Accord chez Safran pour éviter les licenciements

Au moins trois syndicats de Safran s’apprêtent à signer un accord permettant au groupe aéronautique français de recourir massivement au chômage partiel de longue durée, afin de ne pas licencier en France pendant 18 mois.

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Safran, fabricant de moteurs d’avion, à Melun-Villaroche (Seine-et-Marne) - Mars 2017
Grâce à l'activité partielle de longue durée, Safran sauve la moitié des emplois qui auraient été menacés sans la signature d'un accord avec ses syndicats.

Le décret n’est pas encore paru que Safran s’apprête déjà à signer le premier accord d’entreprise autorisant une direction à recourir massivement au nouveau dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD). Mercredi 7 juillet en fin de matinée, trois organisations syndicales (CFDT, FO, CFE-CGC) - quatre si la CGT décide de se joindre à elles - signeront un "accord de transformation d’activité". Il sera valable 18 mois, période durant laquelle la direction s’engage à ne procéder à aucun licenciement économique. Un exploit, alors que les plans de licenciements et les suppressions de postes se succèdent dans le secteur aéronautique.

Selon les syndicats, la direction de Safran estime que la chute d’activité des mois à venir va se traduire par une "surcapacité" de 12 000 postes de travail à temps plein, sur les 45 000 du groupe en France. "Mais elle ne veut pas licencier, certainement parce qu’elle ne veut pas perdre ces compétences, indispensables quand l’activité reprendra, analyse Anne-Claude Vitali, coordinatrice CFDT. Beaucoup de salariés ont moins de cinq ans d’ancienneté. Avec un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), beaucoup seraient partis et tout ce qu’ils ont appris aurait été perdu." Safran ne veut pas licencier en France, mais a récemment supprimé 10 000 postes à l'étranger.

Travailler à 60%, payé à 90%

Selon les syndicats, la direction affirme qu'utiliser l’APLD pourrait permettre au groupe d’économiser, en salaires, l’équivalent de 6 000 temps plein. Sans licencier. Avec ce dispositif né d'une idée de la métallurgie reprise par le gouvernement, une entreprise s’engage à faire travailler chacun de ses salariés à au moins 60% de son temps de travail habituel, sur une période glissante de 6 mois chez Safran. L’Etat complète les salaires à hauteur de 84% du salaire net perdu. Les syndicats ont calculé que les salariés qui travailleront à 60% percevront entre 90 et 93% de leur salaire net actuel. "Tous ne seront pas concernés, cela dépend de l’activité de leur société, détaille Daniel Barberot, coordinateur Force ouvrière chez Safran. L’aéronautique est dans le rouge, mais l’activité défense se porte bien."

L’APLD permettrait donc à Safran de faire face à la moitié de ses besoins pour tenir durant les 18 mois qui viennent. 3 000 autres postes pourraient être supprimés par des départs à la retraite de personnes de 60 ou 62 ans, donc proches du départ, mais qui souhaitaient se doter de trimestres supplémentaires. L’entreprise s’engage à racheter jusqu’à six trimestres, cotisations incluses, ou à verser une indemnité de départ à la retraite majorée de 5 mois de salaire au maximum.

Diminution de l'intéressement et de la participation

1 500 postes seraient sauvés grâce au soutien de l’Etat au développement de l’avion vert. Reste à économiser l’équivalent de 1 500 postes à temps plein. Tous les dispositifs à la disposition d’une entreprise seront utilisés : aide à la création d’entreprise, soutien au départ volontaire, détachement temporaire dans un autre poste ou une autre entreprise… Le plus gros effort viendra d’une restriction de l’enveloppe de la participation et de l’intéressement. Elle sera plafonnée à 4% de la masse salariale, quel que soit le bénéfice. Avec l’abondement habituellement consenti par l’entreprise, une majorité de salariés y perdra entre 7 000 et 8 000 euros en 2020 et en 2021.

Les organisations syndicales se félicitent d’avoir sauvegardé une petite hausse de 1% de la masse salariale, pour pouvoir augmenter les plus faibles salaires et rattraper les inégalités entre femmes et hommes. L’embauche de 300 jeunes et 450 alternants est maintenue, "un signal positif", selon Daniel Barberto. Qui conclut : "Les salariés font des efforts financiers conséquents, mais il y aura zéro licenciement sur 18 mois". Anne-Claire Vitali se félicite, elle, que l’accord soit "équilibré" : "la direction s’est engagée à une modération des dividendes et des salaires des dirigeants, et une clause de retour à meilleure fortune permettra de changer le contenu de l’accord si l’activité reprend plus vite." Et après 2021 ? "On verra ! C’est trop incertain, personne n’a de vision sur une période aussi lointaine… ", conclut la représentante de la CFDT.

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