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«Sous le contrôle de l’Etat» : Bruno Le Maire veut protéger Worldgrid, la filiale stratégique d'Atos pour le nucléaire français

Mardi 28 mai, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a indiqué que l’État souhaitait «placer sous son contrôle» Worldgrid, une filiale du groupe Atos, dont la reprise par plusieurs candidats est actuellement à l’étude. Hautement stratégique, cette entreprise fournit des logiciels de contrôle-commande pour les centrales nucléaires françaises.

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Les logiciels de Worldgrid équiperaient la moitié des réacteurs français.

L’avenir du groupe de services numériques Atos est encore très incertain et l’État veut garder la main sur ses actifs clés pour la souveraineté nationale. Mardi 28 mai, Bruno Le Maire a indiqué son intention de «garder sous le contrôle de l’État», sa filiale Worldgrid qui produit des logiciels de contrôle-commande pour les centrales nucléaires.

Worldgrid revendique 132 systèmes installés sur 19 sites en France. L'entreprise compte plus de 600 salariés en France et 1200 à travers le monde. En 2023, Schneider Electric et Atos, ont été sélectionnés par EDF pour un contrat pour équiper ses six prochains EPR2. Les systèmes de contrôle-commande peuvent être définis comme le système nerveux d’une centrale nucléaire puisqu’ils permettent de contrôler le fonctionnement d’un réacteur. Ils récupèrent tous les paramètres de la centrale en temps réel pour programmer la maintenance, améliorer la sûreté et optimiser la disponibilité en fonctionnement normal.

Dans le monde, près de 15% du parc mondial en serait équipé, comme au Royaume-Uni, en Chine ou en Russie. «Je vous confirme que toutes les activités stratégiques resteront sous le contrôle de la puissance publique, y compris les commandes de contrôle de nos centrales nucléaires, a indiqué Bruno Le Maire sur CNews. […] Je ferai en sorte que le contrôle-commande des centrales nucléaires, qui aujourd'hui est dans Atos et pas encore dans le périmètre que nous avons sécurisé, soit dans le périmètre qui restera sous le contrôle la puissance publique.»

50 millions déjà mobilisés pour d'autres actifs stratégiques

L’État a déjà mobilisé 50 millions d’euros pour protéger d’autres activités sensibles d’Atos comme la fabrication des supercalculateurs pour la dissuasion nucléaire, la cybersécurité ou les contrats avec les armées. Il a également envoyé une lettre d'intention en vue d'acquérir ces activités si elles venaient à passer sous pavillon étranger. Worldgrid ne faisait pas partie du périmètre initial d’où l’intervention de Bercy. Bruno Le Maire a précisé que la filiale pourrait être reprise par le groupe EDF ou «une entreprise proche d'EDF». Appelée à réagir par L'Usine Nouvelle, l'entreprise française ne souhaite pas commenter cette information.

Pour les parlementaires, la protection de cette activité stratégique est aussi primordiale. En avril, un rapport du Sénat appelait à la vigilance pour le devenir de Worldgrid. Pour ses auteurs, EDF et Framatome seraient des candidats logiques au rachat de l’entreprise et pourraient être soutenus par Bpifrance. De leur côté, plusieurs députés avaient demandé une nationalisation temporaire alors que la valeur de Worldgrid pourrait atteindre 300 millions d’euros.

Lourdement endetté, le groupe Atos a fait l’objet de trois offres de reprise. Elles sont présentées par EP Equity Investment (EPEI) contrôlé par Daniel Kretinsky avec le fonds britannique Attestor, OnePoint, le cabinet de conseils numériques de David Layani et enfin par des porteurs obligataires associés à plusieurs banques. La date butoir pour le choix du vainqueur est fixée au 31 mai.

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