Dans la Mayenne, le fabricant de machines-outils Gys vient d’agrandir son usine principale de 8000 m2. Pas pour y installer de nouvelles machines, mais pour pouvoir y loger des stocks tampons de machines semi-ouvrées, en attente de l’installation d’une ou deux pièces pour être achevées. «Nous ne sommes qu’au début des perturbations des chaînes logistiques. Les risques géopolitiques se sont accrus, les difficultés d’approvisionnement que nous avons rencontré après le Covid se reproduiront. Pour y faire face, il faut des stocks, à chaque étape», argumente Bruno Bouygues, le patron de l’ETI.
L’industrie n’est pas le seul à agir en conséquence. En 2022, les entreprises françaises ont gonflé leurs stocks de biens manufacturés d’un montant équivalent à 1,4 point de PIB selon les calculs de l’OFCE. Il s’agit de la plus forte augmentation depuis cinquante ans, souligne l’institut économique. Résultat : cette ruée vers les stocks a été l’un des principaux soutiens à la demande l’an dernier, alors que la consommation des ménages flanchait. Et l’un des moteurs de la croissance. «En 2022, la hausse du PIB a reposé entièrement sur les entreprises, à travers les investissements, les créations d’emplois et le restockage», résume Denis Ferrand, le directeur général de Rexecode.
Après n’avoir juré que par la production en flux tendu et le juste à temps, les industriels ont redécouvert les difficultés d’approvisionnement et les menaces de pénuries depuis la crise sanitaire. De quoi rendre «les stocks très rentables», confirme Bruno Bouygues, malgré le cash immobilisé. L’industriel est le mieux placé pour le savoir. Pris d’un vertige devant les informations en provenance de Chine sur la pandémie tout début 2020, l’industriel a mis la main en urgence sur deux années de stocks de composants électroniques. Quand ses concurrents bataillaient pour honorer leurs commandes, lui a pu continuer à livrer ses clients. Entre 2019 et 2022, son chiffre d’affaires a progressé de 36 %.
Difficultés de trésorerie en hausse
Mais ce mouvement arrive à ses limites. De façon paradoxale, «les entreprises ont reconstitué leurs stocks à un moment où les prix étaient très élevés. Mais elles avaient beaucoup de cash», analyse Denis Ferrand. Cela a contribué à alimenter l’inflation, la forte demande des entreprises aggravant les tensions d’approvisionnement déjà existantes. Dans les prochains mois, l’équation s’annonce plus difficile pour les entreprises. La remontée des tensions de trésorerie pourrait modérer les ardeurs des industriels de se prémunir contre le risque d’une nouvelle rupture des chaînes logistiques.

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D’autant que les difficultés d’approvisionnement s’atténuent, même si elles restent encore deux fois plus importantes qu’en 2019 selon la dernière enquête de conjoncture de l’Insee. Une partie du restockage pourrait être transitoire. «Les entreprises sont peut-être allées un peu loin dans leur restockage, même s’il est possible qu’elles gardent des stocks plus élevés qu’avant la crise sanitaire. Les chocs économiques ont changé de nature. Les chocs géopolitiques ou environnementaux sont plus imprévisibles et plus violents à gérer qu’une crise financière», analyse Eric Heyer, chef économiste à l’OFCE.
Après avoir été un soutien à la croissance, les stocks pourraient freiner la reprise cette année. Toute la question dépend de l’ampleur du réajustement. Plus il est important, et plus il risque de déprimer durablement la demande en provenance des entreprises. Depuis le début de l’année, remarque Eric Heyer, les chefs d’entreprises industrielles considèrent que leurs stocks ont atteint un niveau élevé. Il a déjà commencé à peser sur la croissance du premier trimestre, qui a atteint 0,2 %, une performance légèrement supérieure aux prévisions de l'Insee (+0,1 %). Sur les trois premiers mois de l'année, la variation des stocks a coûté 0,3 point de PIB.



