Une vanne non conforme à l’origine d'une fuite d’acide sur le site d’Orano Recyclage de La Hague

Une bonne gestion de crise, pas d’impacts environnementaux, mais un contrôle de 27 cuves de matières dangereuses et une révision process de maintenance et des matériels d’intervention à effectuer : voilà en substance le diagnostic de l’Autorité de sûreté nucléaire suite à une fuite d’acide le 8 juillet sur le site d’Orano-La Hague.

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Orano La Hague
Outre les piscines d'entreprosage du combustibles usés en attente de traitement, le site d'Orano-La Hague (Manche) dispose d'un parc de 27 cuves pour les matières dangereuses nécessaires à son process de stockage d'uranium.

Nouveau chantier critique pour Stéphanie Gaiffe, la directrice du site Orano-La Hague en poste depuis mai 2023. L'équipe de direction doit examiner sans délai la situation des 27 cuves d’entreposage de matières dangereuses du parc de stockage d’uranium (STU) et de leur confinement. Elle doit aussi examiner le processus de «maintenance des vannes» de cuves et la gestion des pièces de rechange et réétudier la «maîtrise des barrières de sécurité» utilisées pour délimiter une zone d’intervention, lui demande l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans un courrier du 22 juillet, suite à une inspection de prévention des pollutions et de la maîtrise des nuisances réalisée dix jours plus tôt.

Plus tôt cette année, Orano avait dû acter que le nouveau mur de protection en béton bourré de capteurs ne serait fini que partiellement fin 2024, à cause du retard pris sur le volet numérique et cybersécurité. Et l'entreprise s'était fait rappeler à l’ordre en juin par l’Autorité de sûreté du nucléaire sur la mise en conformité du barrage des Moulinets, et sa retenue de 416 000 m3 d’eau, qui assure l’approvisionnement en eau du site de La Hague.

Une fuite de 43 m3 d'acide nitrique

Le dernier incident en date n'est pas sans conséquences. Le 8 juillet au matin, l’équipe d’astreinte du site de La Hague avait détecté une fuite d’acide nitrique d’environ 43 m3 sur la cuve 240 du parc STU. Cet acide est entreposé là afin d’être recyclé pour les besoins de fonctionnement de l’usine, rappelle l’ASN. Si le liquide a été automatiquement récupéré dans un bac de rétention prévu à cet effet, l’événement, sans impact pour la sûreté nucléaire, mais «significatif pour l’environnement», avait entrainé l’évacuation du site, soit environ 600 personnes, l’arrêt des installations de production trois jours de gestion de crise. Un incident géré «avec un bon niveau de réactivité», selon l’ASN, notamment au niveau du suivi des émanations toxiques notamment. Mais aussi grâce à «une gestion d’équipe» et à la «force du collectif» dans ces moments «un peu compliqués», a aussi expliqué à L’Usine Nouvelle Stéphanie Gaiffe, le 10 juillet, alors qu’elle sortait, calme, d’une réunion du Comité économique et social (CSE) extraordinaire consacré au sujet.   

Une bonne gestion de crise qui ne doit rien au hasard. «Nous sommes très organisés. Sur cette usine, toutes les semaines, 150 personnes sont d'astreinte. Elles sont formées spécifiquement à la gestion d'une crise. Ce sont elles qui sont les premières appelées et qui vont prendre les premières mesures pour protéger le personnel, l'environnement et mettre en sûreté l'installation. On a des procédures. On les déroule. On s'entraîne énormément. On ne réfléchit pas. Il ne faut pas réfléchir dans la gestion d'une crise les premières heures», rappelle la directrice du site. Une fois ces premières heures passées, la direction réunit les équipes concernées pour établir des scénarios et les correctifs à apporter pour qu’un tel événement ne se reproduise plus.  

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«corrosion avancée et extrêmement rapide»

«La perte de confinement de la cuve», autrement dit la fuite, serait «liée à la corrosion avancée» et «extrêmement rapide», en «quelques semaines» d’une vanne de pied de cuve, «mettant vraisemblablement en cause la classe du matériau installé», écrit l’ASN. En clair, les vannes installées n’étaient pas les bonnes. L’ASN demande donc que soient vérifiées les 27 cuves du parc y compris celle «en sommeil» et que soit revus les processus de maintenance et la gestion des pièces de rechange, ainsi que leur traçabilité.  

Les experts de l’ASN ont aussi identifié que le déroulement des interventions avait montré «différentes lacunes matérielles», et des «manquements aux barrières de sécurité».  Des correctifs devront être apportés. Et un meilleur contrôle des 80 m3 d’effluents, collectés et entreposés au cœur du site dans trois cuves, devra aussi être mis en place. Stéphanie Gaiffe et ses équipes ont deux mois pour se mettre en conformité. L’été va être studieux !

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