Va-t-on assister à un big bang dans le secteur des satellites en Europe ? Thales et Airbus, les deux plus grands fabricants de satellites européens, seraient en discussions pour se rapprocher. C’est ce qu’annonce La Tribune sur son site Internet le 15 juillet. Interrogés par L’Usine Nouvelle, les deux rivaux n’ont pas voulu s’exprimer sur le sujet. Toutefois, les conditions de marché semblent propices pour un tel rapprochement.
À tel point même que le groupe italien Leonardo, le partenaire de Thales dans la société commune Thales Alenia Space, pourrait les rejoindre. Selon Reuters, Roberto Cingolani, le PDG du groupe Leonardo, s’est dit favorable à des rapprochements dans le secteur spatial en Europe. «Nous sommes très actifs pour l’émergence de grandes alliances européennes (...) nous travaillons désormais dur avec Thales et Airbus sur de nouvelles visions stratégiques dans l'espace», a-t-il déclaré à l’occasion d'une audition le 16 juillet à la chambre basse du parlement italien.
Une crise qui devrait durer
Tous ces acteurs sont frappés de plein fouet par la crise du secteur spatial. En juin dernier, Airbus a annoncé une provision de 900 millions d’euros liée à sa branche spatiale à l’occasion de la révision de ses objectifs financiers de 2024. Le constructeur ne cachait pas que l’ensemble de ses activités (télécommunication, navigation, observation….) étaient touchées. Quelques mois auparavant, en mars, c’était Thales Alenia Space qui reconnaissait avoir des difficultés sur le segment spatial. La société conjointe entre Thales (67%) et Leonardo (33%) annonçait alors 1300 suppressions de postes dont environ 1 000 salariés en France sur 2024 et 2025. L’emploi est d’autant plus fragilisé que la fabrication des satellites géostationnaires de dernière génération nécessite 2,5 fois moins de main d’œuvre que les satellites actuels.
Les deux acteurs souffrent principalement du ralentissement du marché des satellites de télécommunications en orbite géostationnaires. «Le marché des satellites de télécommunications géostationnaires a été divisé par deux. Auparavant, il se vendait plus d’une vingtaine de satellites par an contre une dizaine voire une quinzaine aujourd’hui, explique Pacôme Revillon, PDG de Novaspace. Cela pose la question de la taille critique minimum de la demande pour maintenir les chaînes industrielles.»
Et la crise pourrait durer, aucune reprise n’est en vue, selon l’expert. Selon lui, les acteurs traditionnels souffrent également de l’essor des constellations de télécommunications en orbite basse, comme Starlink détenue par Space X. La société d’Elon Musk qui opère les satellites, les fabrique elle-même et ne fait plus appel aux fabricants extérieurs. Amazon avec sa future constellation Kuiper, opèrera sur le même modèle.
Les grands clients touchés également
En même temps, les fabricants de satellites doivent faire face à des investissements de R&D significatifs. Ils sont contraints d’investir dans une nouvelle génération de satellites capables de se reconfigurer en orbite. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont du mal. Thales Alenia Space et Airbus peinent à mettre au point la conception et l’industrialisation de leurs solutions. Ils ont pris du retard sur leurs engagements commerciaux et doivent parfois pallier les défaillances de leurs fournisseurs.
En misant sur des alliances pour traverser la crise du secteur, les fabricants suivraient en fait leurs grands clients, les opérateurs de satellites de télécommunications. Fin juin, Intelsat et SES ont annoncé leur fusion pour mieux rivaliser avec Starlink et Kuiper. Le secteur spatial européen est en pleine ébullition et mise sur des rapprochements pour sortir de la crise.



