Cela ne sera une surprise pour personne. Le 12 octobre, dans la liste des dix technologies du plan France 2030, figureront les petits réacteurs nucléaires modulaires, ou SMR. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, avait vendu la mèche le 30 septembre aux acteurs de la filière hydrogène. « Nous allons poursuivre les recherches sur les nouveaux réacteurs de petite et moyenne puissance, mais aussi sur de nouveaux types de réacteurs plus sophistiqués », leur avait-il dit.
Selon lui, avec l’ambition française de devenir « le leader mondial de l’hydrogène vert », le développement des énergies renouvelables et la « réforme en profondeur du marché européen de l’énergie », le nouveau nucléaire est désormais un des quatre piliers de la nouvelle stratégie énergétique de la France.
Rester un grand pays du nucléaire
En visite chez Framatome au Creusot, le 8 novembre 2020, Emmanuel Macron avait déjà vanté les atouts des SMR pour la France, rappelant que le plan de relance consacrait 50 millions d’euros au projet français Nuward, piloté par EDF. Un début. Le plan France 2030 doit multiplier la mise. Un pari risqué mais rentable, voire indispensable.
La France n’est partie qu’en 2017 dans la course aux SMR. Elle pointe très loin derrière la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Mais se fait déjà damner le pion en matière de communication par des start-up comme NuScale et par Rolls-Royce, à peine plus avancé. Or, si elle veut rester une grande puissance nucléaire, elle ne peut plus miser uniquement sur son parc domestique et la vente de quelques EPR au Royaume-Uni ou à l'Inde. D’autant qu’ils sont très difficiles à financer.
Le financement reste un handicap de taille pour que le nucléaire joue son rôle dans la lutte contre le dérèglement climatique et la course à l’électrification des usages et à la production d’hydrogène décarbonée. Tels que conçus dans le projet français Nuward, les SMR permettraient de remplacer plus facilement les centrales électriques à énergies fossiles, en les installant place pour place sur les mêmes sites afin de réutiliser les infrastructures réseaux existantes et donc de limiter les coûts. Grâce à des technologies passives, ils seraient plus sûrs, explique l'Autorité de sûreté nucléaire.
Produire plus d’hydrogène bas carbone
En misant sur les technologies plus avancées, dite de quatrième génération ou AMR (advanced modular reactor), la France pourrait aussi développer des centrales nucléaires produisant électricité et chaleur, au plus près des usages, comme le font déjà les Chinois. Elle optimiserait la production d’hydrogène par la technologie dite de vapeur haute du CEA, disponible d’ici à dix ans. Une technologie dont aura besoin la France. Dans les scénarios du mix électrique à 2050, pour rester à 50% de nucléaire tout en satisfaisant la demande, le gestionnaire du réseau RTE prévoit non seulement la construction de 14 EPR, mais aussi de quelques SMR.
Investir dans la recherche sur ce nouveau nucléaire ferait également oublier la décision très controversée dans la filière d’abandonner de la construction du réacteur Astrid, qui promettait une « régénération infinie du combustible à l’intérieur même de la réaction nucléaire », mais était « trop rapide », selon le PDG d’EDF. Jean-Bernard Lévy pense que « la priorité est à la démonstration de sûreté à l’échelle du laboratoire et de petits prototypes ».
Pérenniser une filière industrielle
Développer les SMR, c’est aussi la promesse d’une nouvelle filière industrielle du nucléaire en France. Pour être compétitifs, ces petits réacteurs nucléaires doivent être fabriqués en série en usine avant d’être installés par grappe. Reste qu’il faudra pour cela arriver à les commercialiser à l’export, et donc être parmi l’un des rares finalistes de la course aux SMR engagée depuis plus de 20 ans. Or, les Chinois, les Russes et les Américains, avec NuScale qui signe déjà des accords commerciaux en Europe de l’Est, sont déjà loin devant.
Enfin, miser maintenant sur les SMR permet au président de la République de faire un pas de côté en matière nucléaire, alors que certains candidats déclarés à la présidentielle de 2022 se sont déjà emparés du sujet et promettent la construction de nouveaux EPR. Or, dès 2018, Emmanuel Macron avait lié sa décision de construire de nouveaux réacteurs au démarrage de l’EPR de Flamanville (Manche), qui n’aura finalement pas lieu avant 2023.
Il voulait organiser, à l’occasion de la campagne présidentielle, un débat démocratique sur le sujet, sur la base d’éléments factuels. Or, même si EDF et RTE auront bien rendu les rapports demandés pour décider, il manquera un paramètre essentiel, la démonstration de la capacité de la filière française à mettre en service un nouveau réacteur sans l’aide des Chinois. Malheureusement, investir dans les SMR n'y changera rien. Et ne rassurera en rien les anti-éoliens.



