[Application StopCovid] La décision politique suspendue aux avancées techniques

Le déploiement d’une application mobile de traçage des personnes malades n’a finalement pas été intégré au plan de déconfinement débattu mardi 28 avril. En cause : trop de verrous techniques sont encore à lever, qui font l’objet de vifs débats scientifiques.

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Rien ne garantit que l'application StopCovid soit prête au 11 mai, date envisagée pour débuter un déconfinement progressif de la France.

Le traçage numérique pour casser les chaînes de transmission du Covid-19 fera bien l’objet d’un débat spécifique. La conception de l’application StopCovid étant toujours en cours, son déploiement n’a pas été intégré au plan de déconfinement présenté aux députés mardi 28 avril. "Je suis bien en peine de vous dire si elle fonctionne et comment elle fonctionnera précisément", a reconnu Edouard Philippe.

Certes le Bluetooth, le caractère volontaire de son utilisation, l’affectation d’identifiants chiffrés aux différents utilisateurs offrent des garanties reconnues par la Cnil en matière de protection de la vie privée. Mais cette protection, tout comme l’efficacité du dispositif qui permet de mesurer la proportionnalité offerte entre intérêt sanitaire et risques pour les libertés individuelles, se jouent dans chaque détail technique. Et c’est également là que s’érode l’unité de la communauté scientifique.

Querelle d'architecture

Premier exemple : des chercheurs de l’Inria, l’institut de recherche en charge de piloter le développement de l’application, ont publiquement alerté sur ses détournements possibles, estimant que l’anonymat des utilisateurs ne pouvait être garanti. "Nous avons tous les combats en même temps, pointe Henri Verdier, ambassadeur pour le numérique. La querelle autour du solutionnisme technologique, de l’architecture de l’application, de son degré d’autonomie par rapports aux plateformes d’exploitation des téléphones. Sans oublier le combat géopolitique, avec les démocraties sommées de montrer qu'elles savent gérer la crise."

Le conflit autour de l’architecture de l'application est particulièrement intéressant. Doit-elle être centralisée – le lien entre les identifiants des malades et ceux des utilisateurs croisés se fait alors sur un serveur central – ou décentralisée – pour une mise en correspondance sur smartphone ? La première option comporte le risque d’un espionnage étatique alertent les uns, la seconde met en péril l’anonymat des malades, pointent les autres.

Se passer de Apple et Google

Pilote avec la France d’un projet européen ayant choisi une architecture centralisée, l’Allemagne vient de faire volte-face. Elle invoque les craintes d’espionnage de sa population. Mais son revirement pourrait être plus pragmatique. Le choix d’une architecture décentralisée lui permet de s’appuyer sur l’interface de programmation proposée par Apple et Google.

Et de lever ainsi un frein majeur : sur les smartphones iOS et sur certains Android, les applications extérieures au système d'exploitation ne peuvent pas accéder en continu au Bluetooth. De quoi mettre en péril l’efficacité d’une solution souveraine, à laquelle tient la France. Beaucoup d’obstacles technologiques restent à résoudre pour que le projet ne s’enfonce pas dans une impasse. Et l’amener dans l’arène politique.

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