L'agriculture est responsable de 10% des émissions de gaz à effet de serre de l'Europe (19% en France). Pour atteindre son objectif de réduction de 55% de ses émissions d’ici à 2030, l’Europe doit donc aussi d’urgence s’attaquer au secteur agricole. Mais le problème est complexe. Le secteur agricole doit simultanément réduire ses émissions, augmenter la quantité de carbone séquestré et accroître, autant que possible, la biomasse disponible pour remplacer les énergies fossiles. Sachant que l’alimentation animale constitue 43% de la biomasse utilisée dans l’UE, contre 13 % pour l’alimentation, 23 % pour les biomatériaux et 20 % pour l’énergie, selon l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).
Bien menée, l’évolution des systèmes agricoles permettrait de répondre, avec la biomasse, à 15% de la consommation énergétique de la France en 2050, estime une étude du WWF. La Commission européenne a donc décidé de flécher les investissements privés de compensation carbone vers les meilleures pratiques climatiques agricoles qu’elle entend certifier dans une nouvelle taxonomie verte agricole, le Carbon Farming Scheme (CFS) - en français, « plan de séquestration du carbone agricole ».
Une fausse bonne idée ?
Mais attention « à ne pas que regarder ce sujet uniquement par le petit bout climatique de la lorgnette », alerte Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative agriculture européenne à l’Iddri. L’idée de certifier les pratiques agricoles permettant stocker et/ou de réduire les émissions de GES pour rémunérer les agriculteurs est peut-être une fausse bonne idée. Car le secteur agricole doit aussi répondre aux enjeux de sécurité d’alimentation durable et de qualité du programme « De la fourche à la fourchette », défini par l’Europe tout en préservant la biodiversité.

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
« L’idée de certification va dans le bon sens, car on va vers une obligation de résultat et non de moyens comme habituellement, analyse Camille Foucherot, directrice du programme agriculture et forêt d’I4CE. Mais elle n’aura pas de sens si elle ne relie pas le contenu carbone des sols à la production de protoxyde d’azote et de méthane. Cela tuerait le dispositif avant même qu’il soit créé. » Créer une taxonomie agricole efficace est néanmoins possible. La première chose à faire serait, selon les chercheurs d’I4CE et de l’Iddri, de passer d’une approche tonne de CO2/kg de production à une regardant la tonne de CO2 à l’hectare exploité, plus compatible avec des systèmes en agriculture biologique.
Mais même si c’est le cas, les chercheurs alertent. « On ratera complètement quelque chose si la finalité de cet outil de certification carbone est d’aller chercher une source de financement nouvelle, prévient Camille Foucherot. Les marchés volontaires du carbone sont marginaux, même pas l’épaisseur du trait. Les entreprises qui font de la compensation le font à l’international à 1 ou 2 euros la tonne de CO2, pas en Europe à 50 euros la tonne ». Pour rémunérer les agriculteurs et les accompagner vers des pratiques vraiment durables, il va falloir trouver autre chose.



