Inédite et très ambitieuse, la stratégie hydrogène française, dévoilée en septembre 2020, vient d’être révisée. Tenant compte d’un marché «atone», selon le ministère de l’Industrie, et de progrès technologiques moins rapides qu’attendu, la stratégie nationale de l’hydrogène décarboné 2025 (SNH2), dévoilée le 16 avril 2025 par le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, un an et demi après sa mise en consultation, joue la prudence.
Après avoir massivement soutenu l’offre d’équipements, notamment les électrolyseurs et les piles à combustibles, la stratégie s’intéresse enfin au soutien de la demande, en visant toujours principalement l’industrie, et, dans une moindre mesure, la mobilité lourde et intensive, en particulier pour l’aviation et le maritime en s’appuyant sur de nouveaux cadres réglementaires et fiscaux.
3,075 milliards d’euros pour les gigafactories
Initialement de 7 milliards d’euros lors de son lancement en septembre 2020, la stratégie nationale hydrogène s’est vue dotée de 2 milliards d’euros supplémentaires en 2022 par Emmanuel Macron. Sur les 9 milliards, 3,075 milliards d’euros d’aides ont pu être fléchés dans le cadre du Projet important d’intérêt européen commun hydrogène ou PIIEC afin de faire émerger des usines d’équipement (électrolyseurs, piles à combustibles, réservoirs et membranes). 13% des 9 milliards ont été versés à date, indique le ministère de l'indsutrie.
600 millions d'euros pour cinq gigafactories d’électrolyseurs
Pour produire de l’hydrogène made in France, 600 millions d’euros d’aides ont notamment été distribuées pour soutenir la création de cinq usines d’électrolyseurs couvrant tous les champs technologiques : alcalin chez John Cockerill et McPhy, membrane échangeuse de protons (PEM) chez Elogen, haute température chez Genvia et membrane échangeuse d’anions (AEM) avec Gen-Hy, qui vient juste de recevoir les 99,8 millions d’euros d’aides promises depuis plus d’un an. Las, le projet Elogen a été abandonné par sa maison mère GTT début 2025. Et McPhy, qui rencontre d’énormes soucis financiers, est à vendre. Mais le cabinet du ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, reste «très confiant que l’activité de McPhy soit reprise» et demeurera dans des «mains européennes».

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3 hubs hydrogène
Se limitant toujours à une production locale pour servir les besoins de l’industrie et de l’industrie lourde, estimés à 520 000 tonnes par an en 2030, mais tenant compte d’un retard de la décarbonation, les objectifs d’installation de capacités d’électrolyse seront concentrés dans trois hubs industriels : Fos-sur-Mer, la vallée de la chimie et le Havre-estuaire de la Seine. La production locale pour la mobilité est jugée trop chère.
Pour connecter les producteurs d’hydrogène aux industriels consommateurs (raffineries, engrais, chimie) et aux unités de stockage souterraines dans des cavités salines, la construction de 500 kilomètres de canalisations est prévue. En revanche, les projets d’importation d’hydrogène, un temps évoqués, ne sont plus d’actualité, au moins jusqu’à 2035. De même que les projets d’hydrogénoducs transfrontaliers, dont le financement restera à la charge des utilisateurs, du moins à moyen terme. "Les soutiens financiers et garanties publiques resteront centrés sur le développement de capacités sur le territoire national", indique plusieurs fois la SNH2.
4,5 GW d’électrolyse en 2030
La stratégie hydrogène révisée revoit aussi ses ambitions de production d'hydrogène bas-carbone à la baisse et vise 4,5 GW de capacités d'électrolyse installées en 2030 contre 6 GW auparavant, et 8 GW en 2035 contre 10 GW en 2020. Et encore, ce dernier objectif est soumis à la capacité des parcs d’électrolyseurs à moduler leur production lorsque l’énergie est la plus abondante et la moins chère et donc à la disponibilité de stockage d’hydrogène. Pour développer ces capacités de production, la SNH2 mise d’une part sur un mécanisme de soutien à la production et d’autre part sur un cadre réglementaire et fiscal incitatif. Le plan s'appuie sur les mandats d’incorporation de carburant aérien durable de synthèse, à base d'hydrogène décarboné, prévus à partir de 2030 dans la directive REfuelEU pour les vols au départ de l’Europe, ainsi que sur un potentiel mandat similaire pour la décarbonation du transport maritime. De plus, la Tiruert (Taxe incitative relative à l’utilisation des énergies renouvelables dans le transport) comptabilise l’hydrogène renouvelable depuis le 1er janvier 2023, et l’hydrogène bas carbone produit avec de l’électricité du réseau, donc aussi nucléaire, depuis le 12 janvier 2024. Elle doit de plus être révisée pour mieux prendre en compte les baisses d'émissions. Enfin, sans être subventionnée dans la stratégie, la production d’hydrogène bleu, à partir de gaz avec captage de CO2, pourra être privilégiée à proximité de lieux de stockage de CO2.
4 milliards d'euros pour la production
Les mécanismes de soutien à la production d’hydrogène décarboné sont dotés depuis l'été 2024 d’une enveloppe de 4 milliards d’euros. Mais elle sera dépensée sur 15 ans pour faire des économies. Contrairement aux autres subventions du plan, ce mécanisme ne va pas aider à l’investissement mais servira à réduire la différence de prix entre l’hydrogène électrolytique, très dépendant des coûts de l’énergie, et celui de l’hydrogène gris à base de gaz naturel. Ces aides feront l’objet de trois levées par an. Mais pour l’heure, le mécanisme en est encore au stade de dialogue concurrentiel entre les 12 premiers projets sélectionnés pour en bénéficier, sur un premier volume de 200MW d’électrolyse.
Pour booster un peu la demande côté mobilité, un appel à projet pour le soutien à l’achat de véhicules utilitaires doit également être annoncé courant avril.
149 millions d'euros pour de l'engrais vert chez Yara
La subvention de 149 millions d’euros au projet Green Horizon de Lhyfe d’une unité d’électrolyse de 100 MW à côté de l’usine d’ammoniac du groupe Yara à Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime) est confirmée. Ce projet doit permettre de décarboner le site avec de l’hydrogène vert. Il est estimé entre 200 et 300 millions d'euros.
92 millions d'euros pour Masshylia
La patience finit par payer. Le projet de production d’hydrogène vert d’Engie pour fournir la bioraffinerie de TotalEnergies de la Mède (Bouches-du-Rhône) a enfin décroché une subvention. Lancé en 2021, ce projet, nommé Masshylia, vise à produire au minimum 5 tonnes d’hydrogène vert en moyenne annuelle par jour pour alimenter le processus de production des biocarburants avec de l’électricité solaire. En complément, TotalEnergies a aussi passé un accord avec Air Liquide pour décarboner la production d’hydrogène dans son processus.
100 millions d'euros fléchés sur la diplomatie hydrogène
La SNH2 prévoit aussi tout un volet d’aide à l’exportation d’équipements, la création de postes d’experts techniques internationaux (ETI) dédiés à l’hydrogène dans les trois ans, ainsi que la nomination d’un pilote de la stratégie internationale de l’hydrogène, à brève échéance.
117,15 millions d’euros pour la R&D
Un deuxième appel à projets pour les briques technologiques va être lancé par l’Ademe et disposera d’une enveloppe de 117,15 millions d’euros. Le déploiement d’une feuille de route technologique sur le couplage entre électrolyse haute température et le nucléaire sera notamment favorisé. Les projets de maîtrise des matières premières nécessaires à la chaîne de valeur hydrogène, notamment les platinoïdes pour les technologies PEM, seront aussi encouragés. Un appel à projet pour le soutien à l’achat de véhicules utilitaires doit également être annoncé courant avril.
6 millions d’euros pour l’École H2
Pour développer les compétences, le projet École H2 de Bourgogne-Franche-Comté, qui propose de développer et de structurer les 90 formations, va recevoir une aide de 6 millions d’euros sur un montant total de 14,9 millions d’euros.



