«L’été passé est un puissant rappel à l’ordre.» C’est par ces mots - égrenant les problèmes de canicules précoces, sécheresse, incendies, les orages meurtriers qui ont frappé la France - qu’Elisabeth Borne a débuté son discours face aux milliers d’entrepreneurs réunis par le Medef à l’hippodrome de Longchamp ce 29 août. La Première ministre a principalement axé son intervention sur la transition écologique et énergétique, appelant à une action concertée entre l’Etat, les citoyens et les entreprises.
«Le dérèglement climatique n’est plus une vérité qui dérange, c’est une réalité qui détruit», a-t-elle affirmé. Et aussi «un danger pour notre économie». La guerre en Ukraine et la menace de coupure de gaz par les Russes s'ajoutent à l’enjeu de long terme de baisse de consommation de fossiles, alors que «le parc nucléaire est aussi en difficultés». Pour la locataire de Matignon «la situation est grave».
Menaces de pénurie
Dans l’immédiat «face aux menaces de pénuries de cet hiver, nous n'avons qu'une seule voie : la baisse de la consommation d’énergie». Sans plan de réduction, la France serait exposée à des coupures brutales «avec de graves conséquences économiques et sociales», selon elle. Le plan de sobriété est présenté aux entrepreneurs comme «un pacte», avec un mot d’ordre simple mais efficace : «préférez les économies choisies plutôt que les coupures subies.»
L’Etat s’est mis au travail sur ce plan de sobriété. Chaque ministère devra présenter une feuille de route pour baisser ses consommations d’énergie de 10 %. Pour les citoyens ce sera à chacun de faire en fonction de ses moyens. Une campagne sur les éco-gestes sera lancée à la rentrée.

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A chaque entreprise son plan de sobriété
Concernant les entreprises, la Première ministre n’a pas fixé d’objectif chiffré global ou même individuel, mais elle a appelé «chaque entreprise à établir en septembre son propre plan de sobriété». Avec une menace à peine voilée : elle prévient au passage que si la situation exigeait des rationnements, «les entreprises seraient les premières touchées.» Eclairage, chauffage, déplacement, processus de production... A chacun de réfléchir aux moyens de réduire ses consommations.
Consciente que les délestages pourraient entraîner des situations très compliquées pour certaines entreprises, la Première ministre a expliqué travailler avec France Industrie sur « un marché des droits à consommer » de l’énergie. Le dispositif encore très flou a été évoqué ce 29 août au matin par le ministre chargé de l’Industrie, Roland Lescure, sur BFM Business, comme étant pour l’instant à un «niveau exploratoire» mais s’inspirant du marché ETS, les droits à émettre du CO2. Il pourrait s’appliquer aux industriels qui ont l’habitude de ce genre d’instruments. Ce qui semble être le réserver aux électro-intensifs.
Début octobre, la Première ministre fera les bilans des différents plans de sobriété et avec l’éclairage de la situation des experts, elle présentera les différents scénarios énergétiques pour l’hiver.
Planification secteur par secteur
Au-delà de l’urgence de la saison et des questions purement énergétiques, la Première ministre a dévoilé la méthode et le calendrier un peu plus précis de sa planification écologique, son «plan de bataille». Chaque secteur se réunira sous la houlette du ministre concerné et avec les parties prenantes pour décliner des objectifs, des plans d’actions, un calendrier, des moyens à mobiliser, des règles à faire évoluer. En septembre, les trois premiers secteurs seront ceux de la forêt, de l’eau et de la production d’énergie décarbonée.
Au-delà des questions d’énergie et d’écologie, la ministre a rappelé son ambition d’atteindre le plein emploi avec le lancement de la réforme de l’assurance-chômage pour que l’indemnisation fluctue en fonction de la situation du marché de l’emploi, la mise sur pied de France Travail (nouveau nom de Pôle emploi) et la poursuite des efforts de formation et reconversion.
Des dirigeants déjà impliqués
Si le discours de la ministre n’a pas soulevé des tonnerres d’applaudissements, il n’a pas suscité non plus d’hostilité. «On le sait, elle n’a rien d’un tribun mais c’est une bosseuse et une femme qui écoute», commente Jean-Marc Barki, dirigeant de deux PME, la cartonnerie Hermet et le fabricant de colles Stikoïa. Membre de la commission fiscale du Medef, il se satisfait des baisses d’impôts de production qui ont été réaffirmées. Consommateur de gaz pour sa production de colles, il s’est déjà lancé dans un chantier de baisse des énergies avec une modification en cours de son système de refroidissement qui devrait faire baisser de 30 % sa consommation de gaz. Mais les renégociations des contrats en cours sont très compliquées. «On est sur des tarifs multipliés au moins par trois et il n’y a aucune cohérence entre les acteurs sur les montants, les durées…».
Si la Première ministre n’a pas donné d’objectif aux entreprises sur la réduction de la consommation d’énergies, certains sont plutôt à l’aise pour tenter une baisse de 10 % comme Matthieu Frechin, directeur général du laboratoire pharmaceutique vétérinaire Vetoquinol. «Baisser d’un tiers cela aurait été décourageant mais 10 % cela semble jouable», estime le dirigeant. Sans attendre les injonctions de la ministre, il a déjà constitué un groupe de travail sur la sobriété avant l’été. Il mixe des gens de la production et des bureaux pour mettre en œuvre toutes les idées réalisables à court terme sur son site de 700 personnes. «Nous pouvons aussi travailler sur notre système de distribution. Et c’est un sujet qui concerne tout le secteur. Aujourd’hui les pharmacies sont livrées trois fois par jour, est-ce qu’on a besoin de ça ?». Mais pour Vetoquinol, le gros chantier serait le changement des chaudières à gaz par des chaudières à pellets de bois. De gros investissements en perspective.



