Tensions sociales dans les usines françaises de Valeo... Qui limite la casse au troisième trimestre

L’équipementier français a publié jeudi 24 octobre des résultats trimestriels louables, légèrement en deçà des estimations. Malgré la relative bonne santé de Valeo, le climat se tend dans ses usines hexagonales. Le corps social redoute une multiplication des restructurations.

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En début d’année, le groupe a annoncé la suppression de 1150 emplois dans le monde, dont 235 en France.

Valeo sauve les meubles. L’équipementier français a publié ses résultats trimestriels jeudi 24 octobre, après la clôture des marchés. La multinationale affiche un chiffre d’affaires légèrement en retrait par rapport aux estimations des analystes financiers, à 5 milliards d’euros. Alors que ses revenus stagnaient à pareille époque il y a un an dans un contexte de hausse de la production automobile mondiale, ils diminuent (-5%) à une période chahutée pour le secteur, notamment en Europe : sur le troisième trimestre, il s’est écoulé 196536 véhicules en moins que sur la même période un an plus tôt, soit une baisse de 6,3% des volumes de ventes. 

Malgré ce repli, Valeo parvient à offrir aux investisseurs une performance financière louable grâce à une surperformance de l’ensemble de ses divisions, malgré une sous-performance de 9 points en Chine. «Le contexte est difficile, ce n’est pas une surprise», a commenté le directeur général de l’entreprise, Christophe Périllat, lors d’un échange avec des journalistes. L’équipementier peut se satisfaire de ses résultats, alors que de nombreux équipementiers de «rang un» (des grandes entreprises qui fournissent directement les constructeurs en composants multiples) ont récemment revu leurs objectifs financiers à la baisse.

Révision à la marge du chiffre d'affaires

Pour l’année 2024, le groupe tricolore vise toujours une marge d'exploitation entre 4 et 5% et un flux de trésorerie disponible de 350 millions d’euros, mais affine à la baisse sa prévision de chiffre d’affaires à 21,3 milliards d’euros, contre 22 milliards d’euros précédemment. «La conjoncture a été assez médiocre au troisième trimestre et nous voyons la poursuite de cette contraction [des volumes de production] sur le quatrième trimestre», a commenté le dirigeant, qui constate de nombreux reports de nouveaux véhicules chez les constructeurs (entre trois mois et un an) ainsi qu’un «ralentissement de l’électrification haute tension, en particulier en Europe». 

À long terme, la stratégie de Valeo est d’augmenter son contenu par voiture grâce à des produits technologiques à forte valeur ajoutée, offrant des marges plus intéressantes. Pour cela, le groupe parie notamment sur sa dynamique division «Brain», qui regroupe les activités hardware et software autour de l’assistance à la conduite et l’expérience intérieure. Valeo reste toutefois très dépendant, à 51%, de sa nouvelle division «Power», qui regroupe ses métiers historiques dans les systèmes de propulsion et les systèmes thermiques (c’est-à-dire toutes les activités liées aux groupes motopropulseurs). Cette branche est en difficulté en raison des baisses de production, affichant par ailleurs un déficit de compétitivité en Europe sur lequel a récemment alerté son directeur général.

Le corps social de Valeo tire la sonnette d’alarme

La multinationale a initié dès 2023 des mesures de réduction de coûts, principalement dans cette division, en adoptant une stratégie industrielle multi-énergie.«On a profondément réorganisé l’outil industriel de Power», assure encore Christophe Périllat. Mais le plus dur semble à venir, avec des sites en difficulté en Allemagne ou en République tchèque. Dans l’Hexagone, où Valeo emploie 14000 personnes avec 23 sites de production et 14 centres R&D, des restructurations paraissent inévitables. L’intersyndicale du groupe (CFE-CGC, FO, UNSA, CFDT et CFTC) a tiré la sonnette d’alarme le 15 octobre, en marge du Mondial de l’automobile : «Il apparaît de plus en plus évident que la stratégie de Valeo vise à réduire son empreinte industrielle et son pôle Recherche et Développement en France au profit de pays à faible coût de main-d'œuvre», a-t-elle alerté dans un communiqué.

Plusieurs usines françaises en sursis

En début d’année, le groupe a annoncé la suppression de 1150 emplois dans le monde, dont 235 en France sur les sites franciliens de Cergy (Val-d'Oise), La Verrière (Yvelines) et Créteil (Val-de-Marne). Mi-juillet, l’entreprise a indiqué chercher des repreneurs pour ses usines de L’Isle-d’Abeau (Isère), La Suze-sur-Sarthe (Sarthe) et le centre de recherche et développement de La Verrière (encore lui), qui emploient au total environ 1100 personnes. Et début octobre, le groupe a mis en vente son usine de Mondeville (Calvados), spécialisée dans les capteurs de pression pour les moteurs thermiques et qui emploie 250 personnes.

«La direction laisse entendre qu’il y a une restructuration très importante à engager au niveau européen vu les difficultés autour des ventes de véhicules électriques et des baisses des volumes de production», commente à L’Usine Nouvelle Pascal Phan, le coordinateur CFE-CGC de Valeo. Il redoute de nouvelles annonces de restructuration dans les semaines à venir : des doutes planent sur d’autres sites du groupe, comme à Amiens (Somme) ou Athis-de-l’Orne (Normandie), sans officialisation à ce stade. Pascal Phan regrette que la direction du groupe se soit «précipitée à faire des annonces en juillet alors que les objectifs du plan de réorganisation n’étaient pas encore clairement définis. Ils ont créé la panique sur tous les sites. En termes de gestion sociale et de risques psychosociaux, c’est léger !», tance-t-il.

Grève illimitée à La Suze-sur-Sarthe

Malgré la tendance de fond qui se dessine, les plaintes du corps social restent pour l’heure restées limitées. Mais les esprits commencent à s’échauffer. Ce jeudi 24 octobre, une quarantaine de cadres ont débrayé pendant une heure sur le site de La Verrière. Depuis lundi 21 octobre dans la soirée, les 270 salariés de l’usine La Suze-sur-Sarthe, spécialisée dans la fabrication d’échangeurs thermiques, sont en grève illimitée. «Il n’y a rien ou quasi-rien qui sort de l’usine», assure à L’Usine Nouvelle Thierry Rosier, chez Force ouvrière.

Depuis l’annonce le 15 juillet que Valeo souhaite se séparer de ce site, les salariés sont plongés dans le flou. Ils attendaient des éléments de réponse en octobre. Mais devront finalement attendre la mi-décembre pour avoir un peu de visibilité sur leur avenir. «Les salariés sont excédés», déplore encore Thierry Rosier. De son côté, la direction du groupe évite de jeter de l’huile sur le feu et ne commente pas les réorganisations en cours. «On est attentifs à la qualité du dialogue social», commente sobrement Christophe Périllat.

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