Alerte sur le «retour de la défiance» entre fournisseurs et donneurs d’ordre

Pour le médiateur des entreprises, fournisseurs et donneurs d’ordre sont confrontés à «un retour de la défiance» depuis quelques mois. L’énergie a été au cœur des crispations qui ont généré un regain des activités du médiateur fin 2022.

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Pierre Pelouzet
Le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet, estime que les entreprises sont confrontées à un "retour de la défiance" dans leurs achats.

Si l'on se souvient du fort ressenti, dans les entreprises, d’une inflation opportuniste pratiquée par certains fournisseurs, l’alerte lancée jeudi 9 mars par le médiateur des entreprises paraissait inévitable. «Face à la flambée des cours des matières premières, des coûts logistiques, des composants électroniques ou encore de l’énergie, il y a un retour de la défiance, a regretté Pierre Pelouzet, lors de la présentation de son bilan d’activité 2022. Ce sont des discours tels que "ce sont des voleurs, ils profitent de la crise pour nous imposer des prix délirants".» Ce leitmotiv des profiteurs de crise, les équipes du médiateur des entreprises l’ont entendu «en permanence» au cours des derniers mois, estime Pierre Pelouzet. «Or, la réalité ne consiste pas juste en des profiteurs et des gens sur le dos desquels on profite, estime-t-il. Revenons à la confiance et à des valeurs de compréhension mutuelle.»

Difficile toutefois d’évaluer l’ampleur des pratiques d’inflation opportuniste, reconnaît Pierre Pelouzet, alors que l’objectif de réduction des coûts revient en force dans les directions achats en 2023: «Il y a probablement des entreprises qui ont profité de la situation pour faire plus de marge, pendant que d’autres diminuaient la leur. Mais c’est en travaillant ensemble qu’on arrive à faire changer les choses, pas juste en stigmatisant.»

L'activité de médiation rebondit

Ce qui est sûr, c’est le rebond, constaté par le médiateur, de ses activités au second semestre 2022. Les demandes de médiation pour solutionner un litige ont gonflé de 33% sur cette période par rapport au deuxième semestre 2021. Au global, le nombre d’interventions du médiateur des entreprises en 2022 a pourtant été en recul par rapport l’année précédente, avec plus de 3 600 recours contre environ 5 200. Ces derniers chiffres comprennent à la fois les demandes de médiation (1 600 en 2022) et les sollicitations d’informations aboutissant à des réponses personnalisées (2 077).

Ce regain de tension sur la deuxième partie de l’année s’explique d’abord par la crise énergétique. La hausse des prix de l’énergie a représenté 10% des demandes de méditation sur cette période. Des sollicitations sur des renouvellements de contrats et des tarifs appliqués ont été traitées dans un premier temps, avant de voir arriver des montants de factures mettant en péril des entreprises et des interrogations sur les aides de l’Etat.

Les JO 2024 pas épargnés

Plus tôt dans l’année, un comité de crise sur l’énergie piloté par le médiateur avait été mis en place, pour rassembler dans une même agora, les fournisseurs et distributeurs d’énergie avec leur clientèle d’entreprises (Medef, CPME, U2P). Le médiateur est aussi chargé de la mise en œuvre de la charte qui demandait aux fournisseurs d’énergie de ne laisser aucune entreprise sans proposition commerciale crédible. Son comité a par ailleurs élaboré une checklist énergie pour guider les dirigeants dans leur prise de décisions dans ce domaine.

Le chantier des jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 n’a pas non plus été épargné. En octobre 2022, la Solideo, l’établissement public en charge de la construction de 64 ouvrages olympiques, s’est rapprochée du médiateur pour surmonter de premières frictions avec des PME confrontées à la flambée du prix des matières premières et de l’énergie. «Elle ne savait pas trop comment gérer ça et nous avons mis en place une médiation de projet», raconte Pierre Pelouzet. Un protocole a finalement été signé et deux médiateurs peuvent être sollicités par l’ensemble des parties prenantes à tout moment en cas de difficulté. «Mais la tension va encore monter dans les mois qui viennent», anticipe le médiateur.

Des saisines plus nombreuses sur les délais de paiement sont également enregistrées depuis le second semestre 2022. «Il y a un retour de la tension malheureusement, admet Pierre Pelouzet. Ce n’est pourtant pas le moment pour les entreprises de payer en retard, car le besoin de trésorerie est fort, en particulier dans les plus petites sociétés. D’autant que les prix de l’énergie et des matières premières restent élevés.»

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