Le 18 décembre 2021 à 7h26, le premier train à grande vitesse Frecciarossa va quitter la gare de Lyon (Paris) pour rejoindre Milan à 14h07. C’est la première incursion d’un concurrent dans le terrain de jeu de la SNCF. Trenitalia se lance à l’assaut du groupe français, avec cinq rames dédiées et produites par Alstom (ex-Bombardier) et Hitachi. A partir du 18 décembre, Trenitalia va opérer deux allers-retours par jour entre Paris Gare de Lyon et la gare centrale de Milan en passant par Lyon Part-Dieu, Chambéry, Modane et Turin.
« Au cours du premier semestre 2022, nous allons renforcer notre offre avec trois allers-retours entre Paris et Lyon, ajoute Roberto Rinaudo, directeur général de Trenitalia France, auprès de L’Usine Nouvelle. C’est un projet complexe. Ce n’est pas facile de lancer la grande vitesse dans un autre pays. Nous avons beaucoup échangé avec SNCF Réseau sur les caractéristiques techniques et réalisé les ajustements nécessaires pour la mise à niveau de notre flotte afin d’obtenir l’homologation. »
La France a longtemps retardé l’arrivée de la concurrence sur le transport de voyageurs, après l’échec sur le fret, où le marché s’est globalement rétréci malgré l’arrivée de nouveaux opérateurs. Dans le même temps, la SNCF a préféré s’adapter, et s’est depuis longtemps lancé à l’international directement ou via sa filiale Keolis. Pour SNCF Réseau et Gares & Connexion, l’arrivée d’un nouvel opérateur est une bonne nouvelle. Il va permettre au ferroviaire de gagner des parts de marché et surtout, apporter des recettes nouvelles en augmentant la fréquentation du réseau et des gares. En Italie, le marché a été ouvert à la concurrence en 2012. Aujourd’hui encore Trenitalia détient 88% de parts de marché.
Quatre classes dans un train Frecciarossa
Chez Trenitalia, on reconnaît que « les péages sont plus élevés qu’en Italie ». Toutefois, le nombre important de voyageurs empruntant le train en France doit permettre d’atteindre l’équilibre économique. Les réservations qui ont commencé le 13 décembre, sont un franc succès. « Nous avons une demande très importante, les trains sont presque complets, se réjouit le président de Trenitalia France. Notre objectif est de proposer un bon rapport qualité-prix sur quatre classes différentes. »
Les prix commencent à partir de 23 euros pour la classe standard et 139 euros sur la classe la plus luxueuse sur un Paris-Lyon (29 à 165 euros pour un Paris-Milan). Mais les tarifs peuvent être plus élevés selon les périodes et en fonction de la demande. Les enfants de moins de 4 ans bénéficient de la gratuité et ceux de moins de 14 ans, d’un tarif réduit de 50%.
La classe de « confort executive » propose une voiture avec 10 larges sièges pivotants en cuir et inclinables avec un maximum de confort. Une collation de bienvenue est offerte et un service de restauration à la place est proposé. La SNCF, qui a senti venir le danger, propose aussi une classe business, mais très éloignée de ces standards. La classe business de Trenitalia est l’équivalent de la première classe, mais avec un service plus soigné. La classe standard de l’italien est semblable à la seconde classe. La dernière nouveauté pour le voyageur français est la Sala Meeting. Dans la voiture executive, un espace cloisonné et isolé peut accueillir cinq voyageurs pour travailler. Il est équipé d’un écran plat de 32 pouces que le voyageur peut connecter à son ordinateur portable.
La voiture executive se veut le nec plus ultra du confort avec dix sièges en cuir et pivotants. Photo : G. Senese - Creativita' e Broadcasting/DCM/FS Italiane
Cap sur l’Espagne avant fin 2022
En France, la présence de la compagnie italienne n’est pas une première. La concurrence sur les trains internationaux étant effective depuis 2009, Trenitalia avait lancé, via sa filiale Thello, deux lignes sur le réseau classique : Paris-Venise en train de nuit entre 2011 et 2021 et Marseille-Nice-Milan en train de jour entre 2014 et 2021. Fragilisées par la crise du Covid-19, ces deux lignes ont été arrêtées cette année. La compagnie italienne n’a pas été retenue sur les lignes de trains régionaux (TER) en région PACA.
« Nous sommes potentiellement intéressés par d’autres appels d’offre, mais nous aurons une approche très prudente », réagit Roberto Rinaudo. Trenitalia a déjà réussi des incursions dans d’autres pays européens sur le réseau classique (Grèce, Allemagne, Royaume-Uni). L’opérateur transalpin a aussi remporté en 2019 le contrat pour l’exploitation de la future ligne HS2, entre Londres et Birmingham, au sein d’un consortium avec First. Surtout, dès la fin 2022, il devrait exploiter une première ligne à grande vitesse en Espagne.



