Nommée ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher hérite de l'un des portefeuilles clés du nouveau gouvernement Borne. Une promotion pour cette macroniste de la première heure, après un parcours sans faute à Bercy. Nommée en 2018 secrétaire d’Etat sans affectation auprès de Bruno Le Maire, elle avait réussi à exister à côté de son ministre de tutelle. Elle avait fini par être promue ministre de plein exercice, en charge de l’Industrie dans le gouvernement Castex en 2020.
Refonte d'EDF et planification nucléaire à venir
Décarbonation de l’industrie, développement d’une filière hydrogène, soutien aux entreprises énergo-intensives face à la flambée des prix de l'électricité et du gaz… L’énarque diplômée d’HEC - et camarade de promotion du secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler - s’est déjà frottée à Bercy à plusieurs dossiers de son nouveau portefeuille. Sur son bureau, les dossiers urgents s'accumulent déjà. Dans ses nouvelles attributions, elle va devoir avancer rapidement sur la réforme d’EDF, un an après l’échec du projet Hercule. Un projet jusque-là supervisé par Bruno Le Maire. Il lui faudra aussi mettre sur pied la feuille de route pour la construction des six EPR annoncés par Emmanuel Macron en février. Et pour cela réussir à boucler le financement du gigantesque chantier à venir. Une question d’autant plus épineuse qu’EDF vient d’annoncer un nouveau retard et de nouveaux surcoûts sur le chantier d’Hinkley point, en Grande-Bretagne. Alors que l’Europe cherche à réduire le plus rapidement possible sa consommation de gaz russe, il va falloir aussi accélérer en parallèle les investissements dans les énergies renouvelables.
Bosseuse, maîtrisant ses dossiers, l’ancienne inspectrice des Finances a réussi à se faire apprécier des milieux industriels. « Avoir une ministre de la Transition énergétique qui est sensible aux problématiques industrielles est un avantage », se félicite Alexandre Saubot, le président de France Industrie, qui estime avoir « bien travaillé » avec elle à Bercy. Tant pis pour le grand ministère réunissant l'énergie et l'industrie qu'espéraient le lobby industriel... et les écologistes. Dans le nouveau gouvernement, le ministère de l’Industrie a en revanche disparu, réintégré dans un grand ministère de l’Economie et de la Souveraineté industrielle piloté par Bruno Le Maire.
Une carrière à cheval entre haute administration et secteur privé
Auprès des chefs d’entreprises, Agnès Pannier-Runacher ne manquait jamais de rappeler qu'elle a réalisé une partie de sa carrière dans l’industrie, un trait rare parmi les ministres. Après avoir contribué à la création du fonds souverain d’investissement (FSI) sous Nicolas Sarkozy, elle avait rejoint en 2012 l’équipementier automobile Faurecia, comme directrice de sa division clients. Elle avait ensuite intégré la Compagnie des Alpes, filiale de la Caisse des dépôts, comme numéro deux et a siégé au conseil d’administration de plusieurs groupes industriels, dont le parapétrolier Bourbon.
A Bercy, la ministre de 48 ans a gagné ses galons pendant la crise sanitaire. C’est elle qui a été à la manoeuvre pour organiser la production de respirateurs et de masques chirurgicaux en France en un temps record au début de la pandémie. Elle a aussi hérité de dossiers plus épineux, en première ligne pour accompagner la fermeture de Bridgestone à Béthune et la restructuration des fonderies automobiles. Depuis mars, elle animait les réunions de suivi des conséquences de la guerre en Ukraine pour les entreprises industrielles. En trois ans, la ministre a aussi sillonné le pays afin de promouvoir l’initiative des territoires d’industrie. Le plan France Relance lui a donné une autre occasion de parfaire son tour de France, pour superviser la distribution des 2,9 milliards d’euros en faveur des investissements industriels.



