Voici le programme économique d’Emmanuel Macron pour son deuxième mandat

Réélu pour un deuxième mandat,  Emmanuel Macron propose un programme qui s'inscrit dans la continuité de la politique économique qu'il a menée ces cinq dernières années. Il inscrit en haut des priorités « la souveraineté et l’indépendance énergétique et alimentaire ». Il souhaite investir massivement dans les secteurs d'avenir pour continuer d'innover. Il réitère sa volonté de réformer les retraites.

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Emmanuel Macron à Aubervilliers
Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, a présenté son programme pour son éventuel deuxième quinquennat le 17 mars, lors d'une conférence de presse fleuve de 4 heures.

Le président sortant et candidat de La République en marche (LREM) a dévoilé son nouveau programme, d’un coup, le 17 mars à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et choisi de l’expliquer lors d’une conférence de presse de quatre heures. Emmanuel Macron a d’emblée reporté à plus tard la présentation de son projet pour les Outre-mers, et prévenu qu’il ne détaillerait pas son programme pour le maritime, la biodiversité ou la forêt.

Son obsession

Emmanuel Macron a placé « la souveraineté et l’indépendance énergétique et alimentaire » au cœur de son nouveau programme économique. Le plan européen De la ferme à la fourchette, qui prévoyait une réduction des productions de 13%, « doit être revu », car « en aucun cas l’Europe ne peut produire moins ». La France devra donc renforcer son investissement pour produire plus. Mais face au défi de la transition démographie du monde agricole, son programme prévoit une loi d’orientation et d’avenir pour assurer le renouvellement des générations, la formation et l’installation des jeunes agriculteurs.

Ses mesures pour les entreprises

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Peu de nouvelles mesures annoncées pour les entreprises, si ce n’est la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), soit 7 milliards d’euros en moins pour le budget de l’Etat, en plus des 10 milliards d’euros de taxes de production déjà supprimées.

Ses mesures en faveur de l’innovation

Répétant sa « confiance dans le progrès technologique, scientifique et social »,  Emmanuel Macron veut investir 25 milliards d’euros sur dix ans dans le financement de la recherche fondamentale et appliquée sur deux grands leviers : la poursuite de la réforme de l’autonomie des universités et le positionnement des centres de recherche sur des sujets stratégiques.

Plus en aval, s’il est élu, Emmanuel Macron investira 30 milliards d’euros dans les secteurs d’avenir comme les mini-lanceurs spatiaux, les bio-médicaments, les semi-conducteurs, les mini-réacteurs nucléaires de troisième et quatrième générations, les licornes du numérique, le cloud, le quantique et l’intelligence artificielle. Il veut aussi bâtir un metaverse européen, pour que les créateurs français et européens ne dépendent pas d’agrégateurs américains ou chinois, notamment pour protéger la législation du droit d’auteur.

Ses mesures sur les compétences

Emmanuel Macron veut former avant la fin de la décennie, un million de personnes aux métiers d’avenir (intelligence artificielle, énergie, transition écologique...) dont plus de 400 000 spécialistes informatiques. Les besoins en compétences seront planifiés à l'échelle des territoires et le système de formation sera orienté en conséquence, avec notamment une réforme des lycées professionnels et le développement de filières courtes professionnalisantes dans les universités. La réforme de la formation professionnelle sera poursuivie.

Ses mesures pour le pouvoir d'achat

S'il est élu, Emmanuel Macron veut augmenter la prime de pouvoir d’achat à 3 000 euros, voire à 6 000 euros pour les entreprises ayant un accord d’intéressement. Une baisse des charges des indépendants, pour un niveau de revenu équivalent au Smic, est aussi prévue. Le candidat veut aussi réformer le compte épargne-temps pour qu’il soit portable d’une entreprise à une autre. Il préconise qu’il soit monétisable à différents moments de la vie du salarié. Un mécanisme de solidarité à la source, grâce auquel les prestations sont versées sans avoir à les demander, est prévu.

Sa stratégie environnementale

La stratégie environnementale d'Emmanuel Macron reste principalement centrée sur une nouvelle stratégie énergétique, avec des mesures pour consommer moins, notamment via un objectif de 700 000 logements rénovés par an et un mécanisme de leasing pour aider les ménages à acheter un véhicule électrique.

Son nouveau programme prévoit également le conditionnement de la rémunération des dirigeants au respect des objectifs environnementaux et sociaux de l’entreprise et la plantation de 140 millions d’arbres d’ici à la fin de la décennie. Il veut  aussi une éducation au développement durable pour tous, depuis la maternelle jusqu’au lycée et sensibiliser tous nos étudiants aux enjeux environnementaux et alimentaires.  400 000 personnes seront formées en plus aux métiers de la transition écologique. 

Pour réduire la pollution plastique veut accélérer « le cap de 2040 pour sortir complètement des plastiques non recyclables » et « sur les trois ans qui viennent » de mettre « fin à 50 grandes décharges à ciel ouvert », a annoncé le candidat-président en campagne à Marseille le 16 avril.  Pour réduire un peu l'empreinte de numérique, il mettra en place une "prime au retour" sur les PC, les téléphones portables et les tablettes afin d'inciter les Français à les recycler au lieu de les garder dans leurs placards. Dans l’immédiat, Emmanuel Macron, s’il est réélu, annonce un « effort massif de purification de l’air dans nos écoles nos hôpitaux, nos maisons de retraite et dans tous les bâtiments publics ».

Pour accélérer le tempo, et coordonner la mise en œuvre des mesures pour la biodiversité et le climat, le prochain Premier ministre sera directement chargé de la planification écologique. Mais elle sera assurée par deux ministres. L’un chargé de la Planification énergétique pour les renouvelables, le nucléaire et l’hydrogène, et l’autre de la planification écologique territoriale et aura pour mission d’organiser avec les élus locaux les moyens de se déplacer en train, en vélo et en voiture électrique, mais aussi la rénovation des bâtiments

Sa vision de la politique énergétique

Pour assurer l’indépendance énergétique de la France, Emmanuel Macron a lancé la construction de six réacteurs nucléaires, et veut « une mise à l’étude immédiate de huit autres réacteurs, multiplier par dix la puissance solaire et 50 parcs éoliens déployés d’ici à 2050 ». Il veut aussi développer des filières industrielles 100% françaises sur « tout le cycle de production du véhicule électrique », et plus uniquement la batterie, ainsi que « sur l’éolien en mer et de solaire, au moins ».

Persuadé que la France peut « être la première grande nation à sortir de la dépendance au gaz, au pétrole et au charbon », le président candidat mise sur une planification par secteur qui sera déclinée par territoire. « J’assume d’avoir une volonté de planification, qu’il s’agisse de la production d’énergie comme du déploiement de nouvelles filières industrielles », déclare-t-il.

Il souhaite également une réforme de la régulation et des prix de l’électricité au niveau Europe. Conséquence : « L’État aura à reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs acteurs industriels ». Emmanuel Macron n’a pas cité EDF, mais expliqué que l’État devra reprendre du capital sur une partie des activités les plus régaliennes, « ce qui va d’ailleurs avec une réforme plus large de l’électricien français ».

Sa vision des relations sociales

Le programme prévoit « une poursuite de la modernisation du code du travail engagée avec les ordonnances de 2017 ». Le candidat vise le plein emploi et veut réformer l’assurance chômage. Emmanuel Macron compte transformer Pôle emploi en "France Travail". Au-delà du changement de nom, il s’agit de créer une sorte de guichet unique pour que tous les efforts des uns et des autres aillent dans le même sens.

Un plan pour l’emploi des seniors est aussi prévu dans son programme, ainsi qu'une simplification des dispositifs de cumul emploi-retraite. Emmanuel Macron a également réitéré son intention de supprimer les régimes spéciaux pour les nouveaux entrants, pour aboutir à un système par répartition totalement universel, sans baisser le niveau des pensions ni rehausser les cotisations. « Il ne reste donc que la durée » pour équilibrer le système. « Je ne procéderai pas par ordonnances pour cette réforme », a précisé Emmanuel Macron. Un texte de loi pourrait être soumis au Parlement dès la fin de l'été, pour repousser l'âge légal à la retraire à 65 ans. Ce que n'a pas semblé remettre en cause le candidat-président lors de plusieurs déclarations début avril. Il a confirmé vouloir «dès l'automne» lancer cette réforme et vouloir «indexer les retraites sur l'inflation dès cet été» au lieu d'attendre le 1er janvier.

Le représentant LREM veut réformer le RSA, avec une obligation de 15 à 20 heures d’activité par semaine « permettant de revenir vers une activité professionnelle » et un accompagnement, sur le modèle du nouveau contrat jeunes. Enfin, M. Macron proposera aux couples en union libre la possibilité de faire une déclaration d'impôts commune s'il est réélu.

Son idée clé pour réindustrialiser

La planification est le maître-mot du nouveau programme industriel d’Emmanuel Macron. Il souhaite également réviser la politique d’achat de l’État, avec l’achat local comme objectif prioritaire. Son programme prévoit une relocalisation de la production de médicaments en France et le développement de 20 biomédicaments et biotechnologies (notamment contre les cancers) et des technologies nouvelles comme des exosquelettes.

Son futur ministère de l’Industrie

Non communiqué.

L’Europe

C’est au niveau européen qu’Emmanuel Macron entend mener une partie de sa stratégie de souveraineté alimentaire, énergétique et culturelle, pilier de son programme, notamment en termes de régulation des prix de l’énergie et de production agricole.

Son idée la plus originale

« Face à la lenteur de nos délais, il faut prendre des lois d’exception sur certains sujets, comme les renouvelables ou le logement sur certains territoires », explique le président-candidat, qui s’appuie sur l’exemple des jeux Olympiques de 2024.

Son idée la plus rebattue

Reformer le revenu de solidarité active (RSA) et le conditionner, à des efforts tangibles pour retravailler, voire à une activité effective, figure dans la plupart des programmes des candidats de droite et d'extrême droite.

Le financement du programme

Emmanuel Macron chiffre son programme à 50 milliards d’euros par an d’ici à 2027. Il sera financé pour 15 milliards d’euros par la croissance liée aux réformes des retraites, dont 6 milliards de gains proviennent de la réforme chômage, qui en fera gagner 30 milliards au total. 15 autres milliards d'euros proviendront des efforts d’optimisation de gestion, avec des « réformes de fond et de simplification, la e-prescription, la e-carte vitale, la régulation des prestations sociales et leur bonne attribution, la facturation électronique, l’IS [impôt sur les sociétés] minimal, la lutte contre la fraude et l’optimisation ». Enfin, 20 milliards seront apportés par les « réformes de coûts de fonctionnement sur l’ensemble des collectivités publiques » (10 milliards d'économie) et de la poursuite de la réduction des niches fiscales et sociales.

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