» autour de 7 domaines clés : IA, donnée, cloud et infrastructures, IT et espace de travail numérique, low code et no code, cybersécurité, informatique quantique. 33 recommandations à mettre en place par les pouvoirs publics ou directement par les grandes entreprises sont listées dont 5 recommandations clés.

Préférence européenne à l’achat

Quand les entreprises françaises parlent de souveraineté numérique, l’idée d’un Small Business Act n’est jamais très loin. Un «serpent de mer», comme le qualifie Christophe Grosbost, souvent proposé par des entreprises et retoqué par les pouvoirs publics. Cette demande vise à «réserver un pourcentage significatif des marchés publics aux PME et start-up technologiques européennes» sur le modèle de la réglementation existante aux États-Unis, écrit l'IMA. Avec une telle mesure serait à même de stimuler la croissance des start-up et PME, argue l'organisme. A noter que la pépite française Mistral AI, qui concurrence OpenAI et les autres acteurs extra-européens développant des LLM, semble naturellement bénéficier d’une certaine préférence française au vue de la multiplication des annonces de partenariats avec de grandes entreprises comme CMA-CGM, Veolia, Stellantis, Orange, Sopra Steria…

Pour booster encore plus l’achat auprès des entreprises européennes, le manifeste préconise également l’adoption d’un bonus souveraineté. Concrètement, celui-ci «vise à offrir une réduction directe du prix d’achat des solutions technologiques souveraines grâce à un financement par l’État» et à mettre en place une «fiscalité incitative […] avec des réductions de charges». En complément, une plateforme centralisée d’appels d’offres technologiques incluant les commandes publiques et les besoins du secteur privé pourrait favoriser les rapprochements d'entreprises européennes. Un sujet complexe dont souhaite se saisir l’IMA à son échelle : «Nous allons demander à nos 150 adhérents de poster sur une plateforme leurs besoins technologiques, souligne Christophe Grosbost. Et si cela permet à 20 start-up de décrocher un nouveau contrat c’est déjà un gain conséquent.»

Booster les investissements dans les infrastructures

Les investissements annoncés par la France et l’Europe dans les infrastructures d’IA sont salués, mais jugés insuffisants. Alors que 300 milliards d’euros d’investissements sont annoncés en Europe, ce sont plusieurs milliers de milliards de dollars d’investissements engagés aux États-Unis et en Chine, selon les données de l’IMA. A savoir que ces sommes regroupent à la fois de l’investissement public et privé. Au Sommet pour l’Action sur l’IA début février, 109 milliards d’euros d’investissements en France sur l’IA ont été annoncés par Emmanuel Macron. Des sommes visant principalement à construire des centres de données ou des infrastructures de calcul pour l’IA sur le territoire.

Enfin, l’IMA plaide pour la création d’espaces de données européens sécurisés et interopérables. Cela favoriserait le développement de nouveaux produits tout en s’assurant de respecter les réglementations européennes sur les données privées (RGPD) et l’IA (AI Act). L’Union européenne finance déjà plusieurs initiatives dans des secteurs comme l’agriculture, la santé ou encore l’énergie.

Si Christophe Grosbost juge les initiatives européennes comme étant «bonnes» il ajoute vouloir «aller encore plus loin en mettant en commun des données propriétaires privées et d’administration afin d’avoir des actifs susceptibles de plaire à des acteurs mondiaux». Un travail long et fastidieux sur lequel l’IMA commence à se pencher. «Les entreprises voudront bien participer à de tels projets à condition d’avoir un retour sur investissement concret», précise-t-il. Il faut donc trouver des cas d’usages dont il est possible d’anticiper les gains.

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