Enquête

La France mise sur neuf clusters de l'IA pour se doter d'experts de haut niveau en intelligence artificielle

Dotés d’un soutien 360 millions d’euros sur 5 ans, neuf établissements de l’enseignement supérieur ont été sélectionnés par France 2030 pour assurer la formation des futurs experts en IA, développer la recherche et le transfert de technologie.

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Etudiants Paris Sciences et Lettres
Parmi les formations en lien avec l'IA, l'Université Paris Sciences et Lettres propose un Cycle Pluridisciplinaire d'Études Supérieures (CPES) nommé ‘Sciences des données, arts et culture’, mêlant université et classe préparatoire.

«Tous les diplômés de l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris), du bachelor au doctorat, en passant par le mastère spécialisé et la formation continue, doivent sortir avec au minimum une formation de base en intelligence artificielle.» Une promesse de Thierry Coulhon, président du conseil d’administration de ce regroupement d’écoles qui compte notamment l’École Polytechnique. Avec la création de son centre interdisciplinaire sur l’intelligence artificielle (IA), nommé Hi! Paris, l’IP Paris a décroché au printemps 70 millions d’euros, dans le cadre de l'appel à manifestation "IA Cluster" lancé par France 2030. Cogéré avec HEC, ce cluster adopte une coloration ‘Business and Society’ : «C’est une très belle alliance, qui nous permet d’être au cœur de tout ce qui touche à la souveraineté», reprend le président.

Au total, un budget total de 360 millions d’euros, étalé sur 5 ans, a été réparti par France 2030 entre neuf pôles d’excellence en recherche et formation en intelligence artificielle, partout en France. Aux côtés d’Hi! Paris se trouvent ainsi l'Institut Prairie, conduit par l’Université Paris Sciences et Lettres (PSL), mais aussi des pôles portés par des universités en région, comme Toulouse, Rennes ou Grenoble.

«Nous nous sommes appuyés sur un jury international pour sélectionner les projets combinant des ambitions de recherche fortes et une formation d’élite en intelligence artificielle, tout en ayant une gouvernance structurée et pérenne, expliquait en juillet Bruno Bonnell, secrétaire général pour l'Investissement, chargé de France 2030. Cette maille à 9 pôles est équilibrée. D'une part elle permet une répartition sur le territoire, d'autre part chaque pôle possède des expertises complémentaires. SequoIA, à Rennes, est par exemple historiquement orienté vers des applications de cybersécurité, tandis que Grenoble (MIAI Cluster, NDLR) travaille plus sur la recherche fondamentale.»

Doper les formations en intelligence artificielle

Ces clusters ont notamment pour objectif l’augmentation du nombre de diplômés en intelligence artificielle, à tous niveaux de qualification, et l’attraction de talents étrangers. Le soutien de France 2030 leur permet d'accélérer la mise en place de cursus de formation innovants. Ainsi, à l’Université PSL, plusieurs formations en lien direct avec l’intelligence artificielle voient le jour, dont un Cycle pluridisciplinaire d'études supérieures (CPES) nommé "Sciences des données, arts et culture", mêlant université et classe préparatoire.

Ce cursus en 3 ans, en partenariat avec le lycée parisien Louis Le Grand, confère aux étudiants le grade de licence. Plus largement, «nous avons ajouté toutes les briques pour être le plus innovant possible, de la première année post-bac au doctorat, pour les spécialistes et les non-spécialistes, français et internationaux», résume Isabelle Ryl, vice-présidente IA de l’Université PSL et directrice de l’Institut 3IA Prairie.

À l’IP Paris, même démarche. Le regroupement d’écoles d’ingénieurs prévoit de multiplier par 10 le nombre d’étudiants en IA dits "undergraduate" (niveau licence), et par 3 le nombre d’étudiants en IA dits "graduate". «L’objectif est de cristalliser les compétences dont les entreprises vont avoir besoin, soit dans leurs applications existantes, soit pour ouvrir de nouveaux champs d’application», fait valoir Bruno Bonnell.

Créer un écosystème IA

L’investissement de l’État dans ces 9 pôles d’excellence s’intègre à la Stratégie nationale pour l’IA (SNIA) lancée en 2018, et qui avait déjà fait naître 4 premiers Instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle, à Grenoble, Nice, Paris et Toulouse. Ces derniers ont tous été reconduits cette année en clusters IA. «Jusqu’à décembre dernier, les projets de l’Institut étaient tournés vers la recherche, remarque Isabelle Ryl. Mais nous entrons dans une nouvelle phase : l’IA ne connaît plus vraiment les frontières et il y a un continuum entre l’article de recherche et le produit final.»

Ainsi, les clusters nouent-ils des liens étroits avec les entreprises. Hi! Paris est soutenu par 7 mécènes, dont Capgemini, TotalEnergies, L’Oréal. L’expert de la beauté est ainsi présent dans les instances de gouvernance du cluster, et est consulté sur sa feuille de route. Le groupe prend aussi part à la vie étudiante, lors de hackathons, summer schools ou bootcamps, avec en ligne de mire le recrutement de futurs experts de l’IA.

«Telecom, HEC, l’ENSAE… Hi! Paris propose un brassage de compétences très intéressant, et représente donc un vivier de talents», fait valoir Stéphane Lannuzel, directeur du programme Beauty Tech pour le groupe. La recherche n’est pas en reste : des thèses ou des stages de fin d’études sont déjà en cours entre le cluster et l’entreprise.

«Mettre la France sur la carte mondiale en matière d’IA»

Recherche de pointe, formations pluridisciplinaires d'excellence, écosystème entrepreneurial… Les clusters sont sur tous les fronts. «L’enjeu est de contribuer à mettre la France sur la carte mondiale en matière d’IA et de science des données. Nous pouvons porter une approche française et européenne en la matière», fait valoir Raphaëlle Gautier, directrice exécutive de Hi! Paris. En effet, ce coup de boost sur l’IA devrait permettre le développement des filières industrielles, et la reconquête d’une certaine souveraineté numérique.

Cependant, Bruno Bonnell l’assure : «Nous ne sommes pas dans un plan large, dans lequel nous voulons assurer toute la chaîne de valeur de l’IA. L’objectif est d’être le leader d’écosystèmes cohérents, pour rendre cette technologie utile à tous les métiers.» Au total, le gouvernement a consacré près de 2,5 milliards d’euros à la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle.

Emmanuel Macron avait fait du sujet l’un de ses fers de lance : «Nous pouvons faire de la France un leader incontesté de l’IA», écrivait le président sur les réseaux sociaux avant l’été. Preuve que le rayonnement du pays au niveau international est déjà bien lancé : la France accueillera l'IA Action Summit en février 2025.

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