Une vaste aire bétonnée, un large hangar et trois cuves de 25 mètres de haut couleur vert sapin. Dans une zone industrielle proche de la ville de Mourenx, à une vingtaine de kilomètres de Pau (Pyrénées-Atlantiques), la nouvelle unité de méthanisation territoriale BioBéarn se fond dans le paysage pétrochimique du bassin de Lacq. Le site, septième du genre pour TotalEnergies, a nécessité 38 millions d’euros d’investissement. Initialement prévu pour entrer en service mi-décembre, BioBéarn a finalement injecté ses premiers mégawattheures sur le réseau de transport de gaz de Teréga, jeudi 12 janvier 2023. Avec une capacité de production annuelle allant jusqu’à 160 GWh, il s'agit de la plus grande unité de méthanisation française désormais en activité. A titre de comparaison, la majorité des méthaniseurs agricoles en injection disposent d'une capacité de moins de 15 GWh/an.
«En 2023, pour commencer, on prévoit de produire 69 GWh de biométhane, soit l’équivalent de la consommation d’une petite ville de 14 000 habitants», détaille Alban-Michaël Stansfeld, directeur des opérations chez TotalEnergies Biogaz France (ex-Fonroche Biogaz, rachetée par l’énergéticien en 2021). Une «montée en puissance progressive» de l’usine est prévue. Car ce type d’installation nécessite un pilotage fin. Surtout, ne pas brusquer les bactéries. «Comme un nourrisson, il est primordial qu’elles s'adaptent au milieu et s’y développent», métaphore Guillaume Tuella, directeur technique chez TotalEnergies Biogaz France. 95 000 tonnes de matières organiques devraient être valorisées sur le site au cours de l’année 2023, en suivant un processus de fermentation bien rodé.
Un outil industriel raccordé au réseau gazier
La porte à enroulement vertical s’ouvre rapidement. Le poids lourd s’y engouffre en marche arrière avant qu'elle ne se referme sur son passage. La cargaison de déchets organiques (lisier ou sous-produits de l'industrie agroalimentaire) qu’il transporte va être déchargée dans le grand hall de réception, qui abrite une cuve semi-enterrée de 600 mètres cubes. «Pour des questions d’odeur, toutes les matières y sont déversées», explique Guillaume Tuella. Toutes les matières, sauf les végétaux, essentiellement des déchets de maïs doux, sont ensilés dehors, sous une épaisse bâche. L’ensemble des intrants qui pénètrent le site sont issus d’exploitations agricoles et d’entreprises agroalimentaires implantées à environ 50 kilomètres à la ronde. «Nous disposons d’un socle de production de base grâce à nos partenaires, qui nous fournissent en continu. Mais pour obtenir une recette plus méthanogène et donc plus intéressante, nous allons incorporer au fur et à mesure d’autres gisements, comme la pulpe de betteraves ou des déchets de céréales», précise Alban-Michaël Stansfeld.
Au coeur de l’installation, les mouches viennent chatouiller le nez, tandis qu’une odeur semblable à celle d’un compost titille les narines. Une fois aspirée dans le circuit, la matière organique est mélangée, et passe par une première unité de traitement anti-odeur avant d’entamer l’étape d’hygiénisation. Au cours de ce process, les intrants doivent être broyés à 12 millimètres, puis pompés dans trois cuves, où ils sont chauffés à plus de 70°C pendant au moins 60 minutes, sans interruption. Une fois cette obligation réglementaire remplie, direction les digesteurs. L’installation BioBéarn dispose de trois cuves d’un diamètre de 24 mètres, où sont injectés chaque jour 250 mètres cubes de matières. C’est dans cet environnement en anaérobie, chauffé entre 40 et 42°C, que les résidus organiques, agités en permanence pendant 40 à 45 jours, vont fermenter et produire du biogaz.

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TotalEnergies Le site BioBéarn s'étend sur sept hectares et emploie sept personnes, qui se relaient en permanence pour s'assurer du bon fonctionnement de l'installation. Crédit : TotalEnergies
«90% du gaz est créé dans ces digesteurs, et les 10% restants vont être générés dans les deux post-digesteurs», précise Guillaume Tuella, en pointant du doigt deux cuves de maturation. Un peu plus loin, des torchères ont été érigées «par souci de sécurité, au cas où on devrait éventer… ce que l’on souhaite à tout prix éviter», poursuit notre interlocuteur. «Après sa création, le gaz est séché et surpressé à 300 millibars, avant d’être envoyé à l’autre bout du site, où il est épuré», continue le représentant de TotalEnergies. Le biogaz, libéré du dioxyde de carbone qu’il contenait, devient alors du biométhane, et peut être utilisé comme gaz de ville.
Reste le digestat, le résidu des matières qui ont fini de fermenter. Récupéré dans les digesteurs, il est traité et stocké sous forme liquide dans deux cuves de 5 000 mètres cubes chacune. Cet «engrais naturel», qui présente un risque de pollution des sols, est considéré comme un déchet aux yeux de la loi. Il est toutefois prisé des agriculteurs, qui peuvent s’en servir comme fertilisant. Les exploitants d’unités de méthanisation souhaiteraient valoriser davantage cette matière en la commercialisant. «On a une entrée (les matières organiques), mais deux sorties (le gaz et le digestat)», assure Alban-Michaël Stansfeld. Mais en l’état actuel des réglementations, le digestat doit obligatoirement être répandu selon un plan d’épandage, élaboré en collaboration avec les autorités.
«Le potentiel est là» pour TotalEnergies
La France pourrait bientôt voir éclore un peu partout des unités de méthanisation comme celle de BioBéarn. Mais la filière va devoir relever plusieurs défis pour y parvenir. Outre le souci d’acceptabilité par la population et le besoin en foncier (BioBéarn s’étend sur sept hectares), les acteurs de la filière décrivent régulièrement des procédures administratives lourdes et lentes (six ans, en l’espèce). Le projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 10 janvier 2023, pourrait apporter un premier coup de pouce à la filière, qui devra par ailleurs trouver un modèle économique viable et pérenne sur lequel s’appuyer.
«Mais le potentiel est là!», s’exclame Olivier Guerrini, à la tête de l'unité biogaz de TotalEnergies. Le groupe énergétique, qui opère en 2022 une capacité installée de 700 GWh dans l'Hexagone, a revu ses ambitions à la hausse et affiche désormais un objectif global de 20 TWh de production de gaz renouvelable en 2030 (soit 10% de part de marché). Conscient des «risques de nuisance que peuvent poser ces outils industriels», Olivier Guerrini vante un procédé de méthanisation qui, s’il «continue de présenter des défis industriels», est désormais «mature», «low-tech» et «participe de l’autonomie territoriale et énergétique de la France». Bref, une filière qui a tous les atouts pour réussir. D’où la volonté de TotalEnergies d’«investir des milliards pour l'amener à un nouveau niveau». Olivier Guerrini y croit dur comme fer : «Les gisements, les déchets sont là. Il n'y a pas à hésiter!» En clair, la France n'a plus qu'à s'y mettre.



