Au Medef, les patrons ont «le sentiment de danser au-dessus d'un volcan»

Les pénuries de main d’œuvre et la hausse des prix de l’énergie inquiètent les chefs d’entreprises présents à la grand-messe de rentrée du Medef. Mais pour l’instant, les carnets de commandes tiennent.

 

Réservé aux abonnés
REF 2022
Pour leur rentrée à la REF 2022, les patrons ne sont « ni optimistes, ni pessimistes ».

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux monte sur l’estrade, alors que la sono hurle Un autre monde, le vieux tube du groupe Téléphone. Comme chaque année, le patron des patrons soigne son entrée en musique devant les chefs d’entreprise réunis le 29 et 30 août sur les pelouses vert pomme de l’hippodrome de Longchamp pour la REF 2022. Le retour de l’inflation, les pénuries, la crise climatique et la guerre aux portes de l’Europe depuis six mois, « ce n’est pas vraiment le monde dont nous rêvions », reconnaît Geoffroy Roux de Bézieux.

Les carnets de commandes encore garnis

Chez les patrons, l’heure n’est pas pour en autant à la déprime en cette rentrée. « Nous les patrons, nous n’avons jamais été insouciants », s’amuse le dirigeant, dans une allusion à la « fin de l’abondance » annoncée par Emmanuel Macron. Ces dernières semaines, « nous sentons un ralentissement de l’économie. Nous subissons les pénuries et les difficultés de recrutement », mesure Geoffroy Roux de Bézieux. Mais, la France ralentit plutôt moins que d’autres pays européens, pour le Medef. « Objectivement, le moral est plutôt bon », reprend-il dans son discours. Et de citer le dernier sondage commandé par l’organisation patronale qui compte 80 % des chefs d’entreprise encore optimistes sur l’activité de leur société.

Patrice Pennel, PDG du groupe REG spécialisé dans les équipements industriels et président du Medef Hauts de France, va dans ce sens. « Les carnets de commandes sont bien remplis. Pour les entreprises qui peuvent établir des hausses de prix, tout se passe bien », assure-t-il. Mais dans certains secteurs, les perspectives commencent à s’assombrir. Matthieu Frechin, le directeur général du laboratoire pharmaceutique vétérinaire Vétoquinol, basé en Haute-Saône, note un « certain ralentissement de nos affaires ». « Sur leurs animaux domestiques, les gens peuvent faire des arbitrages de soin, ce n’est pas comme sur des enfants où on ne prend pas de risques », remarque-t-il. Depuis le début de l’année, ses coûts de production ont augmenté par trois, avec la hausse de ses matières premières importées d’Asie, et d’énergie. Dans le même temps, il n’a pu passer que des hausses modérées de ses prix, couvrant la moitié de l’inflation.

Incertitudes sur la sobriété énergétique

Dans les tribunes de l’hippodrome, le risque de pénurie d’électricité et de gaz occupe les esprits. « On a l’impression de danser au-dessus d’un volcan », souligne Laurent Musy, le PDG de Terreal, dont les carnets de commandes sont encore bons. Pour le fabricant de tuiles, qui dispose de 17 usines, « la question est de savoir combien de temps la demande sera là, vu l’inflation. La construction commence à ralentir ». A court terme, surtout, le patron ne voit pas de solution : « consommer moins d’électricité pour notre industrie, cela revient à produire moins », estime-t-il, en espérant des soutiens de l’Etat pour accompagner la baisse de 10 % de la consommation d'énergie réclamée par Elisabeth Borne. Dans son discours, le président du Medef promet que « les entreprises feront leur part pour atteindre les objectifs de sobriété énergétique ». Pour Geoffroy Roux de Bézieux, défenseur d’une « croissance sobre », les entreprises ne peuvent pas être les seules à faire des efforts. « Nous avons besoin d’un Etat stratège qui encourage et accompagne nos efforts en nous aidant à investir », demande le dirigeant de l'organisation. Et qui évite « les mesures symboliques ou médiatiques, dont l’impact carbone est inexistant ou faible », a-t-il réclamé, alors que la polémique monte sur la taxation des jets privés et les superprofits des énergéticiens.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Malgré les incertitudes économiques, le sujet de préoccupation numéro un des chefs d’entreprise reste le recrutement, rappelle le patron des patrons. « La France est dans une situation paradoxale où le chômage structurel semble être à 7% ». Olivier Klotz, le directeur général d’Heuft France, un fabricant de machines spécialisées dans l’inspection de bouteilles implanté à 20 kilomètres de Strasbourg, acquiesce. Jusqu’à l’été, son entreprise a enregistré un taux de démission sans précédent. « Trois ou quatre fois plus de turn-over que d’habitude », s’étonne le dirigeant, également président du Medef Alsace. Des salariés ont été débauchés pour des rémunérations beaucoup plus élevées, sans qu’il puisse s’aligner. La fin du maintien sous perfusion des plus petites entreprises pourrait alléger la pression dans les prochains mois, espère-t-il.

Réformer l'assurance-chômage pour endiguer les difficultés de recrutement

Pour remédier aux pénuries de compétences, le patron du Medef presse le gouvernement de reprendre la main sur l’assurance-chômage afin de réformer le système d’indemnisation, faute d’accord possible avec les partenaires sociaux. Il plaide d’adapter la durée d’indemnisation à la situation du marché du travail. En période de tension, elle serait plus courte, pour encourager la reprise d’un emploi. Pour le Medef, l’urgence est aussi de garder le cap de la politique de l’offre.  « La meilleure façon d’aider les ménages français, c’est de rendre de la compétitivité à leurs employeurs », martèle Geoffroy Roux de Bézieux. Avec la loi sur le pouvoir d’achat adoptée à l’été, « nous avons une belle boîte à outils à disposition. Nous allons devoir maintenant la mettre en œuvre dans nos entreprises dans les semaines qui viennent », salue Henri Morel, le président de la fédération des industries mécaniques, en allusion au versement transport et au versement de primes défiscalisées aux salariés.

Le patronat attend un geste supplémentaire sur la fiscalité pour les entreprises. « La France n’est plus l’enfer fiscal qu’elle a été. Mais il reste deux batailles cruciales », souligne Geoffroy Roux de Bézieux, qui réclame une baisse des impôts de production, mais aussi le plafonnement des charges sociales pesant sur les hauts salaires. Devant les patrons, Elisabeth Borne a confirmé la suppression de la CVAE. Un sujet curieusement passé presque inaperçu parmi les patrons présents.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
44 - La Baule-Escoublac
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs