C’était la première intervention à la télévision d’Emmanuel Macron en tant que candidat, ce 14 mars. TF1 inaugurait un étrange format où 8 candidats à la présidentielle se succédaient sans se croiser sur un thème unique, « La France face à la guerre », avec des séquences mêlant professions de foi, interviews par les journalistes et appels aux urnes sur leur personne. En réalité, les candidats ont débordé du seul sujet de la situation géopolitique, répondant à des questions sur le mix énergétique, la stratégie de soutien au pouvoir d’achat alors que le prix de l’énergie flambe, l’évolution du système de retraite, les impôts. Il en est ressorti une longue présentation plus ou moins enlevée des programmes de chacun. Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé ses qualités d’orateur, Fabien Roussel sa capacité d’empathie, Yannick Jadot en a appelé à la jeunesse, Marine Le Pen et Valérie Pécresse ont invité à retrouver la souveraineté française et Eric Zemmour à sauver la France. Emmanuel Macron étant le seul à ne pas avoir encore présenté de programme, les attentes étaient un peu différentes.
Stopper la guerre
Lors de ses prises de paroles, Emmanuel Macron n’a pas dévoilé grand-chose de son projet, invitant plutôt au rassemblement et à avoir « beaucoup d’ambition pour notre pays pour les cinq prochaines années ». Avec comme principal argument sa capacité à tenir la barre dans l’adversité : « Depuis cinq ans, nous avons traversé beaucoup de crises, le terrorisme, la crise sociale, l’épidémie, la guerre… Nous en sommes sortis plus forts. » Il a justifié son action diplomatique, son dialogue continu avec Vladimir Poutine et les sanctions européennes vigoureuses par sa volonté « d’essayer de stopper cette guerre sans faire la guerre ». Emmanuel Macron est apparu calme, mais fatigué. Et s’est surtout animé pour défendre le rôle de l’Union européenne: « L’Europe est forte car l’Europe, c’est nous. Elle a été forte dans la pandémie, elle l’a été avec des mesures très dures dès le cinquième jour de guerre. »
Interrogé par les journalistes sur son revirement récent sur le sujet de l’énergie nucléaire, Emmanuel Macron a justifié la fermeture de Fessenheim pour répondre à une promesse, tout en décidant dès 2018 de revoir la trajectoire du mix électrique. « Puis j’ai lancé un travail d’experts » a-t-il expliqué en référence au travail de RTE, pour ne pas faire de choix « idéologique » mais pour « assurer à la France une énergie sûre et décarbonée ». Il a promu les mesures de préservation du pouvoir d’achat du gouvernement face à la hausse de l’énergie : le chèque inflation, le bouclier tarifaire, la baisse de 15 centimes du litre à la pompe qui sera effective au 1er avril, en promettant un nouveau plan pour « accompagner les professions les plus touchées : nos éleveurs, les pêcheurs, les transporteurs routiers.. » Mais pour lui, ces mesures doivent rester temporaires, pour passer le pic de la crise.
Travail et écologie
Les vraies réponses de moyen terme pour le pouvoir d’achat résident selon lui « dans le travail, l'innovation et l’écologie ». Il mise sur la poursuite de la baisse du chômage et la défiscalisation des heures supplémentaires et promet des investissements pour accompagner les changements massifs que requiert la crise climatique, comme son gouvernement l’a déjà fait en aidant « au remplacement d’un million de véhicule » et à la décarbonation de l'industrie.
Des quatre pactes de son futur programme qu’il avait évoqués lors de sa première réunion publique le 7 mars à Poissy - pacte républicain, pacte productif, pacte pour la défense en Europe, pacte entre les générations -, il n’en a défendu aucun mais a juste conclu qu’il fallait s’intéresser à des enjeux de long terme, « l’école, la santé, la recherche, la culture, la production», promouvant du "respect et de la bienveillance". Pour l’instant, le Président fait le service minimum. Surtout compte tenu des multiples attaques que les autres candidats n’ont pas manqué de lui infliger dans leurs interventions.



