« La troisième question que l'on se pose, quand on se rencontre entre patrons, c’est : "Et toi, qu’est-ce que tu fais pour augmenter les rémunérations de tes salariés ?" » raconte Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, sur l’estrade de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF). En cette fin d’été, les patrons réunis par le Medef sur la très verte pelouse de l’hippodrome de Longchamp (Paris) savent que la question du pouvoir d’achat, déjà très présente début 2022, ne va pas les lâcher.
La plupart attendaient que la loi sur le pouvoir d’achat soit votée, et ses décrets publiés, pour prendre des décisions. « Dès juin, nous avons calé un rendez-vous avec nos partenaires sociaux pour que la question soit abordée en septembre », témoigne Céline Hocquet, dirigeante du groupe Metarom. Fabricante de solutions aromatiques et de caramel de spécialités, la grosse PME de la Somme (270 collaborateurs, dont 150 en France, pour un chiffre d'affaires de 30 millions d’euros en 2021) a accordé à ses salariés, début 2022, une augmentation générale de 1,5% seulement, assortie d’augmentations individuelles et d’une hausse de l’enveloppe de l’intéressement. Sa dirigeante envisage donc un geste pour aider ses salariés à tenir jusqu'à la fin de l’année, qui passerait par une prime de partage de la valeur ajoutée.
Primes et augmentations pour atteindre la fin d'année
Les petites sociétés s’emparent elles aussi de la prime Macron, qui ne les engage pas sur le long terme. Même si peu d'entre elles verseront à leurs salariés 3000 euros au lieu de 1000... Emmanuel Debraize, président de Srati, une entreprise de 7 personnes implantée en Seine-et-Marne et spécialisée dans les gaines thermorétractables pour l’aéronautique, a augmenté ses salariés de 3,5% en juillet. « Je vais aussi leur donner, demain ou après-demain, 1 000 euros de prime Macron », précise-t-il.
Jean-François Faure, PDG d’AuCOFFRE.com, une start-up en train de se doter de sa propre usine pour frapper des pièces, a augmenté ses 50 salariés de 5% dès le déclenchement de la guerre en Ukraine. Et envisage une nouvelle hausse des salaires de 1 à 2% en cette fin d’année. « On veut être ISO avec l’inflation, explique Jean-François Faure. Il ne faut pas que les gens partent, les tensions de recrutement sont fortes ! » Pour financer ces augmentations, il rogne sur ses dépenses d’innovation et d’investissement, et a renégocié les contrats de prestation externe des développeurs.

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Comme lui, Jean-Marc Barki, vice-président du Medef Artois et président de Stikoïa, une PME de colles industrielles, voit un défaut aux primes Macron : « J’en ai distribué, mais leur limite, c’est qu’il faut verser la même à tout le monde. Or, donner 3 000 euros à quelqu’un qui gagne 2 000 euros par mois n’a pas de sens, et 300 euros, ça n’intéresse pas les cadres. Il faut soit les augmenter, soit leur distribuer des primes chargées. »
Renforcer l'attractivité des postes
Le président d’Aura Aéro, une start-up industrielle (une centaine de salariés permanents) de la région toulousaine positionnée sur les avions bas carbone, met les salaires et la prime Macron dans un package plus large, destiné à renforcer l’attractivité de ses postes. « L’aéronautique recrute énormément, et les grosses entreprises proposent des niveaux de rémunération élevés, note Jérémy Caussade. Ils viennent même chasser chez nous. Alors, nous regardons tout ce que nous pouvons faire pour être attractifs. » Le dirigeant prépare un accord sur l’intéressement et la participation, et développe l’actionnariat salarié « qui peut être très rémunérateur quand l’entreprise se développe bien ».
Toutes les mesures votées cet été par le Parlement en faveur du pouvoir d'achat l'intéressent. Le relèvement des plafonds d’heures supplémentaires défiscalisées ? « Les 35 heures, c’est difficile à gérer dans une société de projet, et payer des heures supplémentaires, on ne peut pas se le permettre. Alors, si elles sont moins fiscalisées, cela nous redonne la souplesse d’y recourir », remarque le patron. Le rachat des RTT ? « Les gens n’arrivent pas à les prendre tous. Ils préféreront être payés. Je le ferai si ces heures ne sont pas trop chères. » A l’inverse, la patronne de Metarom ne perçoit aucun appétit pour un « travailler plus pour gagner plus » : « Nous avons très peu d'heures supplémentaires, et les gens sont ravis d’utiliser leurs RTT pour équilibrer leur vie personnelle et professionnelle. Je n’ai pas du tout de demande de rachat de RTT. »
Attention portée à la compétitivité
Les chefs d’entreprise semblent d'accord pour augmenter les rémunérations de leurs salariés, mais certains ne le peuvent pas ou mettent en garde. Chez Chamberlan, les salariés gagnent un peu plus que le Smic, mais l’entreprise a des « marges serrées », indique sa dirigeante, après avoir vécu des premières années difficiles. « Quand on paie ses salariés au Smic, il n’y a pas beaucoup de charges. Mais quand on veut les augmenter un peu, les charges augmentent… Il vaut mieux avoir des gens au Smic dans notre pays », déplore Sophie Engster. Elle envisage d’augmenter ses prix prochainement et de reverser une prime Macron cette année après l’avoir déjà fait en 2021.
Jérémy Caussade, à la tête d’Aura Aéro, met en garde et rappelle que « les augmentations de rémunérations ne doivent pas mettre en péril la compétitivité de l’entreprise au niveau international. Il faut trouver le juste équilibre pour garder une société performante. Mais conserver les talents fait partie des conditions pour y arriver. C’est un tout. Un patron doit avoir une vision globale de ce qui est dans l’intérêt de son entreprise. »
Lors de la table ronde sur inflation et emploi, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a rappelé que le gouvernement « ne souhaitait pas une revalorisation générale des salaires, ni une augmentation exceptionnelle du Smic », notamment pour éviter une spirale inflationniste prix-salaire. Tous les participants présents, chefs d’entreprise, ministres, députés d’opposition, ont été d’accord : l’inflation est partie pour durer, et à un niveau élevé.
Cécile Maillard avec Anne-Sophie Bellaiche, Solène Davesne et Jonathan Grelier



