À la COP 28 de Dubaï, en novembre 2023, 21 pays dont les États-Unis et la France se sont engagés à tripler les capacités nucléaires dans le monde entre 2020 et 2050 pour sauver le climat. Un défi plus qu’ambitieux. Pour le relever, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), organise le 21 mars à Bruxelles, avec la Belgique dans le cadre de sa présidence de l’Union européenne, le premier sommet sur l’énergie nucléaire. Des délégations de 50 pays sont attendues emmenées par 25 chefs d’État. Emmanuel Macron fera le déplacement, avec son ministre de l’Industrie et de l'Energie, Roland Lescure. La délégation française sera la deuxième plus importante après celle des États-Unis.
Ce sommet soit être l’occasion de lancer des coopérations concrètes et opérationnelles sur l’aval et l’amont du cycle du combustible, la production de nouveaux réacteurs innovants et sur la formation, explique l’Élysée. Si la France ne prévoit pas de signer de collaboration lors de ce sommet, elle entend profiter de l’occasion pour continuer à revendiquer la nécessité d’une neutralité technologique dans les textes européens. Pour l'Hexagone, ces derniers doivent encourager une solution commune en matière de nucléaire pour garantir aux pays qui misent dessus pour sortir du charbon une souveraineté énergétique à défaut d’être nationale, au moins européenne. Cela prendrait la forme de collaborations plus poussées entre les autorités de sûreté des différents pays, notamment pour accompagner les nouveaux entrants, qui n’en ou pas ou peu.
La France appelle la Banque mondiale à soutenir davantage le nucléaire
La France veut surtout pousser l’idée qu’il est important de se doter d’une filière souveraine de production de réacteurs nucléaires et de maitriser l’ensemble de la chaine de valeur, sur la production de combustible et son retraitement. Mais l’éléphant dans la pièce de ce sommet sera la question du financement, que ce soit pour la prolongation des réacteurs existants, que pour les nouveaux projets de grands réacteurs ou de SMR. Elle était déjà au cœur des quatre premières réunions de l’Alliance européenne du nucléaire créé par la France pour imposer l'atome face aux renouvelables. Les programmes nucléaires sont extrêmement coûteux. «Il est important que les banques de développement développent une offre de financement du nucléaire à destination des états pour des programmes qui se chiffrent en dizaines de milliards d’euros», explique l’Élysée qui appelle notamment la Banque mondiale à soutenir de manière plus ambitieuse le développement du nucléaire.
Les banques multilatérales, notamment la Banque européenne d’investissement (BEI) ou la Banque asiatique de développement (ADB), sont en effet très frileuses à financer le nucléaire. La moins rétive serait la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Mais le mandat donné à ces organisations serait «fragile voir quasi-inexistant». Il y aurait «une hésitation politique» car au sein des conseils d’administration de ces banques siègent des pays qui ne sont pas favorables au nucléaire», analyse l’Élysée. Surtout, pour des raisons de sécurité, il n’est pas possible de laisser installer des installations nucléaires dans certains pays en développement sans contrôle suffisant. Reste à la filière nucléaire à donner des gages. Or, hormis peut-être en Chine, et encore, tous les chantiers de construction de nouveaux réacteurs nucléaires dérapent en termes de coûts et de délais, sans parler de fraudes dans la filière. Sur la partie combustible, l’Europe est encore en partie dépendante de la Russie. Pas de quoi rassurer les banquiers.



