Le développement dans les puces en carbure de silicium reste un moteur stratégique de croissance pour STMicroelectronics. Lors de la présentation des résultats trimestriels ce jeudi 26 octobre, Jean-Marc Chéry, le président du directoire et directeur général du groupe, a confirmé à nouveau s’attendre à un chiffre d’affaires dans ce domaine d’environ 1,2 milliard de dollars en 2023, contre 700 millions en 2022. «Ce résultat marque une étape vers notre objectif de dépasser le chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars dans cette activité en 2025 puis 5 milliards de dollars entre 2028 et 2030», s’est-il félicité.
Le carbure de silicium est une nouvelle activité initiée en 2017 pour le client Tesla, premier à adopter cette technologie-clé de l’électrification de l’automobile. Par rapport au silicium classique, elle offre l’avantage d’améliorer l’efficacité énergétique, d’allonger l’autonomie et de raccourcir le temps de recharge de la batterie. Selon le cabinet McKinsey, le marché devrait grimper de 2 milliards de dollars en 2022 aux alentours de 13 milliards en 2030, tiré par l’augmentation des ventes de voitures électriques de 16 à 64 millions d’unités sur la même période.
Rôle de pionnier
Grâce à son rôle pionnier et son client Tesla, STMicroelectronics s’impose comme le leader de cette filière émergente avec 36% du marché en 2022 selon McKinsey, loin devant le numéro deux, l’allemand Infineon Technologies, crédité d’un part de 18%. Mais le fabricant franco-italien est en train de diversifier à la fois sa clientèle et ses applications. Jean-Marc Chéry a affirmé mener aujourd’hui 150 projets de développement pour 94 clients. Parmi eux figurent Airbus, BMW, BYD, Geely, Great Wall, Hyundai, Renault et XPeng.
Le groupe est engagé dans une course pour à la fois accroitre ses capacités de production et maitriser le matériau et le substrat de carbure de silicium, disponibles aujourd’hui en quantité restreinte auprès d’une poignée de fournisseurs : Wolfspeed et Coherent aux Etats-Unis, SiCrystal en Allemagne, Resonac au Japon et SK Siltron en Corée du Sud. Il est en train de construire une usine de 730 millions d’euros sur son site à Catane, en Sicile, avec l’objectif de fournir 40 % de ses besoins. La mise en service de cette usine est prévue au deuxième semestre 2024. Aujourd’hui, le groupe s’approvisionne en substrats exclusivement à l’extérieur auprès principalement de trois fournisseurs : Wolfspeed, SiChrystal et le chinois Sanan Optoelectronics.
Besoin de deux nouvelles mégafabs
STMicroelectronics fabrique ses puces en carbure de silicium principalement à Catane, avec son site de Singapour comme seconde source. Il s’est associé cette année à Sanan Optoelectronics pour construire en Chine une usine de 3,2 milliards de dollars dédiée exclusivement au marché local. Selon les informations exclusives de L’Usine Nouvelle, il projette de créer aussi une nouvelle mégafab de 5 milliards d’euros à Catane. Jean-Marc Chéry confirme à demi-mots le projet. «Avec les capacités actuelles installées, nous pouvons répondre à nos besoins de croissance jusqu’en 2025, affirme-t-il. Pour atteindre notre objectif entre 2028 et 2030, nous avons besoin de deux nouvelles mégafabs. En dehors du projet en Chine, nous avons donc clairement besoin d’une autre mégafab. Nous déciderons au moment opportun quand nous devons la construire.»
Déjà affecté par la morosité du marché de l’électronique grand public, dominé par les smartphones et le client Apple, le groupe commence à être touché aussi par le ralentissement de la demande dans le marché industriel. L’automobile continue toutefois à tirer l’entreprise en raison de l’électrification et de l’augmentation du contenu en semi-conducteurs dans les véhicules. Pour 2023, le groupe a abaissé ses attentes de chiffre d’affaires de 100 millions de dollars à 17,3 milliards de dollars (plus ou moins 150 millions de dollars). Compte tenu du ralentissement de la demande, il prévoit en 2024 des investissements en dessous des 3,5 milliards de dollars envisagés en 2023.



