Sesterce, la start-up marseillaise qui veut offrir plus de puissance de calcul pour l'IA

Fondée en 2018, Sesterce met à disposition de ses clients des supercalculateurs pour l’apprentissage des intelligences artificielles. La start-up marseillaise, qui ambitionne d’atteindre une puissance de 1 gigawatt et 100000 unités de traitements graphiques (GPU) d’ici à 2027, compte parmi ses clients la start-up Mistral AI, qui développe de grands modèles de langage, et le CNRS.

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Les serveurs du supercalculateur de Sesterce à Paris qui fonctionne avec des puces Nvidia H200.
Sesterce utilise, entre autres, des serveurs équipés de puces Nvidia H200.

15000. C’est le nombre d’unités de traitements graphiques (GPU) Nvidia achetée par la start-up marseillaise Sesterce, pour permettre à ses clients d’entraîner leurs modèles d’intelligence artificielle ou d‘héberger leurs données. Ce chiffre place la start-up tricolore en position de rivaliser avec les acteurs américains Core Weave et Lambda Lab, même si ces derniers ont pris une longueur d’avance. Dans un marché mondial qui compte une dizaine d’acteurs principaux, dont Taiga Cloud et Zebu Cloud pour l’Europe.

D'ici à 2026, l’ambitieuse jeune pousse, qui a démarré en 2018 dans la blockchain avant de s’orienter vers l’IA, prévoit d’acquérir jusqu’à 100000 GPU auprès de l’américain Nvidia. Parmi elles, des GPU Nvidia H200, les plus puissantes du marché. Avec l’objectif d’atteindre une puissance de 1 gigawatt (GW) d’ici à 2027.

L'Europe représente 0,3% des capacités de calcul pour l'IA

Détecter des fraudes bancaires, prédire des cancers, repérer les défauts des pièces industrielles… Ou encore élaborer des modèles météorologiques pour mieux comprendre l’évolution du climat. Les usages des supercalculateurs sont appelés à se démultiplier.

«Le marché de l'IA devrait atteindre 1300 milliards de dollars d'ici à 2030 (environ 1200 milliards d’euros). Or, aujourd’hui, près de 85% de la capacité en cartes graphiques pour les applications d’IA et le cloud se trouve aux États-Unis. L’Europe ne représente que 0,3% de cette capacité» rappelle Youssef El Manssouri, cofondateur de Sesterce. 

Un impératif pour avoir des champions tricolores de l'IA

Une situation à laquelle la pépite tricolore, qui se positionne comme «un acteur phare de l’écosystème IA» entend remédier. Depuis sa création en 2018, Sesterce a déjà déployé une quinzaine de supercalculateurs. Dont un à Marseille, doté de 4000 GPU pour Digital Realty. Et un autre dans le centre de données PA4 d’Equinix à Saint Denis, équipé des dernières GPU Nvidia H200.

À ses clients, parmi lesquels Mistral AI et le CNRS, la start-up loue des capacités de calcul à la demande, pour un minimum contractuel de 400000 euros. En 2023, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions d'euros et compte déjà 60 employés.

Prochaine étape pour Sesterce, construire ses propres centres de calculs, spécialisés dans l’hébergement de serveurs qui seront remplis des derniers GPU Blackwell et Rubin de Nvidia. «L’entraînement des intelligences artificielles va nécessiter des puissances de calcul de plus en plus importantes. Les centres de données actuels, qui servent essentiellement à stocker des données, n’y sont pas adaptés. Or, si on veut que nos champions tricolores comme Mistral AI puissent entraîner leurs données sur notre territoire, il faut des centres de calcul dimensionnés en conséquence» pointe le diplômé de Polytech Marseille.

Deux nouveaux projets à Valence et Gardanne

Fin octobre, deux premiers projets ont été annoncés. Un centre de 40 Mégawatts à Valence en 2026. Suivi d’un autre d’une puissance de 300 Mégawatts à Gardanne (Bouches-du-Rhône) d’ici fin 2027. Ces centres de calculs seront tous capables de faire fonctionner des supercalculateurs qui dissipent 150, voire 250 kW par rack, contre à peine 10 à 15 kW pour des étagères rack traditionnelles.

Cette puissance nécessite également de nouvelles méthodes de refroidissement par « direct cooling », c'est-à-dire via un ventilateur qui fait circuler l’air au sein de l'appareil. Une méthode plus onéreuse que les méthodes actuelles, mais beaucoup plus efficace énergétiquement. Avec, pour Sesterce, l’objectif de devenir le numéro 1 de l’hébergement pour l’entraînement des modèles de langage en Europe.

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