Enquête

La Seine-et-Marne pousse sa filière de production de biométhane

Avec son caractère agricole marqué, la Seine-et-Marne est l’un des principaux départements producteurs de biométhane, le plus souvent d’origine agricole. Mais le département est en train de prendre le virage de la valorisation des biodéchets en gaz vert.

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Vue aérienne de l'unité de méthanisation EQUIMETH - CVE en Seine-et-Marne
Depuis septembre 2021, l'usine Equimeth de Moret-sur-Loing utilise des biodéchets notamment issus de la restauration, pour produire du méthane.

Avec 22 sites de méthanisation injectant 402 GWh par an de biométhane dans les réseaux de gaz et 67 000 logements neufs alimentés en biogaz produit localement, la Seine-et-Marne est le premier département d’Île-de-France producteur de gaz vert et l’un des principaux en France. « Ce chiffre s’explique par la taille du territoire qui permet d’accueillir de nombreuses unités et aussi par le fait que la Seine-et-Marne a un caractère agricole particulièrement marqué qui a facilité le développement d’une filière rentable de méthanisation agricole. Cette dernière bénéficie en outre d’un soutien politique important du département », explique Théo Klein, chargé d’études à l’Agence régionale Energie-Climat.

L’Île-de-France comptait 43 unités de méthanisation fin 2021. Elle s’est enrichie de 12 sites au cours de l’année passée, dont dix ont été implantés en Seine-et-Marne. La plupart sont d’origine agricole mais l’un d’eux – l’usine Equimeth de Moret-sur-Loing et Orvanne – marque une inflexion majeure, car il est spécialisé dans le traitement des biodéchets.

Des fumiers équins aux biodéchets

L’histoire de la construction de cette unité illustre le changement de paradigme. Etudié pour la valorisation des fumiers équins, le projet a été repris en 2016 par CVE Biogaz et réorienté. « Tel quel, le projet n’était pas rentable. Aussi nous avons regardé quels services nous pourrions rendre aux territoires environnants », explique Arnaud Bossis, directeur général de CVE Biogaz. En activité depuis septembre 2021, Equimeth peut traiter 25 000 tonnes de déchets dont la moitié provenant de la restauration et des invendus de grandes surfaces et environ 20% de l’industrie agroalimentaire.

Equimeth est la première usine francilienne de valorisation de biodéchets injectant du gaz dans les réseaux, et la deuxième dans la région à traiter ces déchets après Bionerval à Etampes (Essonne) qui, elle, produit de l’électricité et de la chaleur.

Couvrir 75% des besoins résidentiels en gaz vert local en 2030

Avec l’obligation du tri à la source et de valorisation des biodéchets en 2024, les territoires - l’Ile-de-France en tête avec ses 12 millions d’habitants - doivent relever un défi. Selon le schéma régional biomasse, le gisement est estimé à 345 000 tonnes par an à horizon 2030, puis 385 000 tonnes en 2050, contre environ 40 000 tonnes par an mobilisées à ce jour. Par conséquent, les projets de sites de méthanisation fleurissent. Ainsi, le Syctom, qui traite les déchets de la métropole parisienne, et le Sigeif (Syndical intercommunal pour le gaz et l’électricité) sont associés pour la construction d’une usine pouvant traiter 50 000 tonnes de biodéchets par an sur le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

« Nous nous mettons en capacité d’accompagner les territoires pour exploiter ces gisements, dont l’importance va croître rapidement dans les prochaines années », assure Stéphan Martinez, patron de la société Moulinot, spécialiste francilien de la collecte des déchets de la restauration. L’entreprise, qui prend en charge la gestion des biodéchets de la collecte à la valorisation, travaille déjà avec cinq unités de méthanisation agricoles en Seine-et-Marne. Elle finalise en ce moment la construction d’une plateforme de prétraitement à Réau (Seine-et-Marne). Située à 800 mètres d’un site de méthanisation agricole, cette installation pourrait traiter annuellement 40 000 tonnes de biodéchets.

Une soixantaine de projets de méthanisation à la ferme sont dans les cartons en Seine-et-Marne. Une partie du monde agricole conteste, toutefois, la multiplication des grands méthaniseurs, dont les plans d’approvisionnement comportent une part importante de « cultures intermédiaires à vocation énergétique » (CIVE), que certains exploitants considèrent comme nuisibles au rendement des cultures traditionnelles.

Le département encourage la filière parce qu’elle apporte une nouvelle source de revenus à ses agriculteurs et, parallèlement, augmente la production d’énergie renouvelable locale. Il joue notamment un rôle de facilitateur et a élaboré un guide d’implantation des installations pour une meilleure insertion dans le paysage.

Le conseil départemental a également signé avec d’autres acteurs, dont GRDF et GRT Gaz, la charte Capmétha 77, qui affiche des objectifs ambitieux en faveur de la transition écologique. « Nous souhaitons couvrir, d’ici à 2030, 75% des besoins résidentiels en gaz avec du gaz 100% renouvelable produit localement, ce qui suppose la production de 2,5 TWh par an. A terme, ce sont 290 000 ménages qui pourraient être alimentés en gaz », précise Béatrice Rucheton, vice-présidente du conseil départemental en charge de l’environnement.

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