Au menu des problèmes de la filière nucléaire, ne figurent pas que les compétences et la performance industrielle. Ce serait oublier celui de la relation entre les cinq grands donneurs d’ordre - EDF, Orano, le CEA, Framatome et l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) - et leurs quelque 3 000 fournisseurs. Un volet du plan Excell de sauvetage de la filière présenté par EDF fin 2019 y est d’ailleurs consacré. Lors d’un audit mené auprès de 1900 acteurs pour identifier les problèmes rencontrés notamment sur le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), les fournisseurs d’EDF ont par exemple massivement pointé l’absence d’interlocuteur unique et des contrats flous. Pour remédier à ces tensions, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire et la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher ont missionné, le 15 avril, le médiateur des entreprises Pierre Pelouzet.
La signature d'une charte
Lors d’un point d’étape du plan Excell en octobre 2020, EDF avait annoncé qu’il s’engageait à ne plus retenir uniquement les mieux disant et à établir des dialogues compétitifs sur plus de 100 contrats, qui prévoiront des incitations à la "surperformance", mais aussi des pénalités claires. Un binôme métier/achats sera mis en place pour les contrats de plus de 100 millions d’euros, afin d’assurer un suivi de bout en bout. Et pour s’assurer du "zéro défaut de fabrication" chez 20 fournisseurs stratégiques, un directeur qualité et manufacturing fournisseurs va être recruté.
Des bonnes pratiques qui devraient être généralisées. L’État, qui a décidé de consacrer 470 millions d’euros à la filière dans le cadre du plan France relance, entend s’assurer que ce sera le cas. Dans un avenant au contrat de filière nucléaire - qui prend en compte la publication de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie 2019-2028, les 470 millions d’euros prévus pour l’atome dans le plan de relance et « les nouveaux enjeux soulevé par la crise sanitaire » -, la filière s’engage aussi à lancer immédiatement une charte entre donneurs d’ordres et fournisseurs.
Le gouvernement va l’aider. Le 15 avril, le ministre de l’économie Bruno Le Maire et la ministre déléguée chargé de l’industrie Agnès Pannier-Runacher ont adressé au médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet, une lettre de mission. Ils lui demandent de mettre en place « un dispositif de mesure et d’amélioration des relations entre donneurs d’ordres et fournisseurs » et de faire signer aux principaux acteurs de la filière qui ne l’auraient pas déjà fait sa charte « relations fournisseurs responsables » (RFR).
Des relations suivies dans le temps
Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement demande à Pierre Pelouzet d’adapter la charte RFR aux spécificités de la filière. La lettre donne des exemples comme « privilégier les acteurs français », donner de la visibilité en amont, travailler sur les délais de paiement, former les équipes achats… Le gouvernement attend du médiateur des entreprises qu’il « apprécie l’état actuel des relations entre donneurs d’ordres et fournisseurs » puis définisse les moyens pour mesurer et suivre l’évolution de ces relations. Il devra enfin déterminer les mesures d’accompagnement nécessaires via un comité de suivi.
En clair, dotée de nouveaux moyens, la filière doit améliorer son fonctionnement et participer aussi à la relance de la kyrielle de fournisseurs français qui travaillent pour les grands donneurs d'ordres du nucléaire. On ne badine pas avec l'argent public.



