Que se passe-t-il pour Alstom sur les marchés financiers ?
C’est une information qui n’est pas passée inaperçue et qui a immédiatement fait réagir les marchés financiers. Mercredi 4 octobre, le constructeur ferroviaire français Alstom a indiqué que contrairement à ses prévisions, son flux de trésorerie disponible au premier semestre de son exercice décalé 2023-2024 serait négatif… de près d’1,15 milliard d’euros. En comptabilité, cet indicateur sert à mesurer combien d’argent il reste à une entreprise après avoir payé ses coûts de gestion (salaires, maintenance...). En un mot si elle a suffisamment d’argent en caisse pour investir ou verser des dividendes.
L’action du groupe a immédiatement plongé à la bourse de Paris jeudi 5 octobre au matin passant de 21,48 à 13,40 euros à l’ouverture. Selon les Echos, il s’agit du «plus fort repli accusé par le groupe depuis 1992». Dès la veille, le titre a plongé de plus de 18% à Wall Street. Face aux craintes pour la santé financière d’Alstom, Bernard Delpit, le directeur financier du groupe s’est voulu rassurant, lors d’une conférence en ligne à destination des analystes financiers. Indiquant que l’entreprise allait agir sur chacun de ses sites pour ne pas rester «en inactivité» pour répondre aux craintes des marchés.
Quelles sont les raisons de ce manque d’argent soudain ?
De l’aveu même d’Alstom, trois dynamiques sont à l’œuvre. La première est l’augmentation des stocks de pièces et de matériaux pour
répondre à la hausse de l’activité. Fort d’un carnet de commande de 87 milliards d’euros, Alstom a acheté en masse pour éviter des ruptures de sa chaîne de production et pouvoir tenir les délais de livraison de ses différents contrats «notamment en Amérique du Nord et en Europe». L’augmentation des stocks est responsable pour moitié du trou dans le flux de trésorerie disponible. Alstom indique que «des améliorations sont attendues sur le second semestre 2023/24» et que le problème sera totalement résolu «dans les années à venir».
Le second facteur est le retard de la finalisation des six contrats Aventra, passés avec cinq opérateurs britanniques pour la construction de 443 trains de banlieue. Selon Bernard Delpit, près de 95% des ont été réalisés mais seulement 87% ont été payés. La finalisation de ce marché hérité de Bombardier Transport, racheté en 2021, est attendu «en début d’exercice fiscal 2024/2025». Ce retard de paiement pèse pour un tiers de la situation actuelle d’Alstom.
Enfin, le groupe français fait face à une baisse des avances reçues pour les contrats signés. Mais l’entreprise indique qu’elle prévoit que «les avances reçues au second semestre de l’exercice fiscal 2023/24 soient plus élevées que lors de la même période de l’exercice précèdent, grâce à un solide niveau de prises de commandes.»
La situation est-elle grave pour l’entreprise ?
Pas dans l’immédiat mais analystes et agences de notations sont sur le qui-vive. Alstom indique que son flux de trésorerie va repasser dans le vert au second semestre avec une balance positive comprise entre 400 et 650 millions d'euros. L’exercice décalé 2023-2024 devrait s’achever malgré tout dans le rouge, entre -500 et -750 millions d'euros.
À côté de cela, le groupe français a annoncé que sa marge d’exploitation ajustée est en hausse. Cet indicateur qui montre les revenus issus des ventes est en hausse à 5,2 % pour le premier semestre contre 4,9 % lors du premier semestre de l’exercice précédent. De même, le chiffre d’affaires d’Alstom est passé de 8 à 8,3 milliards d’euros au premier semestre sur un an (+6,5%). La Deutsche Bank juge que la baisse du flux de trésorerie disponible d’Alstom est «un coup dur à la crédibilité de la direction». Ses analystes jugent même le problème d’Alstom est «apparemment sans fin».
Abaissée en mai par l’agence de notation américaine Moody’s, la note de crédit d’Alstom, censée rassurer les investisseurs est au dernier stade avant de passer «d’investissement» à «spéculative». Bernard Delpit a indiqué être en rapport régulier avec Moody’s et se dit confiant sur le fait que la note ne sera dégradée de nouveau. Enfin, ce dernier a indiqué qu’une augmentation de capital n’était pas d’actualité pour disposer de nouvelles liquidités. Le groupe pouvant compter sur 3,5 milliards d’euros de fonds propres à l'heure actuelle.



