L'Usine Nouvelle - Quelles sont vos principales priorités ?
Ebba Busch - Je suis depuis 2022 à la tête du nouveau ministère en charge de l’énergie, des entreprises et de l’industrie, qui traite aussi du sujet climatique. C’est la première fois que toutes ces questions sont rassemblées au sein d’un même ministère. Et ma tâche principale, chaque jour, est de montrer qu’il est possible de concilier des objectifs climatiques élevés, une croissance économique et le bien-être de nos citoyens. Cela passe par l'électrification du secteur des transports et de nos industries lourdes. Cela m’occupe matin, midi et soir.
Comment comptez-vous réussir l’électrification des transports et de l’industrie ?
La Suède a modifié sa politique en matière d’énergie. Nous avons changé notre objectif de système d'énergies 100% renouvelables à un système d'énergies 100% sans fossiles. Cela donne de la visibilité pour les investissements dans l’éolien, le solaire et aussi dans le nucléaire. En novembre dernier, le gouvernement a présenté une feuille de route pour l’énergie nucléaire en Suède. Nous avons supprimé l’interdiction de construire du nucléaire à certains endroits et supprimé la limitation du nombre de centrales nucléaires dans le pays. Cela ouvre la voie à la construction de nouveaux réacteurs conventionnels et de SMR.

- 2.2337+2.05
3 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Avec ses EPR et son SMR Nuward, EDF a- t-il une chance de décrocher ces contrats ?
Tout le monde est le bienvenu dans la compétition. L’État ne décidera pas des types de réacteurs. En décembre, nous avons pris la décision stratégique claire de rapprocher les liens et la collaboration entre la France et la Suède dans le nucléaire. Il ne s’agit pas d’un engagement d'acheter des types de réacteurs spécifiques, mais d’une collaboration autour des connaissances. Nous devons nous assurer que nous avons des personnes compétentes pour exploiter ces centrales nucléaires. Et, dans un monde idéal, nous souhaitons que si un type de réacteur est approuvé en France, il soit aussi approuvé en Suède. Et que si un type de réacteur est approuvé en Suède, il puisse être construit en France. Un troisième point de l’accord concerne la recherche et un quatrième, ce que nous faisons avec les déchets. Il y a une longue chaîne de valeur pour rendre le nouveau nucléaire réaliste et compétitif. C’est sur ces sujets que nous pouvons collaborer avec la France.
Quand comptez-vous choisir quels réacteurs vous allez construire ?
Pour le projet d’implantation de deux SMR sur le site de Ringhals, l’opérateur Vattenfall est au stade d’ouvrir et de regarder les offres des différents acteurs. Et il sera très intéressant de voir ce qu'ils décident. Il y a notamment de nouvelles entreprises, comme l’opérateur Kärnfull Next qui a obtenu un accord pour installer un campus du SMR dans la municipalité de Nyköping. Le choix des technologies pourrait être pris dans deux ans ou trois ans. Mais j’espère que ce sera le plus rapidement possible.
Le temps est mon plus grand ennemi. C’est aussi pour cela que nous cherchons à collaborer encore plus étroitement avec d’autres pays que la France. Nous devons réduire le délai pour la construction de nouvelles centrales nucléaires. Nous allons fixer l’année prochaine un nouveau cadre d’investissements dans le nouveau nucléaire en Suède. Pour le définir, nous avons trois études en cours. Un coordinateur national de l’énergie nucléaire, Carl Berglöf, vient de commencer sa mission le 1er février. Un second chercheur, Mats Dillén, travaille sur la question du partage des risques financiers. Il va examiner quelle partie du risque pourrait être réduite par l’engagement de l’État dans le nucléaire à côté du secteur privé. Un troisième enquêteur, Bo Diczfalusy, regardera l’ensemble du design du marché de l’électricité. Leurs études doivent être rendues d’ici à 2025. Et, après cela, nous verrons...
La Commission européenne a lancé une alliance industrielle sur les SMR. Allez-vous en faire partie ?
Nous sommes positifs à ce sujet, mais nous n’avons pas encore décidé complètement de notre participation. Pendant la présidence suédoise, avec la France, nous avons formé l’Alliance sur le nucléaire, qui rassemble aujourd’hui une majorité des pays de l'Union européenne. Beaucoup de notre travail est réalisé dans cette alliance. De l’alliance SMR, nous attendons surtout une collaboration pour accélérer les processus d’autorisation.
L’électricité ne fait pas tout pour sortir des énergies fossiles. Avez-vous une feuille de route pour l’hydrogène ou les carburants alternatifs ?
L’électricité suédoise est aujourd’hui composée de 40% hydroélectricité, 30% de nucléaire, 20% d’éolien, environ 1% de photovoltaïque et 9% de biomasse. Nous voyons un grand potentiel de production d’hydrogène avec l’éolien, mais le nucléaire serait encore une fois plus efficace. Concernant l’industrie, la production en acier en Suède représente 10% de nos émissions totales. Nous voulons une production d'acier vert comme le projet Hybrit. Avec l’acier vert et l’hydrogène, nous réduirons les émissions suédoises d’un tiers.
Mais cela nécessite beaucoup d’hydrogène. La Suède n'a pas une stratégie nationale pour l'hydrogène, mais nous y travaillons. Nous regardons différentes voies pour sa production. Nous avons beaucoup de forêts. C’est un point important de l’accord de coopération signé le 30 janvier entre le Premier ministre Ulf Kristersson et le président Emmanuel Macron. La biomasse permettrait par exemple de rendre l’aviation plus verte.
Est-ce que la Suède va exporter du bois en France pour y produire des biocarburants ?
Non. Pour le moment, nous importons beaucoup de bioénergie en Suède. Nous avons donc besoin de notre propre production, mais nous voulons l’augmenter. En ce qui concerne les biocarburants, où nous voyons beaucoup de potentiel, nous aimerions voir émerger davantage d’initiatives pour rendre le ciel plus bleu grâce aux vertes forêts suédoises !
Concernant les véhicules électriques, quels sont vos objectifs ?
Notre stratégie consiste à déployer les infrastructures de chargement. S’il y a des stations partout et que nous avons suffisamment de production d'électricité lorsque cela est nécessaire, les Suédois achèteront une voiture électrique. Mais si, je vis à la campagne, que la production d’électricité n’est pas fiable et qu’il n’y a nulle part à charger, je ne vais pas acheter une voiture électrique.



