À défaut d’annoncer la construction de six nouveaux réacteurs EPR, dont la décision est toujours officiellement liée au démarrage de celui de Flamanville (Manche), le gouvernement multiplie les preuves de soutien à la filière nucléaire. Emmanuel Macron a annoncé qu’un milliard d’euros du plan France 2030 sera consacré au développement d’un petit réacteur nucléaire (SMR) pour 2030 et de plusieurs familles de technologies avancées, permettant notamment une meilleure gestion des déchets. Cette manne viendra s’ajouter aux 470 millions d’euros prévus pour la filière nucléaire dans le plan France Relance.
Dans cette enveloppe de relance, 50 millions d’euros étaient déjà fléchés vers le projet de SMR français Nuward, développé par EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group. 120 millions d’euros étaient aussi prévus pour la modernisation de l’outil industriel de la filière nucléaire et les innovations visant à lever les verrous technologiques, ainsi que 27 millions d’euros pour le soutien aux compétences et la formation professionnelle.
Suite à deux appels à projets, pas moins de 90 projets de modernisation de l’outil industriel, d’innovation, surtout numérique, et parfois de relocalisation, seront soutenus par l’État à hauteur de 110,5 millions d’euros. Ils représentent un montant total d’investissement pour l’industrie de près de 366 millions d’euros.
200 millions d'euros

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Une enveloppe de 100 millions d’euros était également prévue pour alimenter un fonds d’investissement. Celui-ci a été lancé le 21 octobre. EDF et l’État ont annoncé avoir souscrit chacun 50 millions d’euros dans le nouveau «Fonds France Nucléaire», avec pour cible un investissement total de 200 millions d’euros à horizon 2023. Suite à un appel d’offres, c’est la société de gestion indépendante Sigefi Private Equity, filiale du groupe Siparex, qui a été choisie pour le gérer. Notamment «parce que nous avons déjà travaillé avec des entreprises de la filière nucléaire et nous sommes très présents localement», explique Pierre Bordeaux Montrieux, Partner chez Siparex.
Sur les quelque 3 000 entreprises de la filière nucléaire française, mais ne travaillant souvent qu’à 20 % pour le nucléaire, le fonds investira dans celle «possédant un savoir-faire important pour l’industrie nucléaire nationale», explique EDF dans un communiqué. Siparex en a déjà identifié «environ 400» dans les domaines d’activité visés qui sont «principalement la robinetterie, la ventilation, la chaudronnerie et l’ingénierie», explique Romain Boisson de Chazournes, partner chez Siparex.
Consolider la filière
Le fonds ne prendra que des participations minoritaires mais occupera des places dans les organes de gouvernance, pour les aider à grandir par croissance organique ou par des acquisitions. L’objectif du fonds étant de voir les PME et ETI françaises grandir et de renforcer. EDF, chef de file de la filière depuis l’implosion d’Areva en 2015, souhaite en effet consolider une filière fragilisée par le manque de perspectives à long terme, qui hésite à investir et qui manque cruellement d’attractivité. «EDF, Orano, Framatome ou le CEA veulent travailler avec des entreprises plus fortes», explique Pierre Bordeaux Montrieux, partner chez Siparex.
Et ce, pas uniquement dans la perspective de la construction de nouveaux réacteurs, mais également pour poursuivre le grand carénage, c’est-à-dire les visites décennales des 56 réacteurs du parc actuel et leur prolongation à 50 ans, ainsi que pour le développement de nouvelles technologies, comme l’a précisé Jean-Bernard Levy dans un message sur Twitter.



