Le comité interministériel sur l'IA présente ses pistes pour faire de la France un champion

Investissement, formation, puissance de calcul… La commission intelligence artificielle lancée par le gouvernement en septembre dernier dévoile ses premières recommandations pour faire de la France un pays leader de l’IA. Elle plaide pour une adoption rapide de ces outils par les entreprises et les services publics.

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Intelligence artificielle
Les emplois remplaçables par une IA représentent seulement 5% des emplois dans un pays comme la France.

Lancée en septembre dernier par le gouvernement, la commission intelligence artificielle n’a pas chômé. Après 600 auditions, 25 sessions plénières et une consultation menée auprès de 7000 citoyens, son premier rapport est rendu le 13 mars. Constitué de 15 membres aux profils variés dont les coprésidents Philippe Aghion, économiste spécialiste de l’innovation, et Anne Bouverot, présidente du conseil d’administration de l'ENS, ce comité planche sur les opportunités et les risques liés à l’IA. Il revient notamment sur une première assertion selon laquelle l’IA serait destructrice d’emplois.

L’IA créatrice d’emplois

A l’inverse, le comité affirme que les entreprises qui mettent en place des outils d’IA embauchent davantage que les autres, car elles sont plus compétitives et gagnent des parts de marché. En outre, les travaux menés montrent que dans la plupart des cas, seules certaines tâches sont automatisées. «Dans 19 emplois sur 20, il y a des tâches que l’IA ne peut pas accomplir, souligne un conseiller de l’Elysée au fait du rapport. Donc les emplois remplaçables représentent seulement 5% des emplois dans un pays comme la France.» En parallèle, l'IA participe à créer d'autres emplois.

Le déploiement rapide des outils d'IA en entreprises et dans le service public pourrait ainsi entraîner une hausse de 250 à 400 milliards d’euros du PIB à horizon 2030 ou 2035. Reste que le comité rappelle l’importance du dialogue, avec l’accompagnement à la transformation du travail. «Si ces outils ne sont pas adoptés dans les temps, la transformation sera subie», souligne le conseiller. Ce dernier estime essentiel d’utiliser dès à présent ces outils, même s’ils ne sont pas encore français ou européens.

Six pistes pour faire de la France un leader

Dans son rapport, le comité liste six pistes pour faire de la France l’un des leaders de l’IA. La première est liée à formation. Il est recommandé de lancer un plan de sensibilisation à l’IA visant à la fois les personnes en mesure de développer des solutions, celles pouvant les déployer au sein des entreprises, et l’ensemble des citoyens pour se familiariser avec cette technologie. Le rapport fixe comme objectif la formation de 50 à 60000 spécialistes de l’IA par an, contre environ 15000 aujourd’hui.

Côté financement, le rapport remet encore une fois la réorientation de l’épargne vers l’investissement dans l’innovation. Faisant écho aux propos tenus par le président de la République à l’occasion de Viva Technology où il annonçait le lancement du fonds Tibi 2. L’enjeu du financement, notamment des start-up qui se lancent, est primordial. Par exemple, les fondateurs de la pépite de l’IA générative Mistral AI, qui s’est tournée vers des fonds américains, ont justifié cela auprès du Monde par le manque de moyens des fonds français et européens. «Le but est d’investir deux à trois fois plus», que ce qui est fait actuellement, souligne un conseiller de l’Elysée.

Doper les capacités de calcul en Europe

Troisièmement, les experts mettent en lumière l’importance d’avoir une capacité de calcul suffisante. La France dispose déjà du supercalculateur Jean Zay et doit accueillir supercalculateur européen exaflopique (ou exascale) d’ici fin 2025. En parallèle, la commission évoque le besoin d’attirer des supercalculateurs privés pour répondre aux besoins de tous les acteurs de l’IA.

Le comité évoque aussi l’enjeu de l’accès aux données. «Des bases de données très riches existent en France et l’enjeu de leur diffusion est très important puisque cela influence la façon dont les IA sont entraînées et permet à la culture française et européenne d’être présente», souligne un conseiller. Reste à trouver le bon équilibre entre la protection de la vie privée, la préservation des intérêts des ayants droit et l’accès à des données essentielles pour entraîner les modèles d’IA générative. Des débats ont fait rage durant les négociations autour de l’AI Act qui tranche sur le besoin de transparence sur les données d’entraînement et sur les contenus générés.

Une gouvernance mondiale en construction

Du côté de la recherche publique, si le rapport rappelle le besoin d’avoir des chercheurs à la pointe sur l’IA, il souligne aussi celui de doter les chercheurs d’outils pour qu’ils puissent se délester des contraintes administratives et avoir davantage de temps à consacrer à leurs travaux. 

Enfin, l’enjeu autour de la gouvernance mondiale de l’IA est évoquée. Suite au sommet sur la sécurité de l’IA à Bletchkey Park, la France souhaite accueillir le prochain événement consacré, fin 2024 ou début 2025. Au niveau international, le gouvernement plaide pour l’émergence d’une instance qui soit rattachée à l’OCDE. Mais le sujet est loin d’être tranché. Autour de la gouvernance, le rapport évoque la nécessité de mettre en place des mécanismes d’accès à la puissance de calcul pour les pays en voie de développement. Une façon de laisser une chance à ces pays dans la course à l’IA.

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