Construire des infrastructures de transport d’hydrogène renouvelable n’est pas une priorité de la France, qui destine prioritairement ce vecteur énergétique à la décarbonation de son industrie et compte le produire au plus près des besoins. C’est en revanche la priorité de l’Espagne et du Portugal qui veulent exporter de l’hydrogène vert produit à partir d’énergies renouvelables. C’est aussi celle de l’Allemagne, qui doit décarboner sa production d’électricité et sa puissante industrie chimique. Un projet de corridor hydrogène, H2Med, reliant la péninsule ibérique à l’Allemagne, via la France, a donc été imaginé.
Il est composé de différents tronçons, dont une canalisation sous-marine entre Barcelone et Marseille, BarMar, qui sera construite par les gestionnaires de réseau de transport de gaz français, Natran (ex-GRTGaz) et Teréga, et l’espagnol Enagás.
Le projet BarMar a été reconnu comme projet d’intérêt commun (PIC) par l’Europe, qui finance 50% des coûts de développement (28,34 M€) Pour le porter, le 2 juillet, les trois partenaires ont annoncé la création de la société BarMar. Elle sera détenue à 50% par Enagás, 33,3% par Natran et 16,7% par Teréga, et elle sera dirigée par Francisco Pablo de la Flor, d’Enagás. La société sera basée en France, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, indique un communiqué, mais sans préciser où.
Un projet de 2 milliards d'euros
BarMar est un projet à environ 2 milliards d'euros, porté à 50/50 par la France et l’Espagne. D’une longueur de 400 à 450 km, selon le tracé retenu, il aura une capacité de transport de 2 MtH2/an. Lancé en 2022, par le président français Emmanuel Macron et le premier ministre espagnol Pedro Sanchez, il devait être mis en service en 2030. Ce sera plus tard. Pour l’instant, les aides reçues de l’Europe «couvrent 50% des coûts de développement sur une période de trois ans. Mais pour prendre une décision finale d’investissement, il faudra boucler le modèle financier du projet, explique Carole Foissaud, la nouvelle PDG de Teréga. Ce modèle s'appuiera certainement en partie sur des subventions européennes, des engagements des clients, mais il faut également trouver un mécanisme public qui permette de dérisquer le projet en cas de recettes insuffisantes compte tenu du caractère émergent du marché de l'H2 aujourd'hui.» Or, la France a été claire, ce sont aux consommateurs de l’hydrogène de payer pour ce gazoduc.

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Un potentiel clients-fournisseur à confirmer
Ces utilisateurs seraient néanmoins nombreux. «On a fait un appel à manifestation d’intérêt sur BarMar qui a confirmé les besoins avec 168 entreprises qui ont répondu et 528 projets. Sur BarMar, la production est là, la consommation est là», assure Carole Foissaud. En Espagne et au Portugal, il y aurait "un potentiel de production d’hydrogène vert de 4,6 Mt par an en 2040 pour 2 Mt de consommation en Allemagne et en France, indiquent les transporteurs français. Mais des doutes s'installent sur les méga projets d'hydrogène en Espagne. Pour réaliser ce potentiel, BarMar devra avancer en parallèle du tronçon ibérique du corridor H2Med, baptisé CelZa (Celorico–Zamora), lui aussi soutenu par l’Europe (7,22M€). Long de 248 km, il doit relier Celorico da Beira, au Portugal, et Zamora, en Espagne.
Pour faire aboutir le projet, il faudra aussi des adaptations réglementaires. «À un moment, il faudra qu’on ait un statut HTNO (Opérateur national de transport d’hydrogène) et un organisme pour certifier. Or, en France, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) n’a pas les compétences en matière d’hydrogène». Mais des discussions sont en cours dans ce sens entre la CRE et la direction générale de l’énergie et du climat, dans le cadre des travaux de transposition du paquet décarbonation adopté en 2024 au niveau européen.



